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COP15 et aide au développement : l’UE sera-t-elle à la hauteur de l’enjeu ?

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L’Union européenne est le plus grand fournisseur d’aide au développement au monde. Mais la crise économique et les défis environnementaux remettent en cause les sommes promises, ainsi que la cohérence des politiques européennes pour le développement. Les 7,2 milliards d’euros récemment consentis par l’UE pour aider les pays pauvres face au changement climatique l’attestent : la somme proviendra partiellement de budgets d’aide au développement déjà programmés.


7,2 milliards, vraiment ?

Avec près de 50 milliards d’euros investis, l’aide publique au développement (APD) européenne a atteint un nouveau record en 2008. L’année 2009 ne sera très vraisemblablement pas un si bon cru, certains Etats membres (notamment l’Autriche, l’Irlande, l’Italie, l’Estonie et la Lettonie) ayant annoncé réduire leur aide en raison de la crise économique.

À l’entame du sommet de Copenhague, une autre entaille budgétaire s’est confirmée : les fonds destinés à soutenir les pays les plus vulnérables face au changement climatique vont être partiellement ponctionnés sur l’aide publique au développement. Pour être plus clair : les 7,2 milliards d’euros que les chefs d’Etat et de gouvernement ont fièrement promis lors du Conseil européen de la semaine dernière ne représentent pas 7,2 milliards d’euros d’argent frais. « Il s’agit d’une combinaison d’anciens et de nouveaux engagements pour la période 2010-2012 », admet le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, président en exercice du Conseil de l’UE.

Les Etats membres sont donc restés sourds aux demandes des ONG, mais aussi de la Commission et du Parlement européens. « Il faut des fonds additionnels, insistait encore récemment Karel De Gucht, commissaire européen sortant en charge de la coopération au développement on ne peut pas donner une autre vocation aux financements qui existent déjà ». Une position soutenue par Isabelle Durant, eurodéputée verte originaire de Belgique et vice-présidente du Parlement européen : « C’est un gros danger, il ne faut pas que l’un se substitue à l’autre (…) L’enjeu pour nous sera de contrôler tant que faire se peut qu’on aille pas prendre dans d’autres fonds qui ont tout leur sens par rapport aux objectifs du Millénaire pour le développement, à l’éradication de la pauvreté, à la question des femmes, etc. ». Le Parlement européen va donc devoir batailler ferme pour éviter d’autres « détournements de fonds ».

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Fredrik Reinfeldt

Le premier ministre suédois, président en exercice du Conseil de l’Union européenne, a annoncé la semaine dernière que l’UE accorderait plus de 7 milliards d’euros « d’aide climatique » rapide aux pays en développement. Mais ces fonds seront en réalité partiellement prélevés sur des crédits déjà existants...

(Photo : Downing Street, flickr.com)

Cette remise en cause d’aides déjà engagées intervient alors que les citoyens européens aimeraient que l’Union s’implique plus largement dans le débat international sur le développement. Selon un Eurobaromètre spécial publié en octobre 2009 intitulé « L’aide au développement en période de crise économique », une grande majorité (72 %) d’entre eux est également favorable au respect, voire à un accroissement des engagements existants en faveur des pays en développement.

Plus grave encore, ce constat que les 7,2 milliards promis ne représentent pas autant en réalité intervient au plus mauvais moment : en plein milieu de la conférence de Copenhague, à l’approche de la fin du sommet qui réunira les chefs d’Etat et de gouvernement, et alors que les négociations se tendent de plus en plus autour d’une ligne de fracture attendue : dans quelle proportion les pays développés seront-ils prêts à aider les pays en développement afin que ceux-ci acceptent de (et puissent) limiter la croissance de leurs niveaux d’émissions ? Sujet sensible par excellence, puisqu’il touche non seulement à l’aide monétaire, mais aussi plus largement à des notions de juste effort et de droit au développement, il a déjà failli faire capoter la conférence, les pays du « G77 » ayant déjà menacé à plusieurs reprises de quitter la table des négociations. L’Europe, qui se revendique à la fois championne mondiale de l’aide au développement et de la lutte contre le changement climatique, n’a donc pas intérêt à donner l’impression de jouer un double jeu si elle veut vraiment éviter un échec total. Au contraire, il est vraisemblable qu’elle devra accepter de remettre la main à la poche, comme l’ont d’ailleurs récemment reconnu Gordon Brown et Nicolas Sarkozy.

Des idées pour une meilleure cohérence

Mais l’aide au développement et son efficacité n’est pas uniquement une question financière : il s’agit également d’assurer l’efficacité des politiques mises en oeuvre, ce qui, dans le contexte européen plus que dans tout autre, implique d’assurer la cohérence des différentes politiques. Dans un récent rapport, la confédération européenne des ONG d’urgence et de développement (CONCORD) examine les effets négatifs sur les pays en développement de politiques européennes en matière de commerce, d’agriculture ou d’immigration. « L’Union européenne ne peut donner d’une main et reprendre de l’autre. Cela n’a pas de sens ni envers les pays en développement ni envers l’Union européenne. Ces incohérences entre les politiques européennes font que de l’argent est gaspillé à l’intérieur de l’Union européenne mais aussi que des vies sont perdues dans les pays pauvres », explique Justin Kilcullen, président de CONCORD. Un exemple évoqué dans ce rapport ? L’Union européenne subventionne ses exportations de bœuf, de porc et de produits laitiers, générant ainsi un dumping des prix dans les pays en développement alors qu’en même temps elle dépense de l’argent de la coopération au développement pour soutenir les agriculteurs ce ces mêmes pays.

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Le morcellement actuel des compétences entre 27 commissaires ainsi qu’entre l’UE et les Etats membres n’améliore certainement pas la cohérence des politiques européennes. C’est la raison pour laquelle Louis Michel, eurodéputé libéral et ancien commissaire en charge de la coopération au développement, plaide pour une restructuration de la Commission. « Ce qu’il faut, ce sont des piliers, avec au-dessus un vice-président qui a une vraie autorité sur tout le pilier et qui en tracerait les grandes orientations. Un magnifique pilier serait le développement durable, avec par exemple, les transports, les infrastructures, l’environnement, on pourrait même mettre l’énergie ». Une idée à laquelle José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, peut réfléchir lors de son séjour à Copenhague.


Logo : www_france, flickr.com


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L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

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