Ajouter un commentaire

Guy Verhofstadt, le libéral qui gêne Barroso

Recommander cet article

Elu à l’unanimité Président du groupe Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ALDE) au sein du Parlement européen, Guy Verhofstadt n’entend se faire imposer ni un calendrier, ni une candidature par le Conseil.


L’ancien Premier ministre et tout nouveau Député européen Guy Verhofstadt est élu à la tête des démocrates et des libéraux au Parlement européen sans difficultés

Le Belge Guy Verhofstadt a été élu par acclamation ce mardi 29 juin comme Président du groupe Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ALDE) au sein du Parlement européen.

Seul candidat à ce poste, Guy Verhofstadt remplace Graham Watson,

JPEG - 1.2 Mo

Graham Watson, le Président sortant de l’ALDE, est actuellement candidat à la présidence du Parlement européen

Eurodéputé britannique candidat à la présidence du Parlement européen. Peu après son élection, il a exprimé sa conviction qu’un « groupe ADLE uni et cohérent peut être une force majeure dans le processus de décision européen pour les années qui viennent si riches en défis de premiers plans ».

Persuadé que «  l’Europe n’est pas le problème mais la solution des problèmes auxquels l’Europe est actuellement confrontée », Guy Verhofstadt est une personnalité politique européenne de premier plan.

Premier ministre de 1999 à 2008, le libéral démocrate flamand est un fort partisan du fédéralisme. Son dernier livre, « Sortir de la crise : comment l’Europe peut sauver le monde », est un vibrant appel à la mobilisation européenne. Extrêmement critique à l’égard de la Commission européenne sortante dont il estime qu’elle n’a pas défini de « stratégie structurée et crédible », et refusant la simple coordination des politiques nationales pour sortir de la crise, Guy Verhofstadt prône une stratégie communautaire unique, un nouveau New Deal avec réforme du système bancaire et promotion d’une économie durable. Il est élu Député européen en juin 2009.

L’ALDE refuse de donner un blanc-seing à Barroso

La première tâche du nouveau Président du groupe ALDE est particulièrement ardue : il doit définir avec ses membres une position par rapport à la réélection de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Ironie de la situation : Guy Verhofstadt avait lui-même été pressenti pour occuper cette fonction en 2004. Soutenu par les gouvernements français et allemand, il fut victime d’un veto britannique, Tony Blair le jugeant trop fédéraliste. José Manuel Barroso, moins intégrationniste et partisan de l’intervention américaine en Irak, fut donc désigné à sa place.

Guy Verhofstadt

Né le 11 avril 1953, Guy Verhofstadt est un Flamand de sensibilité libérale démocrate. Président du PVV (Parti libéral flamand) de 1982 à 1991, il devient Député national en 1985, puis ministre du Budget. Nommé Premier ministre après les élections fédérales de 1999, il gouverne avec les libéraux, les socialistes et les écologistes. Suite à une nouvelle victoire électorale en 2003, il est de nouveau nommé Premier ministre à la tête d’un gouvernement socialiste-libéral. Maintenu en poste par le Roi suite aux élections de juin 2007, il passe le flambeau à Yves Leterme en mars 2008.

Membre du parti des Libéraux et Démocrates Flamands (VLD), Guy Verhofstadt est connu sur la scène internationale pour ses positions fédéralistes. Son premier livre, « Les Etats-Unis d’Europe » publié en 2006 a reçu le prix du livre européen.

Mais il n’est pas si facile d’oublier Guy Verhofstadt. Depuis plusieurs mois, son nom circule parmi les opposants à la réélection de Barroso.

Prise en tenaille entre le PPE (Parti populaire européen, le groupe vainqueur des élections mais qui n’a cependant pas la majorité absolue au sein du Parlement européen) qui soutient Barroso, les Verts, farouchement opposés à ce Président de la Commission et l’APSD (Alliance progressiste des socialistes et démocrates), la troisième force politique du Parlement européen doit choisir son camp.

Le débat du mercredi 1er juillet en réunion du groupe ALDE a montré les nombreuses divisions qui règnent parmi les membres. Au terme de 3h30 de débat, aucune ligne claire n’était dégagée. Les uns, notamment les Français, plaidaient pour un report du vote à septembre ou octobre (le Parlement européen est censé voter pour l’élection de Barroso, seul candidat à sa réélection, le 15 juillet), après le referendum irlandais et/ou après l’entrée en vigueur de Traité de Lisbonne. Les autres ne voyaient pas l’intérêt de repousser un tel vote, Barroso étant de toute façon le seul candidat, et qui plus est soutenu par le Conseil.

