Les aides européennes de stabilisation et de préadhésion
La perspective d’adhésion à l’UE a été sans aucun doute un moteur essentiel de réformes dans les Balkans occidentaux ces dernières années. La stratégie adoptée par l’Union a pour objectif la stabilisation, la transition rapide à une économie de marché opérationnelle ainsi que le soutien à la coopération régionale. Ainsi, la contribution de l’Union au Pacte de Stabilité de 1999 a consisté à élaborer un processus de stabilisation et d’association spécifique aux Balkans et à envisager pour la première fois la possibilité d’une adhésion complète. Au centre de ce processus se trouve la conclusion d’un accord de stabilisation et d’association dès qu’un Etat a réalisé les réformes économiques et juridiques qui s’imposent. Un rapport contractuel s’engage alors, au sein duquel les pays continuent d’avancer et bénéficient du soutien de l’UE sous forme d’ouverture de marchés et d’aides financières.
Lancé il y a six ans par l’Union en faveur des Balkans, le programme CARDS permet de financer des mesures touchant à des domaines aussi variés que la justice, la sécurité, le développement économique et social, la stabilisation de la démocratie, l’écologie ou l’administration. Depuis que le programme a été mis sur pied, ce sont quelques 5,4 milliards d’Euros qui ont été débloqués en direction des Balkans occidentaux.

- a Croatie, candidate à l’adhésion à l’Union Européenne
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A Zaghreb, le drapeau européen flotte déjà près du drapeau national.
Jusqu’à aujourd’hui, aucun accord de stabilisation et d’association n’a encore été signé avec la Serbie, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine – les négociations sont encore en cours, celles avec la Serbie ont à vrai dire été suspendues. Des négociations d’adhésion ont été entamées en octobre 2005 avec la Croatie qui, par là même, est le pays en meilleure passe d’adhérer à l’Union dont elle touche d’ores et déjà les aides classiques à l’adhésion dans le cadre des programmes Phare, ISPA et SAPARD. La Macédoine peut quant à elle également espérer une adhésion prochaine puisque, depuis décembre 2005, le pays dispose du statut de candidat à l’adhésion.
Un nouvel instrument d’aide à l’intégration a été créé cette année, l’IAP. Il s’adresse tant aux pays ayant le statut de candidats qu’à de potentiels pays adhérents, remplaçant ainsi les programmes CARDS, Phare, ISPA et SAPARD.
Un bilan mitigé dû à des problèmes internes
Malgré les efforts colossaux engagés par les Balkans et en dépit des aides européennes, le bilan actuel reste mitigé. Ces Etats restent en effet à bien des égards en net recul, comparés aux PECO (pays d’Europe centrale et orientale) par exemple. Même la Commission Européenne reconnaît que la métamorphose de ces pays représente un défi singulier dans la mesure où ceux-ci disposent de faibles appareils étatiques et que leurs sociétés sont profondément divisées. Voilà d’ailleurs deux obstacles essentiels qu’ils auront à écarter avant de pouvoir intégrer l’Union. Toutefois, il est important de souligner que le défi à relever ici n’a pas la même ampleur selon les pays.

- Campagne pour l’Union Européenne dans les rues du Kosovo
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Le statut incertain du Kosovo est l’un des plus grands défis du processus d’intégration (Source : euinkosovo.org)
La question du futur statut de la province du Kosovo demeure aujourd’hui encore un nœud gordien. Ni la Bosnie-Herzégovine ni la Serbie ni le Monténégro ne semblent être encore parvenus à leur statut définitif. Même la Macédoine, qui faisait pourtant figure d’exemple de coexistence pacifique entre des groupes ethniques anciennement ennemis, a subi en 2000-2001 une série de révoltes de la minorité albanaise. Des tensions nationalistes latentes subsistent donc dans les Balkans occidentaux.
Les Etats courent le risque de voir les extrêmes arriver au sein de leurs gouvernements respectifs, leurs institutions n’ont souvent que peu d’autorité, corruption et criminalité sont monnaie courante et les sociétés civiles restent peu formées. La situation économique n’est donc pas le seul facteur de distinction entre les Balkans et les pays candidats au dernier élargissement. En effet, ce sont des critères fondamentaux de l’Union Européenne qui sont touchés ici : la Démocratie, l’Etat de Droit, la coopération avec les tribunaux internationaux.
L’UE co-responsable des timides avancées ?
On peut cependant se poser la question d’éventuelles erreurs stratégiques commises par l’Union Européenne dans sa gestion des relations avec les Balkans occidentaux.
Il s’agit en fait de tenter de savoir si la stratégie dite classique d’adhésion peut être appliquée à cette région ou si, au contraire, cette situation spécifique requiert une nouvelle approche. On constate par exemple que le « nation building » occupe une place beaucoup trop restreinte dans les préparations à l’adhésion. En outre, certains reprochent à l’UE d’aborder les choses de manière trop technocratique et de trop se concentrer sur l’adoption par les pays des acquis communautaires, occultant d’autres avancées non moins importantes. Le défi à relever dans les Balkans ne consiste pas seulement en effet à faire passer des réformes démocratiques spécifiques, mais fondamentalement à mettre en place des Etats stables et des sociétés civiles viables.
La stratégie européenne se base sur une concurrence prétendument féconde entre les pays, qui s’avère finalement être souvent un obstacle pour la coopération régionale. Déceptions et envie sont ainsi attisées ce qui, précisément dans les Balkans, peut être contre-productif pour le développement et la stabilisation espérés.
On voit donc que, toute nécessaire qu’elle soit, la perspective d’une adhésion n’en reste pas moins une condition insuffisante pour le succès des réformes dans les Etats de l’Ouest des Balkans. L’intégration européenne peut et doit jouer ici un rôle de catalyseur, sans susciter de réactions négatives ni risquer une déstabilisation. Cet élargissement singulier auquel l’Union Européenne va devoir faire face constitue un grand défi à relever. Et si elle réussit, ce sera pour elle l’occasion de prouver la force du rêve européen.
(Illustrations : drapeau (copyright : AP) / paneau de campagne UE (copyright : euinkosovo.org)


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