Un petit mois après son départ du ministère de l’intérieur, Brice Hortefeux est déjà de retour. Pas à l’Assemblée nationale ni au gouvernement français, mais… au Parlement européen. Le grand ami de Nicolas Sarkozy avait en effet été élu membre de l’assemblée européenne lors des élections de 2009 dans la circonscription Massif Central-Centre, à sa grande surprise cependant puisque, figurant en quatrième position sur la liste UMP, il ne pensait pas obtenir un résultat suffisant pour cela. Souhaitant rester au gouvernement, il avait immédiatement renoncé à son mandat au profit de Catherine Souillie, la suivante sur la liste. Le remaniement ministériel étant passé par là, celle-ci vient donc de lui rendre la pareille afin de lui permettre de récupérer son siège.
Mais s’agit-il bien de « son » siège ? Oui, répond le droit français, en vertu duquel un ministre peut retrouver son siège de député après son départ du gouvernement. Non, répondent plusieurs eurodéputés socialistes, verts et libéraux, pour lesquels M. Hortefeux, n’ayant pas siégé lors de la séance constitutive du Parlement, n’a jamais occupé ce siège et ne peut donc le retrouver. La commission des affaires juridiques du Parlement a finalement tranché en affirmant qu’il revenait au droit national de s’appliquer dans un tel cas. « Un scandale juridique », s’est esclaffé Daniel Cohn-Bendit, dont les contestations ont cependant peu de chances d’aboutir : comme l’explique Jean Quatremer (lien), il faudrait pour cela que le Parlement européen saisisse la Cour Européenne de Justice, ce qui est peu probable au vu de sa composition politique (majoritairement conservatrice) et du conflit que cela entraînerait avec la France. Jerzy Buzek, le président en exercice du parlement, a d’ailleurs déjà assuré Brice Hortefeux de son soutien.
Derrière l’argumentation juridique, on peut néanmoins partager une certaine indignation à l’égard du symbole politique que constitue le retour de M. Hortefeux. Outre le fait qu’il avait lui-même déclaré à plusieurs reprises ne pas vouloir siéger à Bruxelles et Strasbourg, cette décision risque de contribuer à dégrader une nouvelle fois l’image d’une classe politique qui se sent « propriétaire » de ses mandats, et d’un Parlement européen considéré au pire comme une voie de garage, au mieux comme une vache à lait inutile. « C’est sans doute parce qu’une partie de notre classe politique considère les mandats et les postes comme étant à sa disposition que les extrémistes montent », a déclaré Sylvie Goulard, eurodéputée MODEM. Si la réalité est sans aucun doute plus complexe, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a là une part de vrai. Que les opposants à M. Hortefeux se rassure cependant : au vu de son implication passée au Parlement européen, de sa probable nomination comme conseiller politique à l’Elysée et de son implication certaine dans la campagne présidentielle française de 2012, il y a fort à parier qu’ils ne le croiseront pas souvent…


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