Sociale démocratie en crise
Le parti social-démocrate suédois est le cœur de la social-démocratie européenne : les sociaux-démocrates y ont gouverné presque sans interruption depuis les années 1920, si bien qu’ils ont fait de la Suède l’application du modèle social-démocrate : contrats collectifs et Etat social co-assurés par les organisations patronales et des syndicats puissants, services publics efficaces et taux de fiscalité extrêmement élevés, investissement massif dans les NTIC... Un modèle qui a longtemps suscité l’intérêt de nombreux leaders socialistes européens (de Gordon Brown à José Socrates) mais qui a dû s’adapter pour survivre, notamment lors des crises économiques, et qui n’a pu se réaliser que dans un cadre restreint et homogène (une petite société partageant des valeurs commune et une certaine vision de l’intérêt général).
Dimanche, le parti social-démocrate, dans l’opposition depuis 4 ans, n’a pas réussi à revenir au gouvernement. Mené par l’ancienne leader syndicale Mona Sahlin,il n’a réussi ni à conserver son électorat traditionnel (les ouvriers, la classe moyenne urbaine) ni à se renouveler. Et pourtant... le parti a, selon de nombreux analystes, fait une bonne campagne en pointant le taux élevé de chômage des jeunes, les coupes dans l’aide sociale opérées par le gouvernement de droite et les risques de destruction de l’Etat providence. Pourtant, même avec 30, 9% des voix et 113 députés, restant ainsi le premier parti suédois, il est en net déclin. A sa gauche, le Parti de Gauche plonge. La coalition de gauche que Mona Sahlin menait (avec les Verts et le Parti de gauche) ne rassemble que 43,7% des voix et 157 sièges.

- Mona Sahlin, de la centrale syndicale à la sociale-démocratie
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Mona Sahlin, l’ancienne dirigeante de l’immense et puissant syndicat LO et ancienne ministre, se voyait déjà première chef femme du gouvernement en Suède. Peine perdue. Désormais, la question de sa succession se pose.
Avec ce résultat, la sociale-démocratie européenne confirme, s’il fallait encore une preuve, sa crise profonde : après la Slovaquie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la droite s’impose aujourd’hui en Suède.
L’extrême-droite en embuscade
Le déclin de la sociale-démocratie suédoise profite en partie aux Verts, qui passent de 5,2 % à 7,2% des voix, mais surtout à l’extrême-droite (les Démocrates de Suède) qui, pour la première fois entre au Parlement. Les premiers captent les voix des électeurs aisés tandis que les partis xénophobes attirent un électorat plus populaire : une situation similaire à celle du Parti socialiste en France en 2002. A l’instar de la France il y a 8 ans, la percée de l’extrême-droite suédoise doit plus être analysée comme un raz-le-bol généralisé envers les partis traditionnels (conservateurs et sociaux-démocrates), un sentiment diffus d’abandon ou d’injustice que comme une véritable adhésion aux thèses xénophobes et populistes des Démocrates de Suède. D’autant que le leader des Démocrates de Suède, le jeune Jimmie Åkesson (31 ans) a réussi habilement à banaliser son parti aux origines néo-nazies..
Résultat : les Démocrates de Suède obtiennent 20 sièges (5,7%) et peuvent donc jouer, au Parlement, un rôle d’arbitre (ou de blocage) entre les deux coalitions. Pour rappel, la Suède n’en est pas à sa première expérience politique : les dernières années ont vu l’émergence de partis politiques éphémères (Initiative Féministe, Parti Pirate) se revendiquant comme une alternative aux partis traditionnels. Pour autant, l’extrême-droite est plus qu’une « expérience » politique unique en Suède : comme en Italie, au Danemark ou en Autriche, elle peut s’installer à terme dans le système politique et l’influencer.
A droite, que faire de la victoire ?
A droite, et pour la première fois dans l’histoire de la Suède, la coalition gouvernementale se maintient après 4 ans. Menée par le premier ministre, Fredrik Reinfeldt, l’Alliance pour la Suède (composée des Modérés, des Chrétiens démocrates et des Libéraux) rassemble 49,2% des voix et 172 sièges au Parlement.
Incontestablement, l’Alliance pour la Suède est légitime pour rester au gouvernement. Elle doit son succès à la popularité du premier ministre et de son ministre des Finances, l’original Anders Borg, mais également aux réformes mises en place ces dernières années : privatisation de l’école, baisse de l’assurance chômage, privatisation de certains services publics, réponse à la crise financière.
Mais le succès électoral est en demi-teinte : n’obtenant pas la majorité absolue au Parlement, l’alliance de droite doit chercher de nouveaux appuis. Une fois les résultats tombés, le premier ministre a rejeté toute alliance avec l’extrême droite : « J’ai été clair... Nous n’allons pas coopérer ou être dépendants des Démocrates suédois ».
L’appel du pied aux Verts, un temps évoqué, est resté lettre morte.
Deux solutions s’offrent alors : constituer un gouvernement minoritaire ou appeler de nouvelles élections... en priant pour que les électeurs envoient un message plus clair et une majorité plus stable.


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Sozialdemokraten in der Krise, Vormarsch der Rechtspopulisten : Schweden vor einer ungewissen Zukunft

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