Petit lexique financier
La titrisation désigne une technique financière consistant à transférer à des investisseurs des actifs financiers tels que des créances (par exemple des factures émises non soldées, ou des prêts en cours), en transformant ces créances par des sociétés ad hoc en titres financiers émis sur le marché des capitaux.
Le refinancement bancaire désigne l’approvisionnement en monnaie centrale par la banque centrale des banques de second rang.
Un krach correspond à un effondrement brutal des valorisations d’une classe d’actifs, par exemple les cours sur un marché financier à la suite d’un afflux massif d’ordres de vente. Cela peut avoir lieu suite à l’éclatement d’une bulle spéculative.
Une bulle spéculative, ou « bulle boursière » ou encore « bulle financière », désigne une hausse des prix très excessive sur un marché d’actifs financiers (actions, obligations, taux de change), de l’immobilier, des matières premières, etc.
La bulle Internet ou bulle technologique est un exemple de bulle spéculative qui a affecté les « valeurs technologiques », celles liées aux secteurs de l’informatique et aux télécommunications, sur les marchés d’actions à la fin des années 1990 jusqu’aux années 2000.
Un « subprime » désigne un crédit à risque accordé à un emprunteur alors même que celui ci ne présente pas les garanties suffisantes afin de bénéficier du taux d’intérêt le plus avantageux. C’est aussi une forme de crédit hypothécaire (mortgage) apparue aux États-Unis et destinée aux emprunteurs à risque.
D’où vient la crise financière ?
L’étincelle : de l’éclatement de la bulle Internet aux subprimes
Au lendemain de l’éclatement de la bulle Internet au printemps 2000 et des attaques du 11 septembre, l’économie américaine est moribonde. Afin de sortir rapidement de la crise des « dotcom » et de donner du souffle à la croissance, la banque centrale américaine (Federal Reserve) poursuit une politique monétaire accommodante. Sur la seule année 2001, elle abaisse ses taux d’intérêt de 6 à 1,75%. Le résultat ne tarde pas à se faire sentir : après un maigre 0,75% en 2001, la croissance affiche déjà 3% au second semestre 2002. Elle culminera à plus de 3,6% en 2004.
Les faibles taux d’intérêt et les flux importants de capitaux étrangers rendent à cette période le crédit facile et à la portée de tous. Nombre d’américains se prennent à rêver d’accéder à la propriété et contractent des emprunts hypothécaires auprès des banques et des organismes de crédits. Ces derniers ne sont pas trop regardants. Avides de profits et aveuglés par la hausse continuelle des prix de l’immobilier (+124% entre 1997 et 2006), ils n’hésitent pas à prêter à des ménages modestes sans trop se soucier de leur capacité de remboursement. Ce sont les fameux et désormais célèbres crédits « subprimes » (crédits hypothécaires à risques). Ces derniers représentaient en 2006 13,6% du marché du crédit immobilier outre-Atlantique et leur montant total dépasserait aujourd’hui les 1200 milliards de dollars.

- La crise financière
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Le diagnostic est connu, mais les débats sur les remèdes font rage, et la guérison n’est certainement pas pour demain. L’essentiel est d’éviter autant que possible la contagion de la crise financière à l’économie réelle.
En outre, les établissements de crédits et les banques découvrent les joies de la titrisation, c’est à dire la possibilité de transformer des crédits en actifs financiers complexes et de les revendre sur les marchés financiers. Si dans le modèle traditionnel de crédit hypothécaire les banques octroient un crédit à un ménage et en supportent le risque de défaut, avec la titrisation le risque de crédit peut être transféré (ou distribué) à des investisseurs sur le marché financier. Dans la foulée des innovations financières toujours plus sophistiquées, cette technique se développe rapidement. Elle permet aux organismes créditeurs de se débarrasser en grande partie du risque et de disposer d’argent frais pour octroyer de nouveaux crédits.
Dans ce contexte, les institutions financières et les banques multiplient les prêts à des conditions initiales parfois très attrayantes (remboursement à annuités croissantes ou paiement différés des premières mensualités) et poussent les ménages à emprunter à taux variables (taux révisables indexés généralement sur le taux d’intérêt directeur de la FED, majorés d’une prime de risque) tout en les rassurant sur les possibilités de refinancement futurs. Certaines développent même des formules de crédit dites « NINJA » (No Income, No Job, no Asset) : gageant sur les possibilités de saisies et la titrisation, elles n’hésitent pas à proposer des prêts aux plus défavorisés, le tout à des taux d’intérêt particulièrement élevés pour couvrir les risques.
Le feu aux poudres : l’effondrement du marché immobilier
Catalysés par une forte demande et une spéculation grandissante, les prix de l’immobilier s’envolent jusqu’en 2005-2006. Face à une offre de logement surabondante et à une chute très importante de la spéculation, ils se mettent cependant à baisser dans plusieurs régions du pays à partir du deuxième semestre 2006. Parallèlement, les taux d’intérêts remontent.
Ayant emprunté à taux variables, les ménages voient leurs mensualités grimper, tandis que la valeur de leur habitation diminue subitement. Nombre d’entre eux se retrouvent le couteau sous la gorge. Dans l’impossibilité de payer, beaucoup tombent en défaut de paiement. Parallèlement, les douloureuses procédures de saisies se multiplient. Au cours de l’année 2007 près de 1,3 millions de biens immobiliers sont mis en vente forcée, soit 79% de plus qu’en 2006). Les prix des maisons s’effondrent et en mars 2008 près de 8,8 millions d’américains ont un emprunt hypothécaire dont le montant dépasse la valeur de leur habitation. Devant l’insolvabilité des débiteurs et la chute des prix de l’immobilier, nombre d’entreprises de crédits à risques tombent en faillite.

