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La BCE au bois dormant

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Un attentisme dangereux

Les commentateurs économiques s’accordaient jeudi 7 février au soir pour noter le changement de ton de Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne : la montée des risques de contagion de la crise financière initiée aux Etats-Unis fait naître l’espoir d’une détente prochaine des taux d’intérêt en Europe, donc d’une baisse du coût du crédit pour les entreprises et les particuliers. Mais il faudra attendre avril, peut-être mai ou juin, pour que cette baisse intervienne, alors que la BCE reconnaît elle-même que les voyants économiques européens sont en train de passer à l’orange…


Ainsi, la décision la plus visible de la BCE jeudi a surtout consisté à ne rien faire, en attendant le pire. A l’unanimité, comme à leur habitude, ses membres ont décidé de maintenir le principal taux directeur à son niveau de juin 2007, comme si rien ne s’était passé depuis, ni crise financière mondiale, ni perception plus large d’une perte de pouvoir d’achat par les citoyens européens.

Dans une étude de l’OFCE parue récemment, nous rappelons qu’en 2001, après l’éclatement de la bulle Internet, nous avions déjà assisté à un scénario similaire : les autorités américaines avaient alors pris la pleine mesure des conséquences de la crise financière sur leur économie en abaissant fortement le loyer de l’argent pour relancer la consommation des ménages et l’investissement des entreprises ; la BCE, elle, avait tardé à réagir, pour finalement suivre la banque centrale américaine, mais à reculons. Les résultats ne s’étaient pas fait attendre : moins d’un an après le début de la crise, les Etats-Unis renouaient avec une croissance forte, tandis que la zone euro s’enfonçait dans une longue période de croissance molle, insuffisante pour résorber son chômage de masse, et dont elle n’est vraiment sortie qu’en 2006.

La situation actuelle est encore plus grave compte tenu de l’évolution du pouvoir d’achat en Europe. L’insistance de Jean-Claude Trichet à influencer les négociations salariales en cours en menaçant d’une hausse punitive des taux d’intérêt si elles s’avéraient trop « généreuses » apparaît incohérente : les augmentations de salaire réclamées notamment en Allemagne et en France doivent venir compenser la stagnation passée. Et la BCE n’a pas son mot à dire dans la politique sociale des Etats, elle qui réclame sur tous les tons que l’on respecte son indépendance.

Par son attentisme dangereux et de plus en plus incompréhensible au regard de sa propre analyse, la BCE met de fait les gouvernements européens devant leur responsabilité, à la fois en terme de politique économique et de modèle de société.


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winnie83
11 février 2008
13:26
La BCE au bois dormant

Comment pouvons nous comparer deux economies differentes. Les taxes sont largement moins elevees aux E-U, le social qui coute tres cher en Europe n’existe pratiquement pas aux E-U. La mentalite nord americaine fait que les gens s’endettent plus facilement qu’en Europe. Il n’est pas fait mention que les taux en 2006 etaient superieurs aux E-U qu’en Europe. Messieurs les specialistes, dites tout simplement copions les E-U.

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éloi laurent
11 février 2008
14:29
La BCE au bois dormant

Bonjour et merci pour ce commentaire tout à fait pertinent. Vous avez raison sur les différences, voire les divergences, structurelles des économies européenne et américaine, même si, ne l’oubliez pas, l’UE est à présent une petite mondialisation dans laquelle la « moyenne » a de moins en moins de sens. Ainsi, vos critères de distinction s’appliquent plus ou moins bien aux nouveaux Etats membres, au Royaume-Uni, à l’Irlande,.... Mais j’admets volontiers qu’ils sont dans l’ensemble valables pour la majorité des pays de la zone euro. Ceci dit, nous ne pensons et n’écrivons pas qu’il faut à tout prix imiter ou reproduire les traits de l’économie américaine. Dans l’étude de l’OFCE qui est en lien dans notre bref texte, nous déplorons que la BCE ne soit pas assez réactive aux changements de conjoncture, inertie relative que nous attribuons à un certain dogmatisme, qui est en partie inscrit dans ses statuts, mais relève aussi de sa pratique (contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là, la BCE a elle aussi un double mandat d’inflation et de croissance). A cet égard, vous avez raison pour la position des taux en 2006, et cela va bien au-delà. Regardez la différence d’évolution des taux directeurs entre la BCE et la Fed depuis 1999 (http://upload.wikimedia.org/wikiped... ). D’un côté, on fait de la politique monétaire, de l’autre on tente de stabiliser les prix. Ce n’est pas le même exercice et cela ne produit pas les mêmes résultats en termes de croissance. Face à une crise de l’ampleur de celle qui semble se préparer, le coût de quelques mois de retard imputable à une erreur de priorité peut être considérable à moyen terme. Le parallèle entre 2001 et 2008 est tout simplement frappant.

Luis
14 février 2008
09:31
http://blogs.arte.tv/Leur ope_en_debat/
La BCE au bois dormant

La BCE ne fait que ce que les Etats membres lui demandent dans le Traité : de contrôler l’inflation avant toute autre chose de façon indépendante. Et probablément elle le ferz, l’UE s’étendant au délà des riverains du Rhin, l’inflation semble sans contrôle dans les 10 nouveaux membres et certains plus anciens comme l’Espagne (taux record en 20 ans). Il paraît que dans le risque de la stagflation la BCE choisit d’essayer de ne pas avoir de l’inflation ? Certains vont même jusqu’à dire que cette politique rigide peut forcer les Etats membres à trouver d’autres moyens de « rêlacher » leur potentiel de croissance à travers des reformes visant une compétitivité accrue ?