Parmi les nombreuses propositions qui ont émaillé le débat, la question de l’abstention aux élections européennes constituait l’une des plus grandes inquiétudes. Aussi, de nombreux Députés ont demandé un débat avec Barroso et ont insisté sur le fait que le Parlement européen ne devait pas apparaître comme une simple chambre d’enregistrement du Conseil.

D’autres problèmes entrent en ligne de compte, notamment la question de la présidence du Parlement européen. Comme nous l’avons déjà expliqué (voir article du 24 juin « Le Parlement européen prend forme »), un accord technique entre le PPE et l’APSD aurait normalement été conclu pour se partager la présidence. Or, apparemment, cet accord pourrait devenir caduc, si l’APSD refuse de soutenir Barroso. La porte serait grande ouverte pour l’ALDE, qui pourrait ainsi envoyer Graham Watson à la présidence pour la seconde moitié du mandat. Mais il s’agit juste d’une possibilité que les membres de l’ALDE doivent prendre en compte.

Plusieurs problèmes se posent donc à l’ALDE : faut-il élire le Président de la Commission européenne en juillet ou en octobre ? Faut-il élire Barroso, et sur quelles bases, ou contre quelles contreparties, et avec

JPEG - 1.6 Mo

Le Président sortant de la Commission européenne devra sûrement attendre le mois d’octobre pour se faire réélire. Sauf si, d’ici là, le Conseil décide de soutenir un autre candidat...

quelle majorité ?

Au terme de ce débat particulièrement animé, Guy Verhofstadt propose alors une solution approuvée à l’unanimité : l’ALDE ne va pas prendre position maintenant pour ou contre Barroso, mais entend préserver l’importance du Parlement européen et les valeurs véhiculés par l’ALDE en exigeant certaines garanties :

- le Conseil n’a émis pour le moment qu’une recommandation pour la désignation de Barroso : l’ALDE demande au Conseil d’assumer ses responsabilités et de prendre une décision officielle sur le candidat.

- l’ALDE va présenter à ce candidat un mémorandum, autrement dit un programme reprenant les points auxquels il pense que la Commission devrait s’attaquer durant les cinq années à venir, en particulier les causes de la crise économique et financière. Le candidat devra alors présenter son programme, que l’ALDE espère ambitieux.

- l’ALDE refuse de se faire imposer un calendrier, donc refuse de voter le 15 juillet si les deux premiers points ne sont pas réalisés.

- pour l’ALDE, « plus le Parlement européen est fort, plus l’Union européenne entière sera démocratique et transparente ». Ainsi, en imposant les trois premiers points, l’ALDE entendu renforcer sa crédibilité et sa position dans le dialogue interinstitutionnel et vis-à-vis des citoyens.

- enfin, pour réaliser les objectifs précités, l’ALDE veut construire une majorité la plus large possible avec tous les groupes pro-européens.

Cette position met à mal les ambitions de José Manuel Barroso. En effet, il est presque impossible de réaliser tous ces objectifs dans les deux semaines à venir. L’APSD, en saluant la position de l’ALDE, a amplement soutenu cette démarche. Et les Verts, menés par Cohn-Bendit, ont annoncé depuis des semaines leur intention de voter contre Barroso s’il se présentait devant le Parlement européen en juillet. Numériquement, avec la GUE, l’alliance APSD-Verts-ALDE est suffisante pour empêcher la réélection de Barroso en juillet. Mais quelle est la prochaine étape ? Les groupes politiques vont-ils se mettre d’accord sur un autre candidat, ou voter pour Barroso en octobre ? L’incertitude demeure, mais ce qui est sûr, c’est que le nom de Guy Verhofstadt continue de circuler dans les couloirs du Parlement européen.


