Les Euros vous proposent durant tout le mois d’octobre une série de 15 articles écrits par des personnalités politiques ou du monde universitaire afin de mieux cerner l’enjeu du Traité réformateur : qu’est ce qui va changer, qu’est-ce qui ne changera pas, quelles conséquences pour l’Union.
Ce dossier fera par ailleurs l’objet d’une publication spéciale début novembre, et sera diffusé par notre partenaire Notre Europe, le think tank créé par Jacques Delors.
Nous voilà maintenant en route pour le paradoxe symétrique : c’est finalement la procédure parlementaire, et non plus le référendum, qui, en approuvant le « traité modificatif», va permettre aux citoyens de jouir pleinement de ce nouveau pouvoir ! En effet, toutes les dispositions institutionnelles contenues dans le projet de Constitution ont été reprises dans le texte du nouveau traité.
Indépendamment des avantages indirects que les citoyens retireront en ayant une Union enfin efficace et compétente dans les domaines où l’on a le plus besoin d’elle, ceux-ci bénéficieront directement de plusieurs progrès importants.
1 – Le Parlement élu par eux méritera enfin son nom en accédant à la totalité du pouvoir exercé par une assemblée élue dans un système démocratique :
le pouvoir législatif, qu’il exercera à égalité avec le Conseil des ministres ;
le pouvoir budgétaire, pour lequel il aura même le dernier mot face aux Conseil des ministres, pour toutes les catégories de dépenses communautaires ;
et le pouvoir d’élire le chef de l’exécutif. Le Président de la Commission européenne, jusque là nommé par les gouvernements, sera bel et bien élu par le Parlement européen, et cela dès 2009 si le traité est ratifié dans les délais prévus.
Cette dernière disposition est une véritable révolution politique. Elle obligera les partis politiques européens (Parti populaire européen, Parti des Socialistes européens, Libéraux, Verts, etc.) à annoncer à l’avance le nom de leur candidat(e) à la fonction : en votant pour une liste, les citoyens sauront pour quel candidat Président ils votent, comme c’est le cas dans nos élections municipales, et dans les élections législatives de tous nos partenaires. Il y aura désormais en Europe une personnalité forte de la légitimité donnée par le vote des représentants de 500 millions de citoyens !
2 – Les citoyens bénéficieront d’un droit inconnu dans notre pays, le droit d’initiative collective : si un million de citoyens appartenant à plusieurs pays signent une pétition visant à créer, modifier ou abroger des règles européennes, la Commission sera obligée de s’en saisir et de proposer une suite aux organes de décision que sont le Parlement européen et le Conseil. A l’heure d’Internet, de l’épanouissement de la société civile, des aspirations à une « démocratie participative », voilà l’Europe en avance sur la quasi-totalité de ses Etats membres !
3 – Le pouvoir de contrôle des Parlements nationaux sur l’activité européenne sera renforcé : un « droit d’alerte précoce » leur sera donné pour s’assurer que l’Union ne sort pas de son champ de compétences. A côté des députés européens, les députés nationaux seront donc également redevables auprès de leurs électeurs en cas d’action intempestive de « Bruxelles. »
4 – A côté des acteurs politiques, la société civile se voit formellement reconnue dans la vie de l’Union : les partenaires sociaux, bien entendu, mais aussi les organisations non gouvernementales, et même les églises et les sociétés philosophiques.
5 – Enfin, le traité donnera force juridique à la Charte des droits fondamentaux de la personne humaine, qui avait été adoptée par le Conseil européen de Biarritz en octobre 2000, mais qui n’était pas opposable devant les tribunaux. Ce texte très simple et très sobre complète la vieille déclaration des droit de l’Homme en y ajoutant, non seulement les droits sociaux déjà reconnus dans d’autres textes, mais aussi les droits environnementaux, ainsi que les droits de la personne face aux progrès des sciences et de la technologie (biosciences, nouvelles techniques de communication, etc.).
Je suis sûr que certains lecteurs écarquillent les yeux à cette lecture, et ont envie de nous interpeller : « Mais pourquoi ne l’avez-vous pas dit plus tôt ? Le vote de 2005 aurait été différent ! » Hélas ! nous avons été quelques-uns à le dire. Mais qui souhaitait entendre ? L’atmosphère passionnelle de l’époque balayait avec rage tout ce qui avait l’air d’un appel à la raison. Si la formule du traité ordinaire permet de parvenir au même résultat dès 2009, dans un climat apaisé, les citoyens obtiendront le pouvoir qui leur est dû et qu’ils avaient un peu rapidement rejeté.


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Trattato Riformatore : che fine fa la legittimità democratica ?

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