- Nicolas Sarkozy réunit à Paris les pays européens membres du G8 (France, Allemagne, Italie, Grande-Bretagne), José Manuel Barroso (président de la Commission européenne), Jean-Claude Juncker, ainsi que le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet pour une réunion préparatoire du G8 et la « refondation du système financier international ».
Le Krach
Cette situation met à mal l’ensemble du système financier car les grandes banques qui ont financé ces entreprises pâtissent de leur faillite. Mais aussi car les risques associés aux subprimes ont été disséminés à travers l’ensemble du système financier international au moyen de la titrisation. Les actifs adossés à des crédits hypothécaires (Morgage Backed Securities (MBS), Collateralized Debt Obligations (CDO), etc.) ont en effet été achetés par des institutions financières un petit peu partout sur la planète. Attirées par les rendements élevés et rassurées par les ratings de qualité octroyés par les agences de notation (Moody’s, Fitch, Standard and Poor’s), de nombreuses banques européennes se sont laissé prendre au jeu et ont souscrit à ces actifs. Avec l’énorme masse des défauts de paiement des ménages et la chute des prix immobilier ces titres ont cependant perdu l’essentiel de leur valeur, ils sont devenus « toxiques ».
Dès l’été 2007, les institutions du monde entier qui y avaient souscrit doivent enregistrer des dépréciations de valeur de leurs actifs, faisant chuter par la même occasion leurs capitaux propres. Afin de respecter les normes comptables en matière de ratio de solvabilité, de nombreuses banques doivent procéder à des augmentations de capital. Les moins-values latentes (non réalisées) étant supérieures aux bénéfices dégagés par leurs activités, plusieurs institutions basculent dans le rouge.

- La Commission européenne a été fortement critiquée ces dernières semaines concernant son manque de réactivité. Le Président de la Commission semble plus interpréter un rôle de médiateur entre les pays membres que jouer le rôle de moteur de l’Union Européenne
Cette situation entraîne un véritable état de psychose et une grave crise de confiance : s’accusant mutuellement de détenir des titres « toxiques », les banques commencent à refuser de se prêter de l’argent, de peur que leur contrepartie ne tombe en faillite. Les taux des prêts interbancaires augmentent fortement et le marché des prêts interbancaires, vital pour l’activité de transformation des échéances des banques (c’est la première source de refinancement des banques), se contracte considérablement. Ceci conduit petit à petit à l’asphyxie de plusieurs institutions, dont certaines parfaitement solvables, mais dans l’impossibilité d’honorer leurs dettes à court terme. Le plus bel exemple en date est celui de la banque d’investissement Lehman Brothers qui a sombré le 14 septembre dernier.
Aujourd’hui, pour pallier le manque de liquidité dans le système financier, restaurer la confiance des investisseurs et éviter les faillites en chaînes, les banques centrales et les gouvernements sont au chevet des institutions financière. Le diagnostic est connu, mais les débats sur les remèdes font rage, et la guérison n’est certainement pas pour demain. L’essentiel est d’éviter autant que possible la contagion de la crise financière à l’économie réelle.
Ce que fait l’Europe
La réponse de l’Europe : les Etats membres à l’origine de l’initiative
Depuis le début de la crise financière, les chefs de gouvernements ont cherché, avant tout, à empêcher les faillites des banques nationales. Ainsi le gouvernement belge est venu en aide à la banque Fortis, les gouvernements français et belge sont venus sauver Dexia. Leur rôle a été d’une part d’éteindre « l’incendie » en venant apporter des capitaux à leurs banques et d’autre part de garantir les dépôts des épargnants.

