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Ce que révèlent les résultats des élections européennes

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Des élections sans surprises

Jusqu’au bout, les élections européennes 2009 auront été un sujet bien fade pour les commentateurs et les journalistes. Dans la plupart des Etats membres, la campagne électorale a été particulièrement terne et atone. A l’arrivée, conformément aux prévisions, les partis de la droite de gouvernement apparaissent comme les grands vainqueurs du scrutin, notamment face à des partis socialistes et sociaux-démocrates en net recul. Les Verts font à nouveau parler d’eux, tandis que les partis d’extrême-droite profitent à nouveau de ce scrutin atypique.


Une campagne très atone

Malgré les bonnes résolutions des responsables politiques nationaux et les efforts des autorités du Parlement européen, la campagne électorale a été une fois de plus dépourvue de tout relief. Ceci résulte de la conjonction de multiples facteurs récurrents et bien connus : faible investissement des partis politiques, désintérêt des médias, focalisation des campagnes sur des thématiques nationales ou sans rapport direct avec le scrutin.

Sur le premier point, force est de constater que les partis n’ont pas joué le jeu. Les formations au pouvoir ne se sont que faiblement investies dans cette campagne en raison d’un quadruple calcul : économie des subsides reçus pour cette élection dans la perspective d’autres scrutins ; peur de donner trop d’importance à une élection qui remet en cause la centralité de la vie politique nationale ; crainte qu’une participation forte ne donne une portée trop grande à une élection traditionnellement favorable aux partis anti-establishment ; réticences à aborder de front des thématiques qui suscitent encore de profondes divisions dans beaucoup de partis. Les partis anti-establishment n’ont pas davantage contribué à animer la campagne, si ce n’est dans le registre de la provocation (islamophobie, antisémitisme, nationalisme extrême). Le discours eurosceptique a perdu l’attrait de la nouveauté et semble quelque peu dissonant, dans un contexte politique et économique où il apparaît à une large majorité d’électeurs que les problèmes fondamentaux (crise économique, régulation du capitalisme, réchauffement climatique, politique énergétique, gestion des flux migratoires, enjeux de sécurité internationale) ne peuvent plus trouver de solution efficace à la seule échelle nationale. De nombreux partis antisystème n’ont par ailleurs pas fait campagne. En France, près de la moitié des 160 listes en course ne se sont pas fait connaître des électeurs, ni par voie d’affichage ni par profession de foi ; la plupart des listes marginales ne disposaient même pas de bulletins de vote.

Les médias ont eux aussi confirmé leur faible intérêt pour une élection complexe, aux enjeux incertains, mobilisant peu de ténors politiques et portant sur des thématiques peu attrayantes. Le choix de s’en remettre à un débat entre les leaders des principales formations politiques a invariablement débouché sur des querelles de personnes, articulées autour d’enjeux nationaux – notamment d’une évaluation de la politique menée par les gouvernements – ou d’enjeux européens sans réel rapport avec l’élection. Rappelons ainsi que l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne n’est pas à l’agenda des institutions de l’Union et que le Parlement européen n’a pas de pouvoir décisionnel en la matière.

Des résultats attendus

Une abstention toujours croissante

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Un taux de participation toujours plus faible

Photo : Parlement européen - en collaboration avec Tns Opinion

Les élections 2009 ont confirmé le lent mais constant déclin de la participation aux élections européennes. L’abstention s’établit à 57%, nouveau record historique. On ne reviendra pas ici sur les multiples causes de cette faible mobilisation des électeurs : complexité du scrutin, absence d’enjeu clairement visible, offre politique sans consistance. On peut toutefois en souligner trois dimensions relativement nouvelles.

Il faut, en premier lieu, noter l’importance croissante des facteurs idéologiques. La lecture des courriers des lecteurs, l’écoute des émissions de radio ouvertes aux auditeurs ou la participation à des réunions publiques révèle qu’une partie des électeurs a ouvertement choisi de s’abstenir pour marquer son désaccord avec l’intégration européenne. Même si dans tous les Etats membres l’offre eurosceptique était abondante, ces citoyens semblent refuser de participer à cette élection afin de mieux pouvoir dénoncer la contrainte européenne et le déficit démocratique de l’Union. Comme le notait déjà Aristote dans Le politique, il est difficile de s’opposer à des décisions auxquelles on a pris part. Ce rejet de l’Europe se mêle d’un certain fatalisme : ces abstentionnistes sont conscients que l’Union européenne est incontournable, peut-être indispensable, mais s’en désintéressent, refusent d’y prendre part ou estiment que ces élections sont un leurre. On constate ainsi que la vigueur du sentiment pro-européen n’exclut pas un fort taux d’abstention.

