Recherche listes transnationales, désespérément
Les élections européennes actuelles sont organisées au niveau national : les Irlandais votent pour les listes irlandaises, les Espagnols pour les listes espagnoles, les Italiens pour les listes italiennes, etc.... Mais que faire si, en tant que Français, vous n’aimez pas vos listes et que vous préférez voter pour un candidat allemand... tout en restant en France ? Que faire, aussi, si vous souhaitez voter pour un parti qui présenterait, dans l’ensemble de l’Union, un programme commun, et non un programme national qu’il ne pourra de toute façon pas mettre en œuvre seul ? En effet, tant en termes de listes, de programmes que de campagne, les grands partis nationaux préfèrent se cantonner au cadre national : au lieu d’une véritable consultation sur l’Europe, les élections européennes restent une série de consultations nationales, d’autant plus pauvres qu’elles se limitent au fond à une seule question, binaire : pour ou contre le gouvernement en place.
Comment résoudre ce défaut de fonctionnement, comment permettre aux élections européennes d’acquérir cette dimension continentale qui leur manque si cruellement ? L’expérience laisse penser qu’il ne s’agit pas uniquement d’un problème de pratique, qui se résoudrait au fur et à mesure de « l’apprentissage » de la démocratie européenne et du développement des compétences de l’Union, comme on avait pu le croire au départ. En effet, le cadre national étant toujours vu par la plupart des hommes politiques ambitieux comme plus important et plus prestigieux que le cadre européen, les dirigeants des partis nationaux souhaitent logiquement garder leurs prérogatives de désignation des candidats et maintenir le Parlement européen dans une position d’infériorité. Il apparaît donc assez illusoire d’attendre de leur part qu’ils acceptent de constituer des listes et programmes transeuropéens, ce qui ne s’est d’ailleurs jamais réellement produit jusqu’à aujourd’hui, mis à part l’expérience de la Dream Team transnationale (représentée par des têtes de listes nationales) des Verts en 2004 et aujourd’hui Newropeans , micro parti sans élu. Paradoxalement, le premier groupement d’envergure à tenter de créer une réelle plateforme paneuropéenne (même si celle-ci reste très hétérogène et superficielle) est Libertas , populiste et eurosceptique.

- L’ancien premier ministre danois et actuel président du Parti Socialiste Européen (PSE) est un homme très respecté de la sphère politique européenne. On parle d’ailleurs de lui comme éventuel candidat des opposants à la reconduction de M. Barroso au poste de président de la Commission si une majorité de gauche venait à émerger des élections. Pourtant, c’est un choix que le PSE, qui aurait très bien pu le faire, a refusé d’assumer jusqu’au bout en ne présentant pas M. Rasmussen comme son candidat avant les élections. Une belle occasion de ratée pour la démocratie européenne, mais aussi pour le PSE lui-même, qui aurait ainsi pu structurer et politiser une campagne qui est aujourd’hui incapable de décoller.
(Photo : Chourka Glogowski, flickr.com)
Afin de permettre aux élections européennes de s’articuler autour de véritables programmes de gouvernement, afin d’intéresser de nouveau les citoyens à un projet européen dont ils se détournent de plus en plus, il est donc de plus en plus urgent de franchir le pas : constituer de réelles listes transnationales, qui ne soient pas uniquement des alliances plus ou moins lâches de partis nationaux, mais la conséquence d’une réforme très profonde : la constitution d’une circonscription paneuropéenne unique.
L’agora européenne n’intéresse plus la Commission
Les initiatives ne manquent pas : en 1998, le Parlement Européen avait émis l’idée d’établir des listes transnationales à l’échelle européenne pour 20 % des sièges... idée qui fut enterrée au Conseil, les chefs d’État et de gouvernement étant souvent chefs de parti et tenant à garder leurs prérogatives de désignation des candidats. En 2008, le Parlement européen propose la mise en place d’une circonscription paneuropéenne unique... idée encore une fois mise au placard du Conseil.
Même Jacques Delors, à son époque, imaginait que chaque parti européen propose un candidat pour le poste de président de la Commission : l’idée, soutenue par le Parlement européen, était de provoquer un véritable débat européen. Dans le même esprit, une proposition de listes européennes partiellement transnationales, appuyée par la Commission Prodi, avait été avancée par les représentants du Parlement à la Convention sur l’Avenir de l’Europe qui rédigea le Traité Constitutionnel. Aujourd’hui, ces projets ne bénéficient pourtant plus du soutien de la Commission, Jose Manuel Barroso y étant même totalement opposé. Sa réélection importe trop, et ainsi il ne faut pas froisser des chefs d’États et de gouvernements, eux- mêmes chefs de partis.

- En ce 9 mai 2009, jour de l’Europe (en commémoration de la « Déclaration Schuman » de 1950) le Parlement européen ainsi que les autres institutions de l’UE organisaient une journée portes ouvertes. Le symbole n’est peut-être pas très fort, mais c’est effectivement en s’ouvrant plus largement sur les citoyens européens (au lieu de se limiter à une « politique de communication » inepte) que l’UE se rendra plus intéressante à leurs yeux. En cela, la constitution de listes transnationales pourrait bien aider.
(Photo : Parlement européen, flickr.com)
C’est une des caractéristiques de l’actuel président de la Commission : ne pas porter ombrage aux États Membres, ne pas proposer d’idées institutionnelles ou politiques trop audacieuses, ni tenter de défendre le message européen dans les Etats membres d’une quelconque manière que ce soit. De fait, le silence de la Commission a été assourdissant lors des campagnes référendaires en Espagne, en France, aux Pays Bas ou en Irlande. Résultat : la Commission, autrefois moteur de l’intégration européenne et promotrice de la démocratisation de l’Union, ne participe plus à l’émergence d’une agora européenne. La constitution de listes transnationales n’est plus défendue que par le Parlement Européen. Cette stratégie poursuivie par le président de la Commission européenne apporte pourtant son lot de conséquences collatérales négatives. En renforçant, voire en créant les conditions de sa faiblesse politique, la Commission apporte ainsi de l’eau au moulin de ses détracteurs et nourrit les procès en illégitimité qui la visent : en quoi serait-elle en effet légitime pour prendre telle ou telle décision inconnue des citoyens européens et non discutée pendant la campagne européenne ?
Des listes transnationales pour une Union plus légitime. Mais sous quelle forme ?
Les citoyens ont droit à un débat européen public entre différentes listes qui ne soit pas une simple superposition de 27 débats nationaux, mais qui réponde à des questions de fond : que fera tel candidat à la présidence de la Commission en matière de politique industrielle, de politique régionale ou de politique étrangère ? Pour cela, des listes transnationales représenteraient une solution adéquate, car elles permettraient à la Commission d’être issue d’une délibération européenne et d’assumer son rôle politique.
Si la nécessité d’organiser des listes transnationales ne fait pas de doute, les avis restent toutefois partagés quant à la formule concrète à adopter : faut-il se contenter de l’ajustement du modèle déjà existant, ou faire le grand saut vers une circonscription paneuropéenne unique ?

- L’ancien et l’actuel présidents de la Commission européenne, symboles de deux conceptions différentes de la politique européenne. Le premier, ardent défenseur de l’intégration accélérée, affirmait chichement le pouvoir de son institution et n’hésitait pas à bousculer des Etats membres que le second, partisan du profil bas, caresse la plupart du temps dans le sens du poil. En découlent deux positions divergentes vis-à-vis de la démocratie européenne : tandis que Delors imaginait un président de la Commission élu tel un chef de parti par une élection transnationale et politisée, Barroso se garde bien d’encourager le débat politique sur sa succession, tant il serait heureux de rester... et persuadé de perdre, dans le cas contraire ?
(Photo : Service audiovisuel de la Commission européenne)
Selon la première optique, le fait que différents partis nationaux mènent chacun campagne dans leur Etat respectif mais autour de thèmes fédérateurs comme la désignation d’un candidat à la présidence de la Commission et un manifeste commun consistant, ajoutés à la mise en place de quotas transnationaux sur les listes nationales, seraient suffisants pour faire émerger un débat européen. De ce point de vue, la campagne européenne de 2009 est à mi- chemin : il y a bien des initiatives militantes communes entre partis nationaux (au sein du PSE ou des Verts européens), des listes présentant en position éligibles des candidats non nationaux (Verts, ELDR), des candidats désignés à la présidence de la Commission (PDE), mais les grands partis (PSE, PPE) n’ont ni propositions politiques marquantes ni candidats.
Selon la seconde alternative, la condition sine qua non de l’émergence d’un débat européen est l’institution d’une circonscription paneuropéenne unique. Dans le cadre de cette circonscription, les listes pan- européennes s’affronteraient sur des enjeux européens. Les obstacles politiques sont certes nombreux : s’afficher socialiste ou libéral ne veut pas dire la même chose partout en Europe, et produire une position politique commune et une liste paneuropéenne pour chaque famille politique européenne semble effectivement extrêmement difficile à court terme. Les difficultés actuelles de chaque parti européen à désigner des candidats pour la présidence de la Commission ou à faire des campagnes communes prouvent que le grand saut fédéraliste n’est pas pour demain. Pourtant, les multiples désillusions vécues depuis les premières élections européennes au suffrage universel direct en 1979 et les réticences toujours fortes des partis nationaux poussent au constat que l’ajustement à la marge ne pourra suffire. Incontestablement, celle-ci reste l’horizon politique lointain de quiconque espère l’émergence d’un véritable débat politique européen, condition d’une re-légitimation de l’Union.
Logo : European Parliament, flickr.com


Newsletter
Euros du Village
Gli Euros
Die Euros
The Euros
Los Euros
Ajouter un commentaire
Ajouter un commentaire
A favore delle liste transnazionali

(40)
