Revenir au premier épisode : “Faut-il réformer et pourquoi?”
Cette politique de baisse des coûts est celle qui est menée aujourd’hui par l’Allemagne, comme l’illustre l’exemple récent de Deutsche Telekom, qui tire profit de ce que les règles du jeu semblent être acceptées par tous. Certes, compte tenu de son niveau élevé d’entrée dans l’Euro, l’Allemagne a été un temps légitime à œuvre pour baisser le coût du travail afin d’absorber le choc de la réunification. Mais aujourd’hui, c’est toute l’Europe qui est prisonnière d’un système qui lui échappe, ne donnant que peu de choix en matière de politiques économiques, sinon que de mener des stratégies de concurrence fiscale et sociale.
Le nœud du problème, nous dit Jean-Paul Fitoussi, c’est le manque de gouvernement européen. Car dans un Etat-nation normalement constitué, on ne met pas les régions en concurrence fiscale et sociale ; et dans un Etat fédéral normalement constitué, on ne met pas les Etats en concurrence fiscale et sociale. Un Etat est protecteur, c’est pour cela qu’il existe. L’Europe n’est pas protectrice car elle n’existe pas en tant qu’Etat.
Il y a donc, en Europe, un déficit de gouvernement. Car quel est ce système qui met les Etats en concurrence fiscale et sociale en leur imposant de baisser les coûts pour gagner en parts de marché sur leurs voisins, au prix d’efforts considérables consentis par les ménages, et qui à la fois laisse le coût du travail augmenter de 80% sur le marché mondial en raison de l’appréciation de l’Euro dont on refuse de contrôler le taux de change ?
Dès lors, la question qui se pose est de savoir si l’on peut faire autrement que de suivre la stratégie allemande de concurrence fiscale et sociale. La réponse est en partie entre les mains du peuple allemand, qui doit se demander si c’est effectivement la voie qu’il souhaite prendre, prêt à payer ce prix pour préserver un Euro fort. Mais la réponse dépend également des partenaires européens de l’Allemagne, la France en tête, et de leur capacité à porter une politique coopérative au niveau européen. Jean-Paul Fitoussi va plus même loin : « Gérer un problème de façon coopérative, nous dit-il, ça ne signifie pas coordonner les politiques économiques. Gérer un problème de façon coopérative, c’est prendre une décision à un échelon central dans l’intérêt des ensembles constituants. En d’autres termes, nous disons que nous sommes fédéralistes européens, et nous enrageons de ce que, au fur et à mesure que l’intégration économique progresse, l’intégration politique recule. »
Regarder le troisième épisode : “Gouvernement économique et démocratie européenne”


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