LE RAPPORT STERN : « les avantages que présente une action ferme et précoce l’emportent de loin sur les coûts économiques de l’inaction »
Utilisant les résultats de modèles économiques officiels, le rapport estime que si l’on ne réagit pas, les coûts et les risques globaux du changement climatique (soit une hausse de 4 % à 5 % d’ici à 2050 des températures par rapport aux valeurs actuelles) seront équivalents à une perte d’au moins 5 % du PIB mondial chaque année, aujourd’hui et pour toujours. Si l’on prend en compte un éventail plus vaste de risques et de conséquences, les estimations des dommages pourraient s’élever à 20 % du PIB ou plus. Le prix à payer pour ce ralentissement s’élèverait à plus de 3 700 milliards de livres (5 500 milliards d’euros). C’est-à-dire un coût d’une ampleur analogue à ceux qui ont suivi les grandes guerres et la grande dépression de la première moitié du XXe siècle. Les inondations, la fonte des glaciers, la baisse des ressources en eau provoquées par ces changements environnementaux pourraient conduire à la migration de dizaines, de centaines, voire de millions de réfugiés climatiques dans certaines parties du monde, souvent les plus pauvres comme les zones côtières et l’Afrique subsaharienne. Par contre, les coûts de l’action, à savoir réduire les émissions de gaz à effet de serre pour éviter les pires conséquences du changement climatique, peuvent se limiter à environ 1 % du PIB mondial chaque année. Selon le rapport, une action sur le changement climatique est requise de la part de tous les pays et il n’est pas nécessaire qu’elle impose une limite aux aspirations de croissance des pays riches ou pauvres. Il relève trois éléments d’actions nécessaires pour obtenir une réponse planétaire efficace :
la fixation du prix du carbone, appliquée à travers les taxes, le commerce ou une réglementation.
l’action gouvernementale pour encourager l’innovation et le déploiement de technologies moins carbonées.
L’action pour retirer les obstacles à l’efficacité énergétique et pour informer, éduquer et persuader les individus sur ce qu’ils peuvent faire pour réagir face au changement climatique.
Enfin, au niveau international, Les éléments clefs des futurs cadres internationaux devront inclure l’échange des émissions, la coopération technologique, l’action pour réduire la déforestation et l’adaptation des modes de vie et de production.
Le paysage politique en Grande-Bretagne semble enfin prendre des allures écologiques. Les parlementaires britanniques échangent la couleur de leur costume contre une teinte plus naturelle. Ainsi, le jeune et fringant président du Parti Conservateur, David Cameron, a choisi de sortir des sentiers battus et de se rapprocher de Greenpeace, démontrant que la droite anglaise ne se limite pas au traditionnel bleu-roi. Les Libéraux démocrates, dont la couleur est le jaune, ont récemment, de leur côté, réclamé des politiques plus « vertes » en faveur de la lutte contre le changement climatique, souhaitant instaurer des taxes encore plus élevées sur les voitures hautement polluantes. De son côté, avec la publication le 30 octobre dernier du rapport de Nicholas Stern sur les implications économiques du changement climatique, qu’il a lui-même commandé en juillet 2005, le Ministre des finances anglais Gordon Brown, successeur vraisemblable de Tony Blair, a décidé de se « mettre au vert » pour ses électeurs.
Le rapport Stern met donc en lumière des risques d’inondations cataclysmiques, de diasporas étendues ainsi qu’une augmentation des températures à l’échelle mondiale qui pourrait mener à l’extinction près de la moitié des espèces animales. Ceci sans compter que l’économie mondiale subirait la pire récession de l’histoire contemporaine.
La Commission européenne a vu d’un bon œil ce rapport avant-coureur, affirmant que grâce à ce dernier, il était désormais impossible de ranger la problématique du bouleversement climatique au placard. Cependant, si l’on se fie aux derniers chiffres publiés par l’exécutif européen, l’on serait en droit de se demander si les ambitions environnementales figurent toujours au sommet de la liste des priorités de Bruxelles.
En effet, les statistiques publiées au mois d’octobre démontrent que l’Union est en retard par rapport à ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Si l’on prend en compte les politiques générales actuelles, les émissions provenant des 15 membres à l’origine de l’Union auront à peine baissé de 0.6% en 2010 par rapport à 1990. Ces chiffres se situent donc bien loin des 8% prévus en 2012 par le protocole de Kyoto.
Les ONG, quant à elles, ont pointé du doigt les maigres progrès de l’Union en la matière et ont accusé les états membres de laisser pour compte les objectifs internationaux. Le Système communautaire d’échange des quotas d’émission (SCEQE) se trouve donc au centre des débats. Les écologistes avancent que le plan de l’UE autorisant les industries à vendre et acheter des permis afin d’émettre du dioxyde de carbone n’a pas atteint son but le plus élémentaire, c’est-à-dire réduire les émissions de dioxyde de carbone.
Selon une déclaration de l’association Friends of the Earth, « les mécanismes de marché semblables au SCEQE doivent être renforcés. Les attributions pour les émissions de dioxyde de carbone doivent être réduites de façon dramatique afin pousser réellement les entreprises à diminuer les émissions de CO2 ainsi que de les inciter à investir dans des techniques plus écologiques. »
Prêt à tout pour rester en tête de la cause environnementale au niveau international, le ministre anglais (et aspirant premier ministre) a voulu relayer le cri des militants écologistes. Dans une lettre adressée aux leaders européens datant de la fin octobre, Mr. Brown, à qui la couleur verte va désormais à ravir, a manifesté son soutien à l’extension du protocole de Kyoto ainsi qu’à la réduction massive d’émissions de gaz CO2. Il exige des diminutions draconiennes de 30% d’ici 2020 et de 60% d’ici 2050. Parmi d’autres propositions internationales que Mr. Brown espère mettre en valeur sur la scène internationale, l’on compte l’utilisation plus fréquente de véhicules à biocarburant ainsi que l’introduction de taxes sur les carburants utilisés par l’aviation et sur les voitures hautement polluantes.
Cela va sans dire, les militants de la cause écologique espèrent que le rapport de Mr. Stern, mettant gravement en cause l’équilibre économique mondial, produise l’effet déclencheur tant attendu pour que la communauté internationale prenne enfin conscience de l’urgence de réelles politiques environnementales. En outre, en unissant les ambitions environnementales au justificatif économique, ils espèrent que le rapport en question poussera même les États-Unis à se rallier à la cause écologique. Il reste que les ONG tiendront à l’œil, et de très près, la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, qui se tiendra du 6 au 17 novembre 2006 à Nairobi, au Kenya, afin d’évaluer si les pays membres sont réellement préparés à investir de l’argent là où ils le prétendent si bien.


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