1. Pierre ROCA : Monsieur Queyranne bonjour. Vous participerez le 21 juin prochain à la deuxième édition des Etats généraux de l’Europe, le thème sera cette année la citoyenneté européenne.On reproche souvent à l’UE et à ses institutions d’être éloignées des citoyens, que ce soit du point de vue géographique ou de leurs préoccupations. En tant qu’élu local, en quoi consistent vos échanges avec l’échelon européen ? Comment se traduisent concrètement les projets européens pour votre collectivité ?
L’Europe souffre d’un déficit de communication : elle est souvent perçue comme lointaine et technocratique. Il est vrai que son fonctionnement est atypique et peut nous dérouter nous Français, trop habitués à la culture jacobine de notre Etat.
Mais depuis bientôt soixante ans, la construction européenne a permis l’installation d’une paix durable sur notre continent et a contribué à forger un socle de société commun aux différents Etats membres, fondé sur un développement économique et social équilibré.
Les Régions souhaitent prendre toute leur place dans le processus d’intégration européenne. Elles ont su tisser entre elles des liens concrets fondés sur des échanges économiques, universitaires, scientifiques et culturels. Nous sommes au cœur des grands défis auxquels la société européenne est confrontée : la mondialisation des échanges, les bouleversements climatiques, démographiques et énergétiques, la montée des inégalités. Nos politiques en matière de soutien à l’économie de la connaissance ou de développement durable s’intègrent naturellement dans les objectifs de la Stratégie de Lisbonne et de Göteborg. Les Régions sont donc des acteurs pleins et entiers de la construction européenne.
Jean-Jack Queyranne
Jean-Jack Queyranne est un homme politique français, membre du Parti socialiste. Il est actuellement Président de la région Rhône-Alpes (depuis 2004) et député de la 7ème circonscription du Rhône. Il a précédemment occupé les fonctions de secrétaire d’Etat à l’outre-mer (1997-2000) puis de ministre des relations avec le Parlement (2000-2002). Au sein du PS, il a notamment été secrétaire national à la culture (1983-1987 puis 1988-1990) et porte-parole du PS (1985-1993).
En ce qui concerne la Région Rhône-Alpes, j’illustrerai mon propos en insistant sur la vitalité des différentes coopérations que nous entretenons au niveau européen. Je citerai l’entente des Quatre Moteurs pour l’Europe qui réunit à nos côtés la Catalogne, le Bade-Wurtemberg et la Lombardie et qui est source d’échanges d’expériences économiques et scientifiques mais aussi de liens tissés entre les étudiants ou les syndicats de nos Régions.Plus récemment, la Région Rhône-Alpes s’est engagée avec Provence- Alpes- Côte d’Azur, le Piémont, la Ligurie et le Val d’Aoste dans la création d’une Eurorégion Alpes Méditerranée. Elle regroupe 17 millions d’habitants et vise, à travers une approche transfrontalière, à développer l’intégration de nos politiques territoriales dans des domaines clés pour nos régions comme la prévention des risques naturels, la construction des grandes infrastructures de transport (le Lyon-Turin) ou la promotion des énergies renouvelables. Nous avons choisi un cadre de concertation et d’action à une échelle européenne.
Pour faciliter notre collaboration, nous avons installé les représentations de nos Régions dans un siège commun à Bruxelles. Rhône-Alpes a de plus choisi de renforcer sa délégation à Bruxelles afin de veiller à ce que les intérêts de Rhône-Alpes soient mieux défendus en amont de la décision communautaire et que les conséquences de celle-ci soit mieux appréhendées par les différents acteurs régionaux.
2. Pierre ROCA : Les citoyens européens l’ignorent souvent mais les collectivités territoriales (notamment les régions) bénéficient largement de « l’argent de l’Europe », dans le cadre de la politique européenne de cohésion. En tant qu’élu local, comment essayez vous de « parler d’Europe » ?
Effectivement, pour Rhône-Alpes la nouvelle programmation des fonds européens 2007- 2013 représente un apport financier considérable de plus de 800 millions d’euros.
C’est une contribution importante qui viendra abonder des projets essentiels au développement économique, social et durable de notre territoire. Il est indispensable de le faire connaître à nos concitoyens. Pour cela, nous avons mis en place avec l’Etat un plan de communication spécifique. Cependant, la Région Rhône-Alpes a décidé d’aller plus loin en menant une campagne particulière pour les fonds dont nous avons obtenu la gestion déléguée. Nous souhaitons que les opérateurs comme les citoyens soient conscients de l’apport financier européen dans les projets qui concernent leur territoire. Notre objectif est de faire connaître, notamment à travers les fonds européens, ce que l’Europe représente de concret pour chacun d’entre nous.
3. Pierre ROCA : Comprendre que l’on est citoyen, que l’on influence la vie collective est beaucoup plus facile à l’échelle d’un village, d’une ville, d’un département ou même d’une région. Sans cet ancrage fort dans une collectivité à taille humaine, il y a peu de chance pour que la citoyenneté européenne soit bien comprise. Si l’ancrage des citoyens à l’Europe ne peut pas aller sans un ancrage fort dans la vie locale, quelles actions locales pourraient donner du sens à la citoyenneté européenne ?
Je pense qu’il est important de cibler la communication sur les jeunes afin de développer chez eux, le plus tôt, la sensibilisation à l’Europe et à ses apports bénéfiques.
Les programmes d’échanges universitaires européens que nous soutenons permettent aux jeunes de prendre conscience de leur citoyenneté européenne à travers le partage de valeurs. La Région Rhône-Alpes mène une politique ambitieuse en matière d’attribution de bourses. 11 000 jeunes ont pu suivre une partie de leur cursus à l’étranger grâce à la bourse Rhône-Alpes « Explora Sup ».
Nous sensibilisons la jeunesse également par l’organisation d’un concours du jeune européen. Des classes de lycéens et d’apprentis préparent un projet en lien avec l’actualité européenne et le meilleur est récompensé par le prix du jeune européen. Ce concours a beaucoup de succès depuis sa mise en place il y a deux ans.
La citoyenneté européenne se vit également dans les nombreux échanges d’expériences et dans les projets montés en commun avec nos partenaires européens. Nos équipes ont pris l’habitude de travailler ensemble. Par conséquent, alors que les collectivités territoriales ne sont guère associées au niveau gouvernemental aux enjeux européens, je suis persuadé qu’elles contribuent fortement à leur niveau à la diffusion de l’idéal européen. Notre participation active aux Etats Généraux de l’Europe en est un signe fort. Nous avons mobilisé nos services, nos réseaux, nos élus afin que cette manifestation permette au plus grand nombre d’appréhender les enjeux de l’Europe d’aujourd’hui. Son succès devrait être un vecteur de diffusion de la citoyenneté européenne.
4. Pierre ROCA : Enfin, Monsieur Queyranne, je vous propose d’imaginer l’Europe de demain : selon vous à quoi ressemblera la citoyenneté européenne de demain ? Quel chemin nous reste-t-il à parcourir, à nous citoyens, pour que la citoyenneté européenne soit pleinement vécue ?
Une partie de la citoyenneté est liée à la représentation des citoyens auprès de l’Union Européenne. Le Parlement européen a vu son influence grandir depuis une dizaine d’années et les dispositions du Traité de Lisbonne viennent également le renforcer. Or nos concitoyens connaissent peu le travail de leurs euro députés. Il est donc important que les élections européennes de 2009 portent sur les grands enjeux afin que nos concitoyens participent pleinement à ce scrutin.
Le sentiment d’appartenance à l’Europe doit aussi être renforcé. Cela passe notamment par l’information de tous sur les politiques de l’Union. J’ai montré plus haut que les Régions et les collectivités territoriales étaient des relais actifs des politiques européennes comme de l’idéal européen. La présidence française du Conseil de l’Union Européenne au second semestre 2008 mettra un coup de projecteur sur l’Europe mais elle ne doit pas se limiter à une opération de communication au service de notre Président. J’espère que la manifestation des Etats généraux de l’Europe contribuera à ce que la citoyenneté européenne ait un sens pour un plus grand nombre d’entre nous.
Merci Monsieur Queyranne. A bientôt, aux Etats généraux de l’Europe !


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