Les premiers de la classe
1. Kristalina Georgieva : une Commissaire qui se bouge
Le Parlement européen a bien fait, lors de l’audition des potentiels commissaires au début de la législature, de retoquer la faible candidate bulgare Rumiana Jeleva pour Kristalina Georgieva, au calibre plus gros. La candidate bulgare revenait de loin mais elle rapidement su dépasser les craintes initiales.
Avec un profil de technocrate internationale (vice-présidente de la Banque mondiale) rompue aux dossiers environnementaux et du développement, la Commissaire européenne à la Coopération, à l’Aide humanitaire et à la gestion de crise a su donner la meilleure image de la Commission européenne.
Des boues toxiques de Hongrie au tremblement de terre du Chili, elle a pu montrer que l’Europe répondait présente et pouvait s’avérer efficace, dans la mesure de ses moyens.
Dans une excellente coopération avec le Parlement européen, les Etats membres et les ONGs, elle a pu être là où il le fallait quand il le fallait.
European Voice ne s’y est d’ailleurs pas trompé : la Commissaire bulgare, qui tient régulièrement un blog, a été élue Commissaire de l’année par un jury de journalistes et de lobbies européens.
Un conseil pour Kristalina Georgieva : restez vous-même, continuez comme ça, essayez de transmettre votre énergie à vos petits camarades.
2. Ex-aeqo : Joaquin Almunia & Viviane Reding : pragmatisme et bulldozer

- Ca vous branche un petit café avec Joaquin Almunia, Commissaire à la Concurrence ?
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Plus jeune ministre de de Felipe González en 1982 au début de sa carrière, le vice-président de la Commission européenne en est à son second mandat. Il était commissaire aux Affaires économiques et monétaires sous Barroso I.
Les deux Vice-présidents de la Commission européenne (l’un socialiste espagnol, l’autre chrétienne-démocrate luxembourgeoise) n’ont pas un rôle facile : ils doivent faire respecter le droit européen. Le premier est gendarme de la concurrence, la seconde du droit pénal, des droits fondamentaux et du droit des contrats, sans oublier la promotion de la citoyenneté - oui, rien que ça.
Chacun a dû faire face à des petites tempêtes politiques :l’affaire des Roms en France pour Viviane Reding, les nombreuses protestations des Etats membres suite aux décisions de la Commission d’interdire des concentrations ou de punir des cartels (la dernière en date est celle du cartel du fret aérien) pour Joaquin Almunia.
Mais chacun, dans son style, a été salué : pragmatisme, écoute et détermination pour Joaquin Almunia, l’ancien syndicaliste espagnol (et ministre du travail de Felipe Gonzales), méthode plus offensive, plus directe et plus frontale pour l’ancienne journaliste luxembourgeoise.

- Viviane Reding, vice-président et commissaire européen chargé de la Justice, des Droits fondamentaux et de la Citoyenneté, en 1999, alors qu’elle s’apprêtait à prendre ses fonction au sein de la Commission présidée par Romano Prodi
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A son troisième mandat, il s’agit de l’une des Commissaires les plus connues, pour son coup de gueule contre la stigmatisation des Roms en France et pour avoir imposé aux opérateurs téléphoniques la réforme des tarifs de roaming.
Leurs qualités, complémentaires, associées à leur vision de l’Europe et la connaissance de leurs dossiers, confirment deux faits : 1) José-Manuel Barroso a bien choisi ses Vice-présidents, 2) faire un second ou un troisième mandat à la Commission européenne rend politiquement intelligent et affûté.
Un conseil pour Joaquin Almunia : soyez plus politique et plus offensif face aux attaques (parfois trop entendues) dont fait l’objet la politique européenne de concurrence.
Un conseil pour Viviane Reding : évitez les comparaisons implicites à la Seconde guerre mondiale. Ça peut froisser certains ministres et certains chefs d’Etat. Soyez calme. Respirez avant de parler. Mais allez-y, parlez.