Il faut ensuite faire l’hypothèse que les électeurs sont, en partie, rationnels. L’accroissement du nombre d’Etats membres s’accompagne d’une réduction de la proportion de députés à élire par les citoyens de chaque Etat, ce qui contribue à démobiliser certains d’entre eux. On sait que les déterminants de l’acte de vote sont multiples et que tous les électeurs ne sont pas des acteurs rationnels à la recherche d’une maximisation de leur utilité. Il n’en reste pas moins que certains d’entre eux sont probablement découragés par l’idée que leur voix compte si peu à l’échelle de l’Union. Sachant qu’un député européen représente près de 700.000 citoyens, et que le PE compte 736 membres, il faut avoir un fort sens civique ou une conception très politique du vote pour prendre la peine de voter. Ce phénomène n’est pas propre à la France : on le retrouve également aux Etats-Unis, où les élections nationales ne mobilisent qu’un électeur sur deux.

Ce sentiment est d’autant plus fort que les enjeux des élections européennes sont difficiles à cerner. Contrairement à la plupart des autres élections, qu’elles soient locales, régionales ou nationales, les européennes ne sont pas susceptibles de provoquer une alternance politique ou un changement d’exécutif. Elles ont certes un impact sur les équilibres politiques au sein du PE, mais elles ne déterminent pas la couleur politique d’une majorité de gouvernement. Afin de « dramatiser » quelque peu ce scrutin, les rédacteurs de la Constitution européenne et du traité de Lisbonne avaient prévu que le Président de la Commission soit choisi en fonction du résultat des élections et symboliquement « élu » par le Parlement européen. On aurait pu imaginer que les partis anticipent ces dispositions – la même idée ayant déjà conditionné le choix d’un candidat de droite en 2004. La chronique annoncée de la reconduction du terne J.M. Barroso dans ses fonctions (avec le soutien de certains partis de gauche) a toutefois achevé de priver la campagne européenne d’enjeu perceptible.

La droite en progression généralisée

Le principal résultat des élections européennes est le succès des partis de centre-droit. En France, en Italie, en Autriche, en Roumanie et en Allemagne, les formations au pouvoir ont échappé à toute forme de sanction. Les partis démocrates-chrétiens ou conservateurs ont également réalisé de très bons scores là où ils sont dans l’opposition : Espagne, Bulgarie, Hongrie, Portugal, Slovénie, Irlande, Royaume-Uni. Ces scores s’expliquent largement par la capacité qu’ont eu les partis de droite à restaurer la confiance des citoyens : pas de remise en cause radicale de l’économie de marché ; reprise à leur compte de la thématique de l’Etat protecteur habituellement promue par les partis de centre-gauche ; évocation timide, mais semble-t-il suffisante, des enjeux environnementaux. Ces partis ont aussi su développer un discours « européen » habile, en instrumentalisant les thématiques sécuritaires (migrations, criminalité organisée) et la question de l’adhésion de la Turquie. Ces succès ne sont cependant pas collectifs : le PPE a été très discret dans la campagne et les leaders nationaux se sont bien gardés de s’engager ouvertement en faveur de la reconduction de J.M. Barroso à la tête de la Commission. Le succès des partis membres de centre droit promet ainsi de s’accompagner de divisions : le groupe PPE devra compter avec le départ des élus conservateurs britanniques, tchèques et polonais, qui entendent créer un nouveau groupe moins europhile, et avec des tensions entre chrétiens et laïques, sociaux et libéraux.

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Comparaison de la composition entre Parlement européen entrant et du Parlement sortant

Source : TNS Opinion en collaboration avec le Parlement européen- résultats provisoires, disponibles sur le site du Parlement européen

Une gauche de gouvernement en perdition

Les partis socialistes et sociaux-démocrates, qu’ils soient aux affaires (Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Bulgarie), dans des gouvernements de coalition (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Belgique) ou dans l’opposition (France, Italie), enregistrent de mauvais scores. Les seuls succès, relatifs, viennent de Suède, du Danemark et de Grèce. Coincés entre l’échec de la troisième voie, les surenchères de l’extrême gauche anticapitaliste et le regain d’intérêt des électeurs pour les écologistes, la famille socialiste ne parvient pas à développer un discours convaincant sur les moyens de faire face à la crise. Plus largement, elle est à la peine sur les enjeux actuels, qu’il s’agisse de la protection de l’environnement, de la gestion des flux migratoires ou de l’émergence des nouvelles puissances à l’échelle internationale. L’incapacité du PSE à se mettre d’accord sur le nom d’un candidat à la Présidence de la Commission et le soutien explicite de certains leaders à la reconduction de J.M. Barroso ont achevé de brouiller le discours de la gauche sur l’Europe. L’aura d’un Barack Obama a achevé de la ringardiser.

