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DOMINIQUE BAUDIS : « Le départ des tories permettra au PPE d’être plus cohérent »

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Pour la tête de liste UMP dans le Sud-Ouest, l’UE doit affirmer son leadership face aux Etats membres

Dominique Baudis a un cv pour le moins bien rempli : tour à tour journaliste, maire de Toulouse puis président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, il est aujourd’hui président de l’Institut du Monde Arabe. Pourtant, il ne souhaite visiblement pas s’arrêter et retourne au contraire à d’anciennes amours : celles du Parlement européen, hémicycle auquel il fut déjà élu par deux fois (en 1984 et 1994). Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il revient sur les principaux thèmes de campagne de l’UMP mais exprime aussi des convictions bien plus personnelles : celle d’une Europe au sujet de laquelle les citoyens seraient bien mieux informées qu’actuellement ; celle d’une UE assez forte pour pouvoir imposer son « leadership » aux Etats membres ; et enfin celle d’un Parti Populaire Européen (PPE) travaillant au service d’un tel leadership, et qui aurait donc raison de se passer des Conservateurs britanniques. Honnêteté peu courante ou discordance calculée ? A vous de juger !


Vous êtes tête de liste, donc quasiment sûr d’être élu au Parlement Européen. Qu’est-ce qui vous motive à faire tout de même campagne de façon active ?

La carrière de Dominique Baudis en un coup d’oeil

Né en 1947, Dominique Baudis est le fils de Pierre Baudis, homme politique centriste et maire de Toulouse de 1971 à 1983. Dominique Baudis se consacre tout d’abord au journalisme, travaillant comme grand reporter puis comme présentateur du journal télévisé dans les années 1970.

Mais la politique est un virus qu’il attrape vite, d’autant plus qu’il s’agit d’une affaire de famille : Engagé au sein du Centre des Démocrates Sociaux, composante de l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing, il succède en 1983 à son propre père en tant que maire de Toulouse, mandat qu’il exercera jusqu’en 2001. Parallèlement, il cumulera un très grand nombre de mandats supplémentaires en devenant notamment conseiller général, président du Conseil régional, député européen et député à l’Assemblée Nationale.

En 2001, il quitte la politique et tous ses mandats électifs pour devenir, sur nomination de Jacques Chirac, président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Il y restera jusqu’en 2007, date à laquelle il prendra la présidence de l’Institut du Monde Arabe. Cette campagne des élections européennes 2009 constitue donc son retour à la politique.

Dominique Baudis : Ce qui me motive avant tout, c’est la gravité des crises qui nous menacent : la crise financière, tout d’abord, les dérèglements climatiques, les problèmes géopolitiques, les risques de guerre aux frontières de l’Union Européenne. C’est pour cela qu’il est important d’aller au contact de la population, de parler de ces crises et de l’Union Européenne et d’écouter les revendications au sein de ma circonscription. Toutes ces raisons m’ont donné envie de m’engager. Le Président de la République m’a proposé d’être tête de liste de l’UMP dans la région Sud-Ouest et c’est avec plaisir que j’ai accepté.

Le travail d’un député européen est très technique : amendements, règlements, directives… Quel est selon vous le meilleur moyen de faire valoir vos convictions, de vous mettre en avant dans une telle enceinte ?

Dominique Baudis : Il ne s’agit pas de se mettre en avant, mais avant tout d’être utile. C’est comme cela que l’on peut faire valoir ses convictions. Pour être utile, il faut être présent, je m’y suis engagé, et je tiendrai cet engagement, notamment parce qu’il y a plusieurs sujets pour lesquels j’ai envie de m’investir.

Une fois élu, au sein de quelle Commission parlementaire souhaitez-vous travailler ?

Dominique Baudis : Plusieurs sujets m’intéressent, comme l’aéronautique et l’espace, mais également l’Union pour la Méditerranée. Il y a donc plusieurs Commissions parlementaires au sein desquelles j’aimerais travailler : les transports, la culture, les affaires étrangères et la défense. Il faudra faire des choix et ces choix je les ferai, en concertation avec les autres députés européens.

En quelle langue vous exprimerez-vous en privé avec vos collègues européens ?

Dominique Baudis : Cela dépendra. Je m’exprimerai en français avec mes collègues français, en espagnol avec mes collègues espagnols, et en anglais avec mes collègues anglophones.

Vous vous êtes récemment prononcé pour qu’Euronews devienne une des chaînes gratuites de la TNT. Pourquoi cette proposition ? Est-ce pour la dimension européenne de cette chaîne ?

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David Cameron

Souvent comparé à Tony Blair pour son charisme et son centrisme, le leader des tories suit pourtant une stratégie européenne diamétralement opposée à celle de l’ancien premier ministre travailliste. Alors que Blair se présentait comme le plus pro-européen des dirigeants britanniques (promesse qui ne fut que très faiblement tenue), Cameron, lui, n’aime pas l’UE et le fait savoir. Le parti conservateur britannique devrait d’ailleurs quitter le groupe du Parti Populaire Européen (PPE-DE), considéré comme trop européiste, en vue de créer un nouveau groupe parlementaire plus eurosceptique à la suite des élections de 2009. Ce départ annoncé des Conservateurs britanniques, s’il pourrait constituer un danger pour le PPE avec l’émergence d’un groupe rival, est pourtant loin de chagriner tout le monde. Certains s’en réjouissent même, à l’image de Dominique Baudis.

