Chronologie
1993 : Séparation de la Slovaquie et de la République Tchèque.
16 mai 2003 : 92% des Slovaques disent « oui » à l’adhésion dans l’Union Européenne.
Juillet : Stratégie d’adoption de la nouvelle monnaie développée par le Premier ministre Mikuláš Dzurinda.
1er mai 2004 : Entrée dans l’Union Européenne. Septembre : La date du 1er janvier 2009 est adoptée pour l’entrée du pays dans la zone Euro.
17 juin 2006 : Elections législatives, Robert Fico devient le Premier Ministre et poursuit la politique européenne de son prédécesseur.
21 décembre 2007 : Entrée de la Slovaquie dans l’espace Schengen.
Avril 2008 : Le Parlement européen émet des réserves par rapport au niveau réel de l’inflation en Slovaquie.
7 mai : La Commission européenne et la BCE donnent le feu vert à la Slovaquie pour son entrée dans la zone Euro.
19-20 juin : Lors du Conseil européen, le Parlement donne son accord à la Slovaquie.
8 juillet : Les ministres européens de finances adoptent le taux de change euro/couronne slovaque : 1€ = 30,126 SKK.
1er janvier 2009 : La Slovaquie devient le 16e pays à adopter l’Euro, après la Slovénie en 2008.
L’ascension économique du pays
La Slovaquie est réputée pour être un fervent supporteur de l’Union européenne. Près de cinq ans après son adhésion, elle est devenue le premier pays de l’ex-bloc communiste, mise à part la Slovénie, à intégrer la zone euro.
Au 1er janvier 1999, 11 Etats membres avaient adopté la monnaie unique. 10 ans plus tard, ce sont 16 pays qui ont rejoint la zone euro.
La tâche la plus importante pour le ministre slovaque des finances, M. Jan Počiatek, a porté sur les négociations de taux de conversion. Ce dernier a semblé satisfait du résultat le 8 juillet dernier, lors de la réunion entre les ministres de finances européens, avec un taux de conversion définitif d’ 1 € pour 30,126 couronnes slovaques (SKK).
L’adhésion à l’euro est dans la continuité de la politique suivie par le pays depuis son adhésion à l’UE. Sous le gouvernement dirigé par Mikuláš Dzurinda entre 1998 et 2006 comme sous le mandat de l’actuel Premier Ministre, Robert Fico, le pays a fait l’objet de grandes réformes économiques et sociales : impôt unique, réformes du système de retraite et de santé, réduction des dépenses publiques. L’impôt unique est comme l’une des réformes les plus importantes à l’origine de l’ascension économique du pays. Instituée en 2003, cette « flat tax » a permis au pays de développer l’emploi, d’augmenter les recettes fiscales et d’attirer en masse les investisseurs étrangers. Un « boom économique » qui aura profité au pays, non sans être toutefois pointé du doigt comme « dumping fiscal » par les grands pays de l’UE, en particulier l’Allemagne.
Toujours est-il que la Slovaquie répond très favorablement aux quatre critères d’adhésion à la zone euro définis par le Traité de Maastricht : avec 2% d’inflation, la stabilité des prix est garantie (pour entrer dans la zone euro, le taux d’inflation ne doit pas être plus de 1,5% supérieur à la moyenne des trois pays ayant l’inflation la plus faible) ; les finances publiques sont saines, avec un déficit public inférieur à la limite requise de 3% et une dette publique d’environ 30% du PIB, soit moitié moins que le seuil exigé de 60% ; la stabilité du taux de change entre la couronne slovaque et l’euro était garantie par la participation de la Slovaquie au « mécanisme européen de taux de change » (par lequel elle est liée à l’euro) depuis plus de deux ans ; enfin, les taux d’intérêt à long terme se trouvent eux aussi dans les limites préconisées. Grâce au respect de ces critères, la Slovaquie répond aux conditions définies pour pouvoir adhérer à la zone euro, et pour pouvoir y rester sans s’exposer à des sanctions, comme le définit le Pacte de Stabilité adopté lors du Conseil européen d’Amsterdam du 16 juin 1997.
Après avoir fixé un taux de conversion fixe, la dernière étape a été la production de la nouvelle monnaie qui a commencé fin août à l’Hôtel de la Monnaie de Kremnica. Depuis le 15 décembre, les slovaques pouvaient déjà se procurer des sachets de mise en route d’une valeur de 500SKK, soit environ 16€, dans les établissements bancaires. Au total, 1 million de sachets ont été produits pour familiariser la population à sa nouvelle monnaie.

- Château de Bratislava
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Le Château de Bratislava est représenté sur les pièces slovaques de 10, 20 et 50 centimes.