- Le Conseil européen a réaffirmé l’unité des 27pays membres de l’Union avec sa résolution d’agir de façon concertée et globale pour stabiliser le système financier européen et de protéger les déposants.
A côté des plans de sauvetage nationaux, les chefs des Etats membres de l’Eurogroupe ont aussi annoncé un plan de sauvetage du système bancaire européen. Il a alors été décidé un déploiement coordonné de plans aux échelles nationales, un rétablissement des prêts interbancaires ainsi qu’un soutien des banques par des opérations de recapitalisation, jusqu’au 31 décembre 2009. Cette annonce a eu pour effet immédiat de faire remonter les indices boursiers. La crise a ainsi permis de réunir les Etats européens autour de décisions économiques communes, montrant l’ébauche d’un véritable « gouvernement économique européen ».
Le rôle stabilisateur de la BCE
Dans ce contexte, le rôle « stabilisateur » de la BCE a été salué par l’ensemble des acteurs médiatiques. L’euro et les taux d’intérêts stables ont permis d’éviter une catastrophe économique qui aurait pu coûter très cher aux citoyens européens. Longtemps critiquée pour sa politique des taux d’intérêts stables, on lui reconnaît aujourd’hui d’avoir mené à bien son rôle premier : protéger les citoyens européens de l’inflation et stabiliser la monnaie unique. Les acteurs politiques lui reprochent néanmoins toujours son indépendance et la volonté de création d’une institution économique capable de discuter avec elle des orientations monétaires est à nouveau d’actualité.
Le rôle de la Commission Européenne

- A la tête de la Présidence française de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy multiplie les rencontres pour trouver des moyens d’action efficaces afin de contrer la crise. Il se dit fier que « pour la première fois dans l’histoire financière ce [soient] des plans élaborés dans l’Union européenne qui [inspirent] les mesures prises dans d’autres pays du monde, y compris aux Etats-Unis ». Mais attention à ceux qui ne suivent pas le droit chemin, le République tchèque, frileuse face à la perspective d’une intervention de l’Etat dans l’économie à cause de son passé de démocratie socialiste est taxée de « s’attirer la foudre sans avoir de paratonnerre adéquat ».
La crise n’a cependant pas sourit à la Commission européenne. De nombreuses critiques sont venues s’abattre sur son rôle et sur la politique menée par le président Barroso depuis 2004. Face à l’activisme des Etats nationaux, la Commission européenne s’est vu reprocher sa passivité. La Commission Barroso est ainsi coupable de ne pas avoir su anticiper la crise et réformer à temps le secteur bancaire. Son incapacité à sortir du dogme « ultralibéral » de la non-intervention de l’Etat dans l’économie pourrait lui coûter cher et son président pourrait ne pas se voir reconduit en juin 2009. Cependant, en réponse aux reproches émis précédemment, la Commission Européenne a exceptionnellement investi la commissaire chargée de la concurrence, Nellie Kroes, d’autoriser les aides publiques destinées aux établissements financiers.
On peut tirer deux enseignements européens de la crise. D’une part, la Commission européenne, face aux volontés des Etats et des peuples, va certainement devoir revoir sa stratégie politique et économique et engager des réformes de régulation des banques et des marchés. D’autre part, on assiste au retour de la volonté politique au centre de l’Union européenne et à la possibilité de voir naître un gouvernement économique européen, vieux rêve français.
Le Conseil des 27 – mercredi 15 et jeudi 16 octobre.
Les mesures adoptées par les 15 pays de la zone Euro dimanche 12 octobre 2008 viennent d’être approuvées ce jeudi 16 octobre, par l’ensemble des 27, au Conseil Européen présidé par Nicolas Sarkozy. Les 27 se sont mis d’accord pour prendre les mesures nécessaires pour « préserver la stabilité du système financier, soutenir les institutions financières importantes, éviter les faillites et assurer la protection des dépôts des épargnants ».
Il s’agit de restaurer la confiance sur les places financières européennes et de sauver le système bancaire européen pour éviter un effondrement de l’économie des pays de l’Union. Cependant, les décisions se sont limitées au système financier européen et aucune action de relance de l’économie européenne n’a été adoptée comme le souhaitaient la France ou encore l’Autriche. Ces mesures seront-elles suffisantes pour relancer la machine économique : telle est la question que l’on peut se poser à la suite du Conseil européen. Les échecs des politiques de relance adoptées dans les années quatre-vingt semblent encore vifs dans l’esprit des dirigeants européens.
Vers un nouveau Bretton Woods ?
La retour à la confiance et à l’investissement sont les deux effets immédiats espérés par les dirigeants européens.
Dans ce contexte, les Européens souhaitent maintenant discuter au niveau mondial des réformes à apporter au système bancaire. Gordon Brown, par exemple, propose une supervision financière au niveau mondial, par l’amélioration de la surveillance bancaire et un encadrement strict de l’activité des agences de notation. Nicolas Sarkozy souhaite qu’un sommet mondial ait lieu pour en débattre, si possible à New York, lieu des débuts de la crise, se disant fier que « pour la première fois dans l’histoire financière ce [soient] des plans élaborés dans l’Union européenne qui [inspirent] les mesures prises dans d’autres pays du monde, y compris aux Etats-Unis ».
Alors l’Europe, meneuse sur la scène internationale ? La crise a fait naître des convergences au niveau européen, renforçant l’Union européenne et lui donnant tout son sens, reste à savoir si elle sera capable d’influencer le reste du monde pour réguler le système financier international.


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