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Jean-Pierre Jouyet : « l’Union européenne est à la croisée des chemins »

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En partenariat avec Libération, en amont du débat du 19 juin « La fin de l’UE est-elle possible ? », dans le cadre des états généraux du renouveau qui auront lieu à Grenoble, le Président de l’AMF nous livre son point de vue.


La fin de l’UE est-elle possible ?

Non, sans aucun doute. Si ma réponse est attendue, la question est en soi un fait politique. Elle eut été impensable il y a un an lors de la ratification du traité de Lisbonne. Mais de privée et américaine, la crise est devenue publique et européenne. La solidarité intra-européenne a été sérieusement mise à l’épreuve. Retards et maladresses sont devenus des fautes lourdes, sanctionnées immédiatement par les marchés. Il n’en a pas fallu plus pour que certains parient sur l’éclatement de la zone euro, préalable à la dissolution d’un ensemble européen gangrené par son incapacité à arbitrer entre modèles fédéral et intragouvernemental.

Les Euros aux états généraux du renouveau

Dans le cadre des états généraux du renouveau , qui auront lieu à Grenoble du 18 au 20 juin, Euros du Village France organise un débat exceptionnel.

LA FIN DE L’UE EST-ELLE POSSIBLE ?
Centre de Congrès Alpexpo, samedi 19 juin à 11h30

INTERVENANTS :
-Jean-Pierre Jouyet, président de l’AMF, ancien secrétaire d’Etat aux affaires euroépennes,
-Bernard Guetta, journaliste français, spécialiste de géopolitique internationale et prix Albert Londres.

Le débat sera animé par Mathieu Collet, président du groupe Euros du Village

L’Europe demeure bien vivante. Il suffit de voir les réactions asiatiques ou américaines au traitement des dettes souveraines européennes pour se rassurer : le monde a besoin de l’Europe et de l’euro. Cet appétit d’Europe est un signe du succès irréversible de cette singulière construction.

L’Europe cinquantenaire est moins encline au démon de midi, qu’aux démons populistes ou nationalistes. Face à la maladie chronique des déséquilibres trop grands entre économies des pays membres de la zone euro, des écarts de compétitivité et des poussées récurrentes de fièvre dépensière publique, certains Diafoirus préconisent le repli national, ressassant sous le manteau « la terre, elle ne ment pas » pour condamner l’Europe en soi.

Pourtant, une première réponse efficace et rapide a été apportée en décrétant l’état d’urgence, comme l’Europe a su le faire lorsqu’elle a adopté en un week- end un paquet de 750 milliards d’euros pour gérer les déséquilibres, ou lorsque la Banque centrale européenne (BCE) a révisé drastiquement ses conditions d’intervention. Je mets au défi d’autres ensembles régionaux composés d’Etats souverains de parvenir à un tel résultat en si peu de temps. Pour autant, cela suffira-t-il ? Non et il nous faut aller plus loin si nous voulons regagner la confiance en l’euro des investisseurs, notamment extra-européens, et ceci dans cinq directions : dégager des règles de maîtrise et de discipline financière et monétaire strictes et claires ; donner des perspectives précises, pays par pays, des montants et surtout des volumes d’émission annuelle de dette ; assortir ces mesures de réformes structurelles destinées à renforcer activité et compétitivité et ainsi mettre fin au faux débat entre ce qui doit être de l’ajustement et ce qui doit être du soutien à l’activité ; accroître la transparence et modifier en profondeur les règles de fonctionnement des marchés, en bridant au besoin les ventes à découvert ou l’utilisation des Credit Default Swap (CDS) ou « couvertures de défaillance » à des fins purement spéculatives ; créer, enfin, dans les plus brefs délais, une agence européenne de régulation des marchés dotée de pouvoirs de décision et d’arbitrage, en liaison avec la Commission.

Si nous ne remplissons pas très vite cette feuille de route, alors il ne faudra pas s’étonner que les marchés soient inquiets face à la diversité des réactions nationales.

L’Europe est bien à la croisée des chemins : ou bien elle choisit plus de gouvernance politique intégrée pour gérer sa monnaie unique et peser sur la scène internationale ; ou bien la division l’emporte et, dans le nouvel ordre mondial, les Vingt-Sept paient le prix de leur illusoire liberté retrouvée. Plus que jamais, l’équilibre européen, le dépassement des intérêts nationaux au profit de l’intérêt général européen passe par une solidarité franco-allemande sans faille et sans arrière-pensée. La volonté de coopération est là. Reste entre les deux pays à instaurer les nouveaux instruments de concertation entre politiques et administrations.

A la réflexion, la réponse négative à la question posée devient une certitude. C’est la question qui paraît déjà périmée car l’émergence d’un Fonds monétaire européen montre que l’Europe, une fois de plus, saura rebondir.


Cet article est également paru dans Libération, édition du 16 juin 2010


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Auteurs

Jean-Pierre Jouyet

Président de l’Autorité des marchés financiers, ancien secrétaire d’État chargé des Affaires européennes.
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