Des écologistes et libéraux en grande forme

Les électeurs sont plus aguerris qu’on ne le laisse habituellement entendre. Ils ont pris conscience du sens de l’élection européenne et, plus généralement, d’un scrutin à un tour ; ils n’ont notamment pas été sensibles aux appels au vote utile des partis de gouvernement. Les partis alternatifs que sont les écologistes et les libéraux ont ainsi fait des scores remarquables dans de nombreux pays où ils sont traditionnellement victimes du mode de scrutin ou des stratégies utilitaristes des électeurs. C’est le cas aussi bien pour les écologistes (France, Belgique, Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas, Scandinavie, mais aussi Royaume-Uni et Grèce) que pour les libéraux (Belgique, Finlande, Danemark, Royaume-Uni, Grèce, Tchéquie, Allemagne, Italie, Roumanie). Le groupe des Verts au PE va ainsi voir ses effectifs progresser sensiblement et ce même s’il ne comptera aucun élu d’Europe centrale et orientale ou du sud – à l’exception d’un rescapé italien.

Un bilan contrasté aux extrêmes

Les élections européennes ont toujours été favorables aux partis antisystème ; la montée de l’euroscepticisme depuis dix ans a conforté ce phénomène. Toutefois, si les élections de 2009 sont un succès pour l’extrême droite, il n’en va pas de même pour l’extrême gauche.

A la droite de la droite, on a vu apparaître des formations qui combinent les thèmes du souverainisme, de l’euroscepticisme, du conservatisme et du populisme avec le discours classique de l’extrême-droite, et notamment l’islamophobie et/ou l’antisémitisme. Ces partis sont en recul en France et en Italie, en raison de l’appropriation de leurs thèmes favoris par les partis au gouvernement, mais se maintiennent à un fort niveau en Belgique et progressent nettement au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Danemark, en Italie et en Europe centrale et orientale (Bulgarie, Hongrie, Roumanie). A l’échelle du nouveau Parlement, les eurosceptiques de droite (catégorie vague s’il en est, qui s’étend des conservateurs britanniques à des formations ouvertement xénophobes) progressent.

A l’extrême gauche, la situation est différente. Malgré une crise financière propice à la remise en cause du modèle économique libéral, les partis communistes et anticapitalistes déclinent. Les premiers perdent du terrain dans tous leurs bastions : Espagne, Grèce, Allemagne, Italie. Seule la France fait exception, au prix d’une association du PC avec d’autres formations ; le Nouveau Parti Anticapitaliste n’obtient quant à lui pas de siège. La gauche nordique keynésienne, qui siégeait avec les communistes au sein du groupe GUE/NGL, perd ses sièges. Dans les pays d’Europe centrale et orientale, les communistes et néo-socialistes ne font pas davantage recette.

Un peu d’espoir néanmoins ?

Malgré la croissance irrésistible de l’abstention, ces élections européennes apportent une bonne nouvelle : il semble en effet que les citoyens se déterminent de plus en plus sur des thématiques européennes et refusent plus que par le passé de transformer ce scrutin en test de popularité pour les gouvernements nationaux. Partout en Europe, les citoyens interrogés à l’occasion d’enquêtes d’opinion ont affirmé vouloir se déterminer avant tout par rapport à des enjeux européens. S’il faut prendre avec précaution ce type d’affirmation, qui relève pour partie d’un discours convenu pas forcément très sincère, on constate que les électeurs ont donné une prime aux partis politiques qui parlaient effectivement d’Europe, que ce soit pour proposer des actions ou la critiquer. A l’inverse, les formations qui se sont cantonnées au registre de la sanction des gouvernements nationaux n’ont souvent pas fait recette. Reste à savoir si les responsables politique retiendront cette leçon en 2014.


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Mehdi
17 juin 2009
11:48
Ce que révèlent les résultats des élections européennes

PO (Plate-forme civique polognaise) va rester au sein du PPE, c’est avec le PiS qui n’est pas membre du PPE que les Tories et l’ODS veulent former un groupe. Enfin je pense.

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Auteurs

Olivier Costa

Olivier est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg et docteur en science politique (Le Parlement européen, assemblée délibérante, 1998, Paris VIII). Il est chercheur CNRS au sein du laboratoire SPIRIT (Science politique, Relations (...)

Site internet : L’Eurosblog bordelais : « L’Europe en bouteille »

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