Sept ans après son entrée dans l’Union européenne, la Pologne est le quatrième Etat issu de l’élargissement à l’Est à prendre la présidence tournante du conseil de l’Union européenne pour 6 mois. Mais l’enjeu est cette fois bien plus important que pour la Slovénie, la République tchèque et la Hongrie, non seulement en raison de la crise que traverse actuellement l’Union, mais également en raison de caractéristiques propres à la Pologne. Souvent critiquée par le passé pour son euroscepticisme et sa volonté de profiter des subventions européennes sans en partager le projet politique, la Pologne n’en reste pas moins, avec ses 38 millions d’habitants, le plus grand pays de l’ancien bloc communiste, et le seul que les « grands » Etats comme l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni considèrent plus ou moins comme leur égal.
Un statut que la Pologne entend bien consolider grâce à cette présidence, d’autant plus au vu des jugements assez négatifs qui ont été portés sur les précédentes présidences slovène, tchèque et hongroise. Avec une ambition non masquée, le premier ministre polonais Donald Tusk a donc annoncé vouloir purement et simplement « sauver le projet européen ». Il s’agira pour lui tout d’abord de résoudre les multiples crises auxquelles l’Union fait face actuellement, et en tout premier lieu d’éviter un démantèlement de la zone euro et un délitement de la zone de libre circulation de Schengen, que M. Tusk a décrit comme des avancées cruciales de l’intégration européenne. La présidence polonaise devra également lancer les négociations entre Etats membres sur le projet de cadre financier multi-annuel proposé par la Commission, M. Tusk s’étant déjà prononcé en faveur d’un budget ambitieux. La Pologne essaiera enfin de faire avancer le processus d’adhésion des pays des Balkans occidentaux, de même que les relations entre l’UE et ses voisins d’Europe de l’Est.
La présidence polonaise aura certes fort à faire, et il serait hasardeux de la présenter comme un parfait élève, toujours partisan du « plus d’Europe ». Elle garde plusieurs points de désaccords avec ses partenaires européens, le principal étant sans doute la lutte contre le changement climatique, où la Pologne, encore très dépendante du charbon, freine des quatre fers. Elle a d’ailleurs récemment bloqué unilatéralement une proposition visant à porter les objectifs de réduction d’émissions de C02 d’ici 2020 de 20% à 30%. Cependant, dans le contexte marqué de pessimisme ambiant, cet « euro-optimisme » surprenant n’en est pas moins agréable, et quelque peu rassurant. Espérons qu’il sera contagieux, et souhaitons bonne chance à la Pologne !


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