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L’EPSO, incompétent en matière de recrutement ?

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La pression monte pour l’EPSO, qui se heurte à la justice et essuie des reproches croissants concernant ses méthodes de recrutement. Alors qu’un tiers du personnel actuel de l’UE devrait partir à la retraite d’ici à 2020, son rôle est essentiel pour assurer le bon déroulement de la rotation entre les entrants et les sortants. L’EPSO y parviendra-t-il ?


Ces derniers temps, les nuages se sont faits menaçants au-dessus des bureaux de l’EPSO à Bruxelles. En effet, plusieurs décisions juridiques accusent l’Office européen de sélection du personnel -chargé de recruter les personnes qui travailleront au sein des institutions de l’Union européenne- mettent en doute ses compétences et ses méthodes de travail. Pour des dizaines de milliers de candidats en compétition qui espèrent décrocher un poste en or au sein des organes de l’UE, la réputation de l’Office souffre à cause d’erreurs et de négligence flagrantes dans l’organisation des concours publics. A tel point que, d’après une enquête récente, « un nombre significatif de candidats estiment que l’image des institutions européennes s’est détériorée depuis qu’ils ont été confrontés à la procédure de sélection ».

Alors qu’un tiers du personnel actuel de l’UE devrait partir à la retraite d’ici à 2020, l’EPSO joue un rôle essentiel pour assurer le bon déroulement de la rotation entre les entrants et les sortants. Un travail qui semble titanesque. Depuis sa création en 2003, cette institution a évalué pas moins de 116 000 candidatures (à en croire les chiffres de 2010) dans ses centres d’évaluation répartis aux quatre coins du globe. Un chiffre appelé à s’envoler, pour deux raisons : premièrement, de nouveaux modes de sélection impliquent que les concours qui se déroulent chaque année se multiplieront. Deuxièmement, dans la mesure où le chômage fait rage dans la plupart des pays membres, tous pays confondus, de plus en plus de jeunes qualifiés se tournent désormais vers les institutions européennes dans l’espoir d’obtenir un emploi plus stable. Il n’est donc pas surprenant que le premier concours général -en sept ans- pour les Administrateurs ait attiré quelques 60 000 inscriptions. Il n’en demeure pas moins que l’EPSO ne compte que 150 fonctionnaires dans ses rangs, un chiffre qui reste faible. Un des employés se plaint d’ailleurs « de la surcharge de travail, toujours plus grande ». Et d’ajouter que «  pour l’heure, les réclamations concernant la nécessité d’engager du nouveau personnel ont été rejetées au motif que l’argent manque ».

L’EPSO en difficultés (juridiques)

Le 7 février 2011, l’EPSO s’était empressé de dissiper l’hypothèse d’éventuelles répercussions fracassantes à l’issue d’un jugement de la Cour de justice de l’UE contestant la validité de la procédure de sélection Cast 27 (jargon européen oblige), procédure officielle qui date de 2007. Le Tribunal avait maintenu une plainte déposée par le gouvernement italien qui protestait contre l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) du concours publié sur Internet dans les seules langues de travail de l’Union européenne, à savoir l’anglais, le français et l’allemand. Selon le plaignant, cette « erreur administrative » ne répondait pas aux principes de non-discrimination, de proportionnalité et de multilinguisme qui s’inscrivent dans le droit européen.

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En réalité, ce litige cache peut-être une tentative désespérée de l’Italie de maintenir son influence, qui s’amenuise nettement, à Bruxelles. Quoi qu’il en soit, la Cour a soutenu l’Italie en annulant l’appel à manifestation d’intérêt. Du côté de l’accusé, cet AMI litigieux ne remet pas en cause la légalité des milliers de postes attribués, à titre temporaire, aux lauréats du concours Cast 27. Sous réserve que cette interprétation soit correcte, les candidats qui n’ont pas été retenus auraient le droit de manifester leur désaccord une fois le verdict prononcé et il est fort probable qu’ils le fassent. Selon les dires d’un représentant du Comité du Personnel de la Commission européenne, « le système en vigueur à EPSO a tenté d’éliminer les inégalités antérieures, mais il a été mis sur pied trop hâtivement sans que l’on ait pensé aux éventuelles retombées ».

En fait, d’autres polémiques récentes pourraient bientôt refaire surface. Le 21 février, un article [1] du Financial Times mentionnait que la Commission envisageait de lancer des concours ad hoc pour les Britanniques, les autorisant ainsi à répondre aux tests en anglais seulement (alors que la connaissance d’une seconde langue est censée être obligatoire). Si cela s’avère être le cas, la France réagira sans doute, en utilisant toutes les armes juridiques à sa disposition afin de bénéficier du même traitement. Il va sans dire que n’importe quelle administration publique s’attend à recevoir des critiques dès lors qu’elle ouvre ses portes pour un nouveau recrutement. Citons le Tribunal de la fonction publique de l’Union européenne qui a vu le jour sous le Traité de Nice pour jouer le rôle d’arbitre en cas de plaintes entre membres du personnel de l’UE. Ce Tribunal a pu contrecarrer les décisions de l’EPSO à plusieurs reprises à l’égard de cas isolés. Quant au Médiateur européen, il a encore du travail devant lui pendant plusieurs années en raison des doutes qui planent sur un manque de transparence lors des sélections. En juin 2010, le Tribunal de la fonction publique de l’UE est même allé jusqu’à condamner lui-même les critères d’évaluation de l’EPSO, véritable pilier du travail de l’Office. Dans l’affaire Pachtitis, le Tribunal a jugé l’EPSO « incompétent en terme juridique » pour déterminer des questions qui doivent figurer dans l’horrible test de présélection. Ce dernier consiste en une épreuve sur ordinateur pour évaluer les compétences de base, ainsi que des tests de raisonnement verbal, de raisonnement numérique, de raisonnement abstrait et pour terminer, un test de jugement situationnel. Ces évaluations sont si redoutées et méprisées que les candidats aux postes de fonctionnaires n’ont pas hésité à comparer l’EPSO à Hitler dans un clip viral sur la toile. « Ces tests ne tiennent pas compte de l’expérience ou de certaines compétences. Ce n’est pas parce qu’un candidat obtiendra le meilleur résultat qu’il sera nécessairement la bonne personne pour devenir directeur, par exemple », affirme un syndicaliste européen.