Comme chaque pays de la zone euro, les pièces auront une effigie représentant la Slovaquie. Trois symboles du pays se trouvent mis en avant : le Pic de Krivàň, sommet culminant à 2494m dans le massif des Carpates, symbole et fierté nationale (pièces de 1, 2 et 5 centimes), le Château de Bratislava (pièces de 10, 20 et 50 centimes) et la double croix, symbole du pays aussi représenté sur le drapeau (pièces de 1 et 2 euros).
Les débats
La question qui revient le plus souvent dans le débat public slovaque porte sur l’inflation que risque d’amener la nouvelle monnaie. A l’heure actuelle, 56% des slovaques pensent que l’introduction de la nouvelle monnaie représentera un désavantage pour eux.
En effet, la population redoute le phénomène de hausse des prix qu’ont connu les pays déjà entrés dans la zone euro, comme par exemple la Slovénie, dont le taux d’inflation est passé de 3% en 2006 à 5,7% en 2007, après l’introduction de la monnaie unique. Ce phénomène n’avait en revanche pas touché Chypre et Malte, qui ont eux intégré la zone euro en 2008.
L’actuel ministre des finances slovaque essaye donc de rassurer la population en expliquant que si inflation il y a, celle-ci ne sera pas due au passage à l’euro mais à la conjoncture actuelle. Pour éviter une inflation croissante, le Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Joaquim Almunia, a de son côté dicté la voie à suivre : « La Slovaquie devra maintenir la discipline des salaires, fixer des objectifs d’assainissement budgétaire plus ambitieux et poursuivre ses réformes structurelles ».
La Slovaquie, un exemple pour la République tchèque ?
L’économie est un sujet de contentieux fréquent entre la Slovaquie et la République tchèque. Lors de la séparation d’avec son voisin slovaque en 1993, le pays était en effet en meilleure santé économique. L’économie fut même un des objets centraux de la discorde entre les deux territoires, les Tchèques affirmant être ralentis dans leur processus d’intégration européenne par une région slovaque très agricole et peu développée. Quinze ans plus tard, ce sont pourtant les Tchèques qui accusent un retard dans le processus d’intégration, alors même que les deux pays ont intégré l’Union en même temps, le 1er mai 2004. De ce fait, le passage à l’euro de ses voisins apparaît pour la République tchèque comme une menace de voir son influence en Europe centrale diminuer à moyen et long terme. La Pologne a en effet annoncé récemment, par la voix de son Premier ministre Donald Tusk, sa volonté d’adhérer dès 2011 à la zone euro.
Le Premier ministre tchèque vient certes de réaffirmer, à l’occasion du lancement de la Présidence tchèque du Conseil de l’UE, sa volonté de voir son pays adopter l’euro d’ici 2010, mais plusieurs signes n’incitent pas à l’optimisme. En effet, le ministre tchèque des finances lui-même, M. Miroslav Kalousek, soutient que l’adhésion à l’euro n’est pas envisageable à court terme car d’importantes réformes - dont celles des systèmes de retraite et de santé - doivent auparavant être réalisées afin d’assurer la stabilité économique du pays. C’est pourquoi certains économistes tchèques ne voient pas le pays entrer dans la zone euro avant 2016. Mais au-delà des critères économiques, la volonté politique sera également déterminante pour que Prague adopte à son tour la monnaie unique. Ainsi, malgré son rôle limité face à un Premier Ministre plus europhile, l’euroscepticisme voire l’europhobie vicérale du Président Vaclav Klaus, réélu le 15 février 2008 pour une durée de 5 ans, représente bien les tendances d’une population peu convaincue de vertus de l’intégration européenne. De son côté, Zdenek Tuma, gouverneur de la Banque Centrale tchèque, affirme par ailleurs ne pas être contre l’idée de célébrer les 100 ans de la couronne tchèque en… 2019. Bien malin est donc celui qui prédira quand la République tchèque fera à son tour son entrée dans le club de la monnaie unique. Cependant, il faut rappeler qu’au contraire du Royaume-Uni et du Danemark, qui bénéficient d’exemptions pour une durée indéfinie, tous les nouveaux Etats membres ont l’obligation fixée dans le traité d’adhérer un jour à la zone euro.
Quelles que soient les positions tchèques, tous attendent avec impatience l’entrée du voisin slovaque dans la zone euro, car celle-ci joue d’une certaine manière le rôle de « laboratoire ». Si la Slovaquie relève le défi, la République Tchèque pourrait s’en retrouver plus motivée, notamment car elle pourrait se considérer comme un peu plus affaiblie par la réussite de son voisin. A l’inverse, il y a fort à parier que si le passage à l’euro s’avère être un échec pour la Slovaquie, la République Tchèque comme d’autres pays de l’Est pourraient bien repousser à plus tard leur transition monétaire. C’est donc peu ou prou l’avenir de l’euro dans les pays de l’Est de l’Europe qui se joue avec l’adhésion de la Slovaquie.
Logo : Campagne d’affichage pour l’arrivée de l’Euro en Slovaquie, à Bratislava. Source : Commission européenne


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