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La communauté des citoyens européens : l’effondrement d’une illusion

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La colère. Sans doute fallait-il effectivement commencer par-là, en référence à l’article inaugural de ce « blog fédératif ». La mienne a été précoce et m’a conduit, bien avant le référendum, à mener ma propre campagne auprès de ceux que j’avais la prétention de pourvoir convaincre, mes proches et mes amis.


Jusque là, je n’avais eu que peu d’occasions de me battre pour une cause, préférant garder la distance avec toute chose. Mais j’avais (et je garde) la foi en l’Union Européenne, peut-être parce que m’étant longtemps attardé sur la question des nationalismes, j’en percevais à la fois l’ambition et la fragilité. L’Europe, un contre-projet permanent, quant bien même l’intégration régionale semble être une réponse ‘logique’ aux dynamiques d’un monde globalisé. Cette colère, donc, est montée avec le ‘non’ dans les sondages, à tel point que le soir du référendum français, la tempête était déjà passée. Quant au vote néerlandais qui a suivi, il n’a pas eu plus d’effet qu’une averse après un orage trop attendu. Plus que le refus de cette dite Constitution, c’est donc l’ampleur de son rejet qui doit nous interpeller. Le résultat des deux référendums et la tendance à un rejet généralisé qui se profile nous invitent à considérer avec la plus grande attention le choix des majorités (la démocratique étant ce qu’elle est) et à renoncer à défendre ce texte avec des arguments qui ont certainement été entendus mais n’ont pas été retenus. Vouloir rejouer la campagne serait un vain effort et, méfions-nous en, pourrait être perçu comme de l’arrogance. Il est à la fois bien trop tard et encore trop tôt pour chercher à tordre le cou à cette peur ô combien irrationnelle du tristement célèbre ‘plombier polonais’. Le problème qui se pose aujourd’hui à nous est beaucoup plus profond. Il est à rechercher dans le projet européen lui-même et dans la façon dont il a été mené ces dernières années. Le résultat des deux derniers référendums nous oblige : S’il est la manifestation d’inquiétudes exploitées par les populistes de droite et de gauche, le double ‘non’ est aussi et peut-être surtout l’échec de l’Europe et de ceux qui, tout comme moi, ont préféré ignorer des impasses évidentes pour soutenir l’intégration européenne sur la voie qui lui était tracée. « Nous avons perdu la faculté de rendre les Européens fiers d’eux-mêmes, fiers ce que nous avons accompli et qui impressionne ceux qui nous regardent de loin. » Ces mots sont de Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois, dont la foi européenne fait aujourd’hui peine à voir, tant le paysage politique européen manque de toute évidence de grands leaders capables de redonner des ailes à l’Union. A cet égard, l’échec de l’Europe est d’abord celui de ses dirigeants, en tout cas de ceux qui prétendent s’opposer à la vision minimaliste défendue par Tony Blair, lequel a pour lui de porter un projet européen ayant le mérite de la clarté, n’en déplaise à certains. Mais au-delà de ce constat, qui ne brille pas par son originalité, les conséquences sont graves. En échouant à rendre les citoyens fiers de ce qui a été progressivement bâtit depuis plus de 50 ans, les dirigeants européens ont failli dans l’entreprise pourtant nécessaire qui aurait consisté à développer un sentiment d’appartenance, lequel aurait rendu les peuples des Etats membres responsables de la chose publique européenne. Ainsi, en France et aux Pays-Bas, ces derniers ont préféré mettre sérieusement en danger la construction européenne plutôt que d’accepter, en citoyens, un texte de compromis dont l’Europe et les nations européennes avaient pourtant bien besoin, y compris pour réaffirmer les droits et protéger les intérêts qu’ils estiment menacés. Mais que l’on ne s’y méprenne pas : le ‘non’ n’est pas moins citoyen que le ‘oui’. Il ne s’agit pas de cela. Car vouloir démolir