Crédits photos : Parlement européen


Recommander cet article
reagir   Imprimer   envoyer par mail   Auteurs
Espace réactions (2)
ds Ajouter un commentaire
Jean-Louis
2 juillet 2009
20:59
Guy Verhofstadt, le libéral qui gêne Barroso

J’apprécie vos informations sur les députés et leur(s) groupe(s), qui continuent les élections passées. Concernant les membres de l’ALDE, et les démocrates italiens envolés, quels sont les partis qui pourraient être mentionnés comme plus proches du Modem ? Sur l’opposition à Barroso ou d’autre thèmes politiques majeurs. Le FDP allemand me semble beaucoup plus (économiquement) libéral que démocrate.

ds Réagir à ce commentaire
Marie
3 juillet 2009
15:01
Guy Verhofstadt, le libéral qui gêne Barroso

Bonjour,

Et merci pour votre message. Pour le moment, il est assez difficile de voir quels partis sont les plus proches du MODEM au sein de l’ALDE sur d’autres thèmes que l’élection de Barroso : en effet, les discussions en groupe tournent essentiellement autour de ce sujet. Concernant l’opposition à Barroso, tout d’abord il ne s’agit pas, même chez les MODEM, d’une opposition ferme : ils ont clairement affiché leur opposition à un vote en juillet, mais ne se sont pas prononcés sur un vote en octobre. Les débats ont révélé de nombreuses divisions entre les délégations de l’ALDE, mais également en leur sein, donc c’est un peu difficile d’être clair. Mon impression générale cependant, c’était que la majorité des Allemands et des Italiens de l’ALDE étaient pour un report, alors que les Britanniques souhaitaient un vote rapide. Néanmoins, aucun membre ne voulait donner un blanc-seing à Barroso. C’est pourquoi le groupe a adopté à l’unanimité la proposion de Verhofstadt.

ds Ajouter un commentaire
Elections européennes 2009
Alors que certains tentaient d’entretenir le doute, le Parlement européen a reconduit le conservateur Jose Manuel Barroso à la tête de la Commission, (...)

Auteurs

Marie RAMOT

Diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg section Etudes européennes, Marie est allée s’expatrier à Bruxelles en 2005 pour se rapprocher des institutions européennes. Elle y a effectué un stage auprès de Marie-Line Reynaud, eurodéputée (...)

Sur internet

Le site de l'ALDE
Derniers commentaires

devouvre le website certainement avantageux. Moi pense lequel ego revenir lorsque l’envis afin de decouvrir article. casino avec bonus

Merilyn sur AVORTEMENT : une revendication (...) | 18 mai 2012, 13:49 (14)

jouer casino gratuit trouve votre site sincerement interessant. Moi-même pense qui je reintegrer lorsque plus de temps afin de consulter dire.

Melissa sur Stratégie UE 2020 : chronique d’une (...) | 15 mai 2012, 17:53 (3)

jouer au casino gratuitement machine a sous Moi-même trouve votre website tres captivant. Moi espere nous-même reexaminer plus de temps afin de decouvrir nouveaux (...)

Debra sur 8 banques recalées aux « stress tests (...) | 15 mai 2012, 17:35 (1)

Salutation, Merci d’avoir partagé cet article avec nous. A bientôt.

fabienne sur Pouvoir d’achat : que peut-on réellement | 10 mai 2012, 13:55 (7)

Salut, merci pour ces informations très interessent. C’est avec grand plaisir que je suiverai vos futurs publications. Bonne continuation. parier sur le foot en ligne (...)

matthieu sur Crise alimentaire mondiale, émeutes (...) | 9 mai 2012, 18:25 (6)

Ils nous tweetent
Facebook

L’affaire de corruption au Parlement européen, mettant en cause 3 eurodéputés sur les 60 approchés par le Sunday Times vous semble

Les blogs des sections locales et thématiques du groupe Euros du village
Le « Sonderfall » hongrois face à l'Europe
Par Zoltan BECSI
17 mai 2012
L'heure de l'apaisement pour l'hyper président
Par Gauthier Corbat
15 mai 2012
Hollande : l'enjeu de la croissance. Vraiment ?
Par Søren Henrichsen
14 mai 2012
Apprivoiser l'hydre de Bruxelles
Par Candice Léchot , (...)
11 mai 2012
La France, une nouvelle Grèce ?
Par Nataliya BORYS
8 mai 2012

Le Groupe des Belles Feuilles (GBF), rassemblement de jeunes professionnels intéressés par les questions européennes, lance « Vigie 2012 », une initiative innovante pour scruter la place de l’Europe dans la campagne présidentielle.

Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

Vigie 2012 : le fact-checking européen de la présidentielle

Politique
Economie
Société & Médias
Développement durable
Affaires intérieures
Affaires extérieures
Bruxelles & Euro-bulle
France
UE 27
L’autre Europe
Monde
© Groupe Euros du Village 2010 | Mentions légales | Site réalisé avec SPIP | Réalisation technique et design : Media Animation & Euros du Village France