Pourquoi vous présenter aux élections européennes ?
Isabelle Durant : le niveau européen est un espace très utile et intéressant à investir. J’ai derrière moi quinze années d’expérience à différents niveaux dans la politique belge. Je veux aujourd’ hui mettre mon expérience, ma notoriété au service d’un projet européen qui, même à Bruxelles, est souvent absent ou méconnu.
Je veux apporter mon expérience au Parlement européen car c’est là que se décident des choses structurantes qu’il faut rendre intelligibles pour les citoyens belges : la poste, la gare, les OGM sont des choses extrêmement concrètes dont les enjeux sont décidés au niveau européen
Revenons sur l’opposition du nucléaire de la part des Verts. N’est-ce pas une position à contre-courant, quand la question de la sécurité énergétique inquiète de plus en plus de citoyens ?
ID : Oui, c’est une position à contre-courant, car le nucléaire est un lobby extrêmement puissant. En Belgique, le lobby nucléaire est représenté par Electrabel-GDF, qui veut construire des centrales partout dans le monde. Récemment, une loi décevante sur la sécurité du nucléaire a été votée en Belgique... la Belgique reste néanmoins moins nucléariste que la France mais le lobby nucléaire reste extrêmement puissant. Avec les Verts européens, nous disons que ce n’est pas la solution. Au contraire, il faut aller, d’une part, vers plus de sobriété énergétique et, d’autre part, vers la production massive d’énergies alternatives et renouvelables. A ce titre, le paquet Energie-climat qui vient d’être voté au niveau européen ne va pas assez loin : lors de la prochaine conférence de Copenhague, nous aurons sans doute à réviser nos engagements, et donc à en faire plus en matière de baisses des émissions.
Une fois élus au Parlement européen, les Verts envisagent-ils de conclure une alliance politique avec d’ autres groupes ?
ID : Il faut savoir que le Parlement européen ne fonctionne pas comme un Parlement national. Il n’est pas dans une logique de majorité, avec un gouvernement. Donc, les alliances dépendent des dossiers. Un des grands atouts du groupe Vert au parlement européen, c’est sa cohérence. Il peut donc passer des alliances sur certains sujets avec d’autres groupes, comme les libéraux ou les chrétiens démocrates avec qui nous nous retrouvons parfois mieux qu’avec certains sociaux-démocrates du groupe socialiste. S’il est vrai que la coloration générale actuelle (et probablement aussi la prochaine) du Parlement sera à droite, on peut s’attendre à des rapports de force inattendus sur un ensemble de sujets.
Appuyez-vous une reconduction de J.M. Barroso à la présidence de la Commission européenne ?
ID : Non ! Je m’oppose à Barroso, pas en tant que personne, mais parce qu’il incarne le notaire européen des grands rapports de force, des grands États. Dès qu’il y a un grand lobby, Barroso s’incline.
Nous avons une Commission dirigée par quelqu’un qui n’a pas de souffle, de vision pour l’Europe. Par défaut et parce qu’il représente celui qui ne gêne pas, il risque de se retrouver à la tête de la Commission pour un second mandat... et tout ça au service des grands pays, qui l’appuient, même quand ils sont dirigés par des progressistes, comme l’Espagne.
Les Verts européens ont adopté un manifeste commun : le Green New Deal. En revanche, ils ne présentent pas de candidat à la présidence de la Commission pour porter ce programme. N’est-ce pas une contradiction ?
ID : Oui, on pourrait avoir un candidat. On voit très bien qui. Pourquoi pas ? Quand on est candidat, après tout, on est candidat à tout. Si le Traité de Lisbonne était déjà en vigueur, on aurait un vote du Parlement sur un candidat. Au lieu de ça, les candidatures se discuteront dans des cercles peu transparents.
Ecolo présente sur ces listes plusieurs candidats communautaires non belges. Pourquoi ce choix ?
ID : C’est vrai. Nous avons deux candidats non belges : une française et un jeune polonais. Je tiens beaucoup à ces candidatures : ces candidats sont de grande qualité et très impliqués. En fait, j’en voulais encore plus, mais en Belgique, les listes pour les européennes sont régionalisées. La liste pour le collège francophone n’a que 14 places et il n’est pas facile de choisir parmi de nombreux candidats de qualité. J’ajoute qu’Ecolo a été fier de présenter Monica Frassoni sur ses listes européennes en 1999, qui a été élue député européenne (aujourd’hui co-présidente du groupe Vert au Parlement européen).
Sur quels dossiers comptez-vous vous engager au Parlement européen ?
ID : Je suis ouverte : ça se négociera au sein du groupe Vert. Mais plusieurs dossiers m’intéressent, comme les transports.
Je veux m’investir dans des commissions qui ont de l’influence, c’est-à-dire celles qui travaillent en codécision, pour avoir le plus de poids possible. Outre la commission Transport et Tourisme, la commission des libertés est très importante.
Prévoyez-vous des actions transfrontalières communes avec les Verts du Nord - Pas de Calais ?
ID : Mais il y a déjà beaucoup d’actions communes ! On travaille beaucoup ensemble sur le transfrontalier. Une action est prévue avec Hélène Flautre, avec qui je m’entends très bien, sur l’Escaut. De plus, il y a des collaborations continues entre les régionales d’Ecolo et les Verts dans le Nord, dans le Tournaisis : ça se vit très bien chez les militants. C’est très simple de travailler ensemble, notamment car nous partageons la même langue. Cette collaboration est très importante pour résoudre des problèmes locaux.
Source logo : Blog d’Isabelle Durant


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