(Photo : Screaming Bertha, flickr.com)

Dominique Baudis : Il y a en France un énorme déficit d’information sur l’Europe. Tout le monde me le dit, et je peux le vérifier tout au long de ma campagne. Or, l’un des moyens d’information les plus évidents, c’est la télévision et nous avons la chance d’avoir une chaîne de télévision consacré à l’information, à l’Union Européenne et aux pays voisins. Mais pour y avoir accès, il faut pour le moment être abonné au satellite, au câble ou autres. Grâce à la TNT, les téléspectateurs ont davantage de choix parmi les différentes chaînes de télévision. Il y a déjà des chaînes d’information en continu : BFM TV, i-Télé. Mais je propose qu’on y rajoute Euronews, justement parce que c’est une chaîne européenne et qu’elle pourrait répondre à ce déficit d’information et être accessible au plus grand nombre.

Bruxelles est la capitale européenne, presque mondiale, du lobbying. Quelle est, selon vous, l’utilité du lobbying ?

Dominique Baudis : Le lobbying existe auprès de tous les Parlements. C’est une possibilité pour les associations, les ONG, les entreprises de se faire entendre, de se faire comprendre. Dans beaucoup de Parlements, cela se fait de manière informelle. Au niveau européen, ces lobbys sont reconnus et, dans un souci de transparence, je pense que c’est une bonne chose.

L’affaiblissement considérable de la Commission Européenne face aux Etats membres est-il, selon vous, un problème ?

Dominique Baudis : Déjà, il faut savoir si la Commission est réellement affaiblie. Ensuite, il est particulièrement important pour l’Union Européenne face aux Etats d’avoir un leadership fort. Pendant la présidence française de l’Union européenne, l’UE avait, grâce à Nicolas Sarkozy, une voix, un visage, des résultats. On l’a vu avec le lancement de l’Union pour la Méditerranée, on l’a vu également lors du conflit entre la Russie et la Géorgie et la réaction rapide de l’UE par l’intermédiaire de Nicolas Sarkozy, on l’a vu enfin avec la proposition d’un G20 afin de discuter et de trouver des solutions à la crise financière. Le leadership est donc clairement nécessaire et le Traité de Lisbonne, voté par 26 des 27 Etats de l’Union Européenne, permettra à l’UE d’avoir un véritable leader, un Président élu pour 5 ans. C’est très important car cela va permettre à l’UE de parler d’une seule voix.

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Euronews

On comprend que l’ancien journaliste et président du CSA soit particulièrement sensible à l’importance de l’information des citoyens - une information qu’il juge pourtant, en ce qui concerne l’Europe, plus que déficitaire. C’est pourquoi il propose de faire d’Euronews, la chaîne européenne d’information en continu, une des chaînes gratuites de la TNT. Elle n’est aujourd’hui accessible que par câble ou satellite.

(Photo : Gloel, flickr.com)

L’UMP n’est, pour le moment, pas très claire au sujet de la reconduction de M. Barroso à la tête de la Commission. Souhaitez-vous qu’il soit reconduit, comme le souhaite le Parti Populaire Européen et une partie du Parti Socialiste Européen ou estimez-vous, comme votre collègue M. Riquet (tête de liste UMP dans le Nord-Ouest) dans nos colonnes, qu’il n’a pas été un grand Président et qu’il ne correspond peut-être plus à la situation ?

Dominique Baudis : Ce qui est surtout peu clair, c’est la campagne du Parti Socialiste français. Le Parti Socialiste fait actuellement campagne sur le thème « il faut enlever Barroso », sans même attendre le résultat des élections. Au même moment, les Premiers Ministres espagnol, britannique et portugais, par exemple, se sont prononcés pour la reconduction de M. Barroso. Or, je pense qu’à l’échelle européenne, M. Zapatero pèse plus que Mme Aubry et M. Brown pèse plus que Mme Royal. M. Sarkozy attend, lui, le résultat des élections pour se prononcer et pour ma part également. Je voterai au Parlement Européen, mais pour l’instant j’attends d’éventuels candidats.

Que pensez-vous des modifications à venir au sein du PPE-DE avec le départ probable des Conservateurs britanniques ?

Dominique Baudis : Le départ des conservateurs britanniques va surtout permettre au PPE d’avoir une attitude plus cohérente. Il est nécessaire que le PPE soit composé de partis politiques favorables à une UE forte. Le PPE a, dans son histoire, toujours exercé un rôle majeur dans la construction de l’Union Européenne. Le départ des tories permettra donc au PPE d’être plus cohérent et plus fidèle à son histoire. De plus, malgré ce départ, il reste en mesure d’être le groupe parlementaire le plus important au Parlement Européen.


Logo : guillaumepaumier, flickr.com


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