La tâche s’annonce gigantesque : comment combler un fossé entre une Union Européenne omniprésente dans la vie de chacun mais peu visible, illisible même, et des citoyens dont le cadre de référence demeure l’Etat-nation et dont la méfiance à l’égard des pouvoirs publics ne cesse de prendre de l’ampleur ?
Soucieuse de consulter ce qu’elle désigne habituellement par « stake holders » (« parties prenantes ») afin de puiser des idées, la Commission européenne a donc décidé d’organiser un grand forum réunissant des organisations de la société civile, en leur demandant de formuler des propositions.
Prise dans un désarroi qui ne semble plus vouloir en finir, suite au rejet par référendum de la Constitution européenne en France et aux Pays-Bas, la Commission cherche, jusqu’ici en vain, des voies de sortie à une crise dont on ne sait plus vraiment qu’elle est la nature : communicationnelle, démocratique, diplomatique, économique, sociale ? Peut-être tout cela à la fois…
Pour l’heure, le forum de Bergame se contentait de se centrer autour de deux constats : l’Europe souffre d’un déficit démocratique et d’une distance avec les citoyens européens, et l’Union Européenne se doit de mieux communiquer sur son action.
A partir du « plan D » et du livre blanc de la Commission sur la politique de communication de l’Union Européenne, les organisations de la société civile ont été conviées à endosser le rôle de « super consultants ». Margot Wallström, Commissaire européenne chargée de la Communication, et Claus Sorensen, directeur général de la Communication à la Commission européenne, ont proposé aux 450 acteurs réunis dans la ville italienne de formuler des propositions concrètes qui seront par la suite présentées aux chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne, au printemps 2007. Plusieurs personnalités de haut rang, parmi lesquelles Bronislaw Geremek, député européen, figure du syndicat solidarnosk et de la libération de la Pologne du joug communiste, ou encore Mario Monti, ancien commissaire européen chargé successivement du marché intérieur (1995-1999) et de la concurrence (1999-2004), étaient également présentes.
Les participants ont été réunis en quatre groupes de travail :
A : La découverte de l’Europe : améliorer l’éducation civique
B : L’Europe en réseau : connecter les citoyens les uns aux autres
C : Relier les citoyens et les institutions publiques
D : L’ère d’internet
Deux sessions parallèles se tenaient également : un débat sur les valeurs de l’Union et un autre permettant à des dessinateurs de presse de donner un point de vue humoristique et critique sur les développements en cours.
Sur deux jours, les groupes de travail se sont animés et se sont nourris des réflexions des participants, jusqu’à aboutir à 4 séries de recommandations. Les Euros du Village ont participé à la session sur « l’ère d’internet », qui a
L’Union et ses citoyens : où est le fossé ?
Vouloir rapprocher citoyens et institutions, vouloir rendre l’Union Européenne plus démocratique sont des intentions louables et légitimes. Cependant, plusieurs questions méritent d’être posées, quant à la manière d’aborder le problème.
Tout d’abord, la nature de l’Union Européenne et de ses institutions. La Commission européenne, qui fait preuve d’une certaine transparence dans son action, souffre cependant d’un biais technocratique et bureaucratique de fait : sa vocation initiale (la défense de l’intérêt général européen aux termes des traités, qui passe notamment par la réalisation du marché unique) et sa légitimité (principalement technique) n’en font pas a priori l’organe du citoyen. Seul le Parlement européen, qui bénéficie en outre d’une plus grande notoriété, possède une dimension citoyenne directe ; mais malgré sa « montée en puissance » et la dimension de forum européen qu’il incarne, sa reconnaissance reste faible. Le Conseil, lui, est composé de ministres, par nature « nommés », et dont la sphère d’action est le niveau national.
Par ailleurs, quel est le niveau pertinent d’implication émotionnelle et politique des citoyens européens ? Pour l’instant, il s’agit incontestablement de l’Etat-Nation, mais la cause européenne n’y est pas, c’est peu dire, toujours en bonne grâce, les intérêt nationaux ne coïncidant pas forcément avec l’intérêt européen.
Enfin, la conjoncture actuelle, qui mêle bouleversement post-élargissement, question de la Turquie et impasse constitutionnelle, ainsi que difficultés sociales, montée des nationalismes dans certains Etats et défiance envers les élites.
voulu aborder des questions larges : e-démocratie et e-gouvernement, développement durable, accessibilité, participation citoyenne, blogosphère, etc. Notre association a en particulier insisté sur la nécessité d’élargir le champ des consultations, et de ne pas limiter les acteurs concernés aux associations et ONG de la société civile, qui ne représentent par les citoyens mais des causes citoyennes, et dont l’intérêt direct auprès de l’Union Européenne est tout d’abord de défendre leur action propre. Nous avons soutenu, en particulier, la nécessité d’associer en premier lieu les élus locaux, porteurs d’une légitimité démocratique et au plus près des préoccupations citoyennes.
Par ailleurs, pour ce qui est des propositions plus concrètes qui ont été retenues par le groupe de travail, les Euros du village ont proposé la mise en place d’un service audiovisuel de la Commission européenne adapté à l’internet d’aujourd’hui. Le service en ligne actuel, qui renferme des ressources de grande qualité (vidéos pédagogiques et d’actualité, images, discours et point presse en audio des Commissaires européens), possède un accès verrouillé et ne permet pas de véritable partage des informations. Il s’agirait par conséquent de proposer une « ouverture » de ce service, en proposant par exemple des vidéos à partager à la manière des sites « dailymotion » ou « youtube » ou des fils d’information RSS notamment.
Notre groupe de travail a également proposé la création d’un forum des ONG de la société civile ou encore de prolonger la réflexion via un « wiki » européen, c’est-à-dire une page internet collaborative.
Mais ce ne sont là que de maigres aperçus des résultats de ces deux journées de travail. Les trois autres groupes ont en effet émis des propositions ambitieuses, tout en appelant, d’une manière générale, à plus de démocratie, d’implication citoyenne et de transparence. La Constitution européenne était en outre dans tous les esprits, et de nombreux participants ne semblaient pas près à abandonner un tel projet…
Pour l’instant, les propositions formulées sont en cours de traitement par la Direction générale de la Communication de la Commission et les services de Margot Wallström. Rendez-vous donc dans quelques semaines afin de savoir quel sort leur sera finalement réservé.
Mais d’ores et déjà, plusieurs organisations de la société civile se disent relativement déçues du forum de Bergame. Le brainstorming escompté, malgré les considérables moyens engagés, n’aura pas permis, semble-t-il, de faire émerger les nouvelles idées tant attendues. Peut-être que sur une question si complexe et difficile, alors que l’Europe semble dans une impasse, seul le temps saura apporter des solutions. Avec, certainement, un coup de pouce nécessaire des gouvernants des Etats membres…


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