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14 février 2008
15:33
La BCE au bois dormant

Bonjour et merci pour ce commentaire. D’accord avec vous pour dire que ce sont les Etats membres qui ont écrit les traités européens de leur blanche main et que personne ne le leur a forcé pour rédiger les termes de l’article 105 du traité CE, particulièrement contraignants pour…eux-mêmes : « L’objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de l’objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la Communauté, tels que définis à l’article 2 ». Mais, à la lumière des textes, je nuancerais votre propos de deux manières. D’abord, il y a bien, comme vous le dites d’ailleurs, au moins un autre objectif à atteindre pour la BCE défini à l’article 2, « une croissance durable ». Dans le jargon, on dit qu’il y a un ordre « lexicographique » dans les priorités de la BCE : si la stabilité des prix est atteinte, elle peut – elle doit – se consacrer au soutien à la croissance. Dans le cas d’espèce, en admettant que 2008 voit ralentir nettement la croissance dans la zone euro (prévision du FMI à 1,6%, contre 2,7% en 2007) et que les tensions inflationnistes, encore fortes dans les premiers mois de l’année, s’apaisent en conséquence par la suite, il y aurait une marge de manœuvre non négligeable dont il faudrait savoir tirer profit en abaissant les taux d’intérêt pour soutenir une croissance qui faiblirait. Ne pas le faire équivaudrait pour la BCE à ne respecter qu’une partie de son mandat (l’objectif prioritaire) en « oubliant » la croissance, ce qu’elle a déjà fait en 2001. C’est le risque que nous pointons. Par ailleurs, il me semble raisonnable, au vu de ces arguments, de dire que lorsque Jean-Claude Trichet affirme publiquement, comme il l’a encore récemment fait, qu’il n’y a « qu’une seule aiguille dans la boussole » de la BCE (la stabilité des prix), il interprète de manière contestable le droit européen. C’est là où la responsabilité propre de la BCE est directement engagée, indépendamment de la lettre du mandat qui lui a été confié par les Etats membres. D’autre part, vous remarquerez que les traités restent muets sur la définition du fameux maintien de la « stabilité des prix », ce qui n’est quand même pas une mince affaire. La dite stabilité, est-ce 2%, 3%, 4% d’inflation par an ? Et là encore, la responsabilité propre de la BCE est engagée : c’est elle seule qui a défini son objectif de « stabilité des prix » dans la décision du Conseil des gouverneurs du 13 octobre 1998 : « La stabilité des prix est définie comme une progression sur un an de l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) inférieure à 2 % dans la zone euro ». C’est également elle seule qui a précisé cet objectif dans la décision du Conseil des gouverneurs du 8 mai 2003 « le Conseil des gouverneurs a décidé que, dans le cadre de la poursuite de l’objectif de stabilité des prix, il visera à maintenir les taux d’inflation à des niveaux proches de 2 % à moyen terme. ». Il y a je crois, pour reprendre une expression un peu galvaudée, un déficit de démocratie évident dans ce processus d’auto-assignation. Sans parler de l’absence de contrôle véritable du respect du mandat en question, contrôle impliquant la possibilité d’une sanction. Mais y compris dans le cadre de cette définition étroite, des marges de manœuvre existent pour faire face avec pragmatisme à la situation actuelle, puisque la BCE a reconnu en 1998 que « stipuler que ‘la stabilité des prix doit être maintenue à moyen terme’ montre bien que la politique monétaire doit adopter une orientation prospective, axée sur le moyen terme. Elle tient également compte de l’existence d’une instabilité à court terme des prix que la politique monétaire ne peut contrôler. ». Voilà en bref les fondements juridiques de notre argumentation.

éloi laurent
14 février 2008
15:35
La BCE au bois dormant

...la réponse ci-dessus est de moi.

daniel-Philippe de Sudres
20 février 2008
12:20
La BCE au bois dormant

Bonjour à tou(te)s. Le propos d’Eloi me semble très recevable du point de vue des mécanismes économiques en jeu. En effet, la période de croissance molle s’étendant de 2001 à 2006 a ralenti le dynamisme européen tant sur le plan de l’activité que sur le plan de la motivation des consommateurs et des entrepreneurs. Évoquer le fait que les mentalités soient différentes aux États-Unis n’invalide aucunement le fait que la trop lente réactivité de la banque centrale européenne soit catastrophique, non pas en effet parce qu’elle nous plongerait à nouveau dans une croissance molle, mais parce que les périodes de « croissance molle » loin d’être séparées techniquement les unses des autres, se cumulent : en clair, le cycle nouveau de croissance molle va prolonger le cycle précédent et induire un ralentissement plus profond, plus structurel, de l’activité et de la consommation. Voilà en quoi, malgré ce que lui opposent ses contradicteurs au village, Eloi a raison. Dan-Phil

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Eloi Laurent est est économiste à l’OFCE et enseignant à Sciences-po, Stanford University et au Collège des hautes études européennes. Il est spécialisé dans les questions d’intégration européenne.

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Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

Vigie 2012 : le fact-checking européen de la présidentielle

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