En outre, les juges de l’Union européenne ont statué que l’Office de sélection n’était pas en droit de refuser à un candidat l’accès à la deuxième étape du concours sur la base de ses résultats à la présélection. Ceci étant, les jugements n’ont pas entraîné de réformes majeures. M. David Bearfield, directeur de l’EPSO, a réagi en affirmant qu’aucune révision du système n’était à l’ordre du jour. « Comme vous pouvez le constater, ils n’ont que faire des jugements rendus », déclare un autre employé d’EPSO. Et d’ajouter : « Ce ne sont pas les avocats qui manquent sur ces affaires ». En clair, la situation est toujours la même.

Questions pour un champion

Les activités de l’EPSO ont débuté en janvier 2003. Toutefois, les ambitions de mettre en place un « service de recrutement interinstitutionnel » avaient été décrites bien avant dans le Livre blanc sur la « Réforme de la Commission » : un document destiné à remanier l’organe exécutif de Bruxelles à la suite des soupçons de mauvaise gestion et de fraude qui ont conduit à l’effondrement de la Commission Santer en 1999. Parmi le lot de critiques qui contraignit pour la toute première fois une Commission à démissionner, on citera le népotisme, incarné par la Commissaire Edith Cresson notamment, qui engagea son dentiste comme haut fonctionnaire. Cet événement précipita la création d’un nouveau mécanisme centralisé afin d’embaucher du personnel trié sur le volet, tâche dévolue à un organisme dédié.

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EPSO Director, David Bearfield

En d’autres termes, l’EPSO était destiné à promouvoir la transparence. Qu’en est-il ? Cette mission n’est pas tout à fait accomplie à voir le nombre d’enquêtes ouvertes par le Médiateur européen sur les modes de recrutement douteux : plus de dix entre 2005 et 2009. Lors de sa première investigation contre l’EPSO, « le Médiateur a estimé que ces pratiques floues allaient à l’encontre de l’engagement de l’Union européenne envers une administration publique fondée sur les principes de transparence, de responsabilité et de bonne administration ». Les raisons sont légion pour expliquer cette succession de plaintes juridiques. Prenons l’exemple des examens préliminaires. Avant d’être mis au rebut en vertu des nouvelles procédures de recrutement, le questionnaire concernant les connaissances à propos de l’UE était un énorme casse-tête pour la grande majorité des candidats. Le fait d’évaluer ces derniers sur leurs connaissances en matière d’histoire et de politiques de l’Union européenne est indubitablement très important. En revanche, les torturer à coup des questions complexes sur des points mineurs au sujet des différents traités est bien plus contestable. Un participant postulant pour un poste de financier adjoint doit-il vraiment savoir quel est l’Etat membre dont les ports ne sont pas soumis aux critères Schengen ? Quant aux questions concernant le raisonnement verbal et le raisonnement numérique semblent, à première vue, être plus conventionnelles. Néanmoins, l’EPSO est contraint par les Etats membres de veiller à ce que ces tests soient présentés dans chacune des 23 langues officielles, rendant ainsi les choses plus compliquées. Leonidas, un consultant Grec en informatique, a participé à un récent concours et souligne : «  le test verbal en grec c’était du latin pour moi. […] Ce test avait des allures de traduction de l’anglais vers le grec, version Google Traduction ». Plusieurs candidats provenant de pays de l’Est ont eu des réactions similaires de frustration. Mais ce n’est pas tout. L’EPSO a introduit deux nouveaux tests, à l’occasion du concours général 2010 pour Assistants, censés évaluer les candidats sur leurs « aptitudes professionnelles », comme indiqué dans l’annonce du concours. D’une façon générale, on pourrait s’attendre à des questions portant sur les domaines spécifiques pour lesquels les candidats se sont présentés. Il n’en est rien puisque les participants sont interrogés sur leur « exactitude et précision » au travail et sur la façon dont ils « hiérarchisent les priorités et organisent » leurs tâches. Il n’existe pas de livres pour s’exercer à ce genre de tests, ni d’exemples de questions sur le site Internet de l’EPSO à la disposition des candidats. « Le moins que je puisse dire, c’est que les tests ne permettent pas de mettre en évidence certaines compétences ou expériences », conclut notre source du Comité du Personnel.


[1] article accessible aux abonnés à l’adresse suivante http://www.ft.com/intl/cms/s/0/80e9...


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