- Neelie Kroes, commissaire à la Stratégie numérique, n’a pas peur des cyber-attaques, même dans son dos
3- Neelie Kroes : un diesel numérique
Femmes d’affaires et politique, Neelie Kroes est un diesel : malgré un retard au démarrage (il n’était même pas sûr que sa nomination soit confirmée par le Parlement européen tant sa connaissance des dossiers et des enjeux était faible !), la Commissaire européenne à la Stratégie numérique tient bien la route. Il faut dire que passer de Commissaire à la concurrence (et de quelques clashs bien sentis par ci et par là) et de la fréquentation des conseils d’administration de grandes entreprises néerlandaises à la promotion de l’internet pour les seniors ou aux débats sur le roaming ne l’a pas passionné au départ. Mais la Vice-présidente de la Commission s’est vite pris au jeu : elle a fait de la maîtrise parfaite de sa communication (blog, réseaux sociaux) une arme tranchante, comme lorsqu’elle réagit furieusement contre un message qu’a osé lui envoyer un opérateur télécom apparemment peu au fait de la réglementation européenne sur le roaming.
2010 a été une année riche pour la commissaire néerlandaise grâce à la présentation d’un agenda numérique ambitieux et à la poursuite de nombreux débats et initiatives engagés auparavant (paquet Telecom, roaming, neutralité du net).
Un conseil : Ayez l’air plus éveillée et ne vous faites pas marcher sur les pieds par vos collègues (notamment sur des dossiers sensibles comme les droits de propriété). Après tout, vous êtes vous aussi Vice-présidente de la Commission.
A confirmer
Michel Barnier : enthousiasme et redondances
Michel Barnier est plein de bonne volonté et c’est pourquoi les Euros l’aiment bien. En France, dans le camp gaulliste, il est un Européen passionné et convaincu. Ce qui est assez rare pour être souligné. Michel Barnier a pu s’entourer des meilleurs, prendre comme conseiller spécial un ancien eurodéputé communiste (Philippe Herzog, fondateur du think tank économique Confrontations Europe) et garder la confiance de Nicolas Sarkozy. Ce qui est assez étonnant pour être surligné.
Michel Barnier n’en est pas à son premier portefeuille, puisqu’il fut commissaire en charge de la politique régionale sous Romano Prodi entre 1999 et 2004 mais aussi ministre de l’environnement, des affaires européennes, des affaires étrangères et enfin de l’agriculture en France.
En 2010, il a réussi à décrocher l’un des meilleurs postes de la Commission européenne, Commissaire au marché intérieur et aux services, en dépit de sa nationalité (une légende voudrait que les Français soient sceptiques quant au marché intérieur) et de sa méconnaissance relative des dossiers économiques et financiers. Ce qui est assez inouï pour être mentionné.
Michel Barnier a donc les défauts de ses qualités et inversement : sa méconnaissance des dossiers financiers lui donne du recul, son pragmatisme politique l’empêche de verser dans un ultralibéralisme sans frein ou dans une régulation dangereuse, sa foi européenne lui donne une boussole utile face à des lobbies financiers anglo-saxons peu enclins à faire confiance à un Frenchy. Car s’il ne connaît pas le détail de tous les dossiers qu’il doit gérer, il arrive à faire passer de gros paquets législatifs : du dossier sur la réforme de la supervision financière à la directive sur les hedge funds, de la directive Intermédiation en assurances à la relance du marché unique, Michel Barnier est incontestablement dans son élément.
Un Conseil : votre anglais est catastrophique, faites un effort ! De plus, attention à ne pas trop répéter les mêmes choses (« on ne sortira pas de la crise comme on y est entré », « un commissaire est un homme politique et non un fonctionnaire » « souhaitons que l’anniversaire du marché unique soit une occasion de renouveau etc.. ») A trop être redondant et un brin langue de bois, on finit par décrocher.
Dacian Cioloş : le champ est libre
Le job de Dacian Cioloş, Commissaire européen à l’agriculture, n’est pas facile tant l’agriculture européenne revient de loin. Sa prédécesseure, Mariann Fischer Boel, ne portait pas la PAC dans son cœur. Et le débat sur l’avenir de la PAC tournait rapidement à la confrontation stérile entre environnementalistes, gros producteurs, paysans, libre-échangistes, protectionnistes et partisans de la fin de la PAC. Les champs européens étaient des champs de bataille. Même s’il a longtemps été considéré comme l’homme de Paris, Dacian Cioloş, ancien ministre roumain (et parfait francophone) a pu montrer qu’il était aussi indépendant des capitales que des intérêts corporatistes.
Il a également pu montrer qu’il connaissait parfaitement ses dossiers : il faut dire que le Commissaire européen est passé par le ministère roumain de l’agriculture et la DG Agriculture de la Commission européenne. Au-delà de sa compétence, il a démontré une réelle envie d’avancer avec ambition et pragmatisme sur le dossier, extrêmement complexe et controversé, de l’avenir de l’agriculture européenne. Mais ce n’est qu’en 2011 que sera discuté ce dossier... ce qui fait que Dacian Cioloş n’a pas pu démontré toute l’étendue de sa diplomatie.
Un conseil : Imposez-vous, soyez offensif, haussez le ton. La PAC a besoin de se réformer pour survivre.

- Catherine Ashton, Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission
Catherine Ashton : une histoire de Cendrillon
Catherine Ashton a beau avoir été Commissaire européenne au Commerce dans le précédent Collège, elle a, au début, semblé être complètement novice en diplomatie mondiale et en rouages européens, repartant tous les week-ends à Londres au début de son mandat. Premier mauvais point.
Catherine Ashton a beau avoir été chef du groupe travailliste à la chambre des Lords pendant de nombreuses années, elle a, au début, semblé être complètement démunie face aux attaques politiques venues du Parlement européen. Deuxième mauvais point.
Catherine Ashton a beau venir d’un grand pays européen (le Royaume-Uni) et avoir fait partie de gouvernements solides (de Gordon Brown), elle a, au début, semblé être complètement dépassée d’une part par le Président de la Commission (lors de la nomination du représentant de l’UE à Washington) et d’autre part par le Conseil européen (lors de la faible réactivité de l’UE après les tremblements de terre à Haïti). Troisième mauvais point.
Mais au fur et à mesure, Catherine Ashton a appris. Son autorité grandit, son expérience s’accroît, son réseau se développe. Elle a sû mettre en place le Service Européen d’Action extérieure à temps, et ce malgré un immense débat entre le Parlement, le Conseil et la Commission. Elle a su recruter les meilleurs dans son entourage. Sa relation avec les parlementaires européens est plus apaisée et plus riche que les discours lénifiants habituels. Son indépendance par rapport à Whitehall n’est pas encore totale mais, incontestablement, elle se rattrape... en dépit de quelques gaffes ou ratés. Un jour, peut-être, « Miss Nobody » (selon l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt) deviendra une véritable princesse de la diplomatie mondiale.
Un conseil : Faites plus d’allemand et de français (pourquoi ne pas faire de tandem avec vos camarades Barnier et Oettinger ?). Regardez moins West Wing, munissez-vous d’un avion particulier et tournez la langue sept fois avant de parler.
Les bonnets d’âne
Karel De Gucht : un gâchis
Le portefeuille qui lui avait été confié était immense : le Commerce. Mais la diplomatie que requiert ce poste ne convient pas particulièrement au profil rentre-dedans du Commissaire européen au libre-échange qui semble plus préoccupé par la politique de son pays, la Belgique, que par la relance des négociations commerciales. Sans parler de ses propos, plus que limites, sur le « lobby mondial des juifs ».
Un conseil : souriez, soyez aimable et aimez un peu plus la vie et les gens.
José Manuel Barroso : le tapis
Le toujours président de la Commission européenne n’est pas le « primus inter pares » cher à Delors. Il serait plutôt l’« ultimus sub pares ». Contrairement à sa fonction, le président portugais ne propose pas de vision stratégique pour l’avenir de l’Union, ne donne pas de la voix contre les Etats membres pour dénoncer les atteintes aux traités et ne protège pas l’intérêt commun européen. Sans doute confond-il ce dernier avec les intérêts additionnés de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni et du Portugal. Avec José-Manuel Barroso, le collège de commissaires est devenu un vulgaire COREPER 0. Voire -1 (un COREPER ou Comité des représentants permanents est un comité d’ambassadeurs chargé de préparer les travaux du Conseil, où sont représentés les Etats membres).
A la Commission, sous Barroso, on n’y débat plus. On n’y décide plus grand chose. Les arbitrages se font par le bas. L’autorité du président ne pèse plus qu’à la marge. Tout juste arrive-t-il à hausser le ton quand l’affaire est trop grave (sur la France lors de l’affaire des Roms) ou quand les intérêts de son pays sont menacés (sur l’Allemagne lorsqu’elle projette de couper les fonds régionaux). Pour le reste, la Commission est un tapis sur lequel s’essuient les grands Etats.
Un conseil : on cherche encore.

- Antonio Tajani, vice-président de la Commission chargé de l’Industrie et de l’Entrepreneuriat, lors d’un passage à Bruxelles
Antonio Tajani : absent
Envoyer un berlusconiste à la Commission européenne n’était sans doute pas une bonne idée. Mais qu’on se rassure : Antonio Tajani n’est pas souvent à Bruxelles. Il passe le plus clair de son temps en Italie. Quant à ses dossiers (politique industrielle européenne, entreprises et promotion de l’entrepreneuriat), ils sont presque aussi absents, au niveau européen, que lui. Hors de ses sujets de prédilection (le tourisme, une compétence d’accompagnement, et Galileo, en chantier perpétuel), Antonio Tajani est aux abonnés absents. D’un autre côté, il est peut être préférable qu’il soit absent étant donné que, lorsqu’il est présent, il s’attache surtout à faire avancer les positions sulfureuses de son mentor Silvio Berlusconi (loi -très discutable- sur la liberté de la presse en Italie, situation environnementale en Campanie, décision de la DG Concurrence sur l’accès de la chaine de télévision Sky au réseau italien)... au détriment des intérêts européens.
Un conseil : Assumez votre passion pour le tourisme définitivement et partez aux Antilles. Faites-vous remplacer par un vieux routier plus expérimenté (Mario Monti ?) .


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...and who’s the best at the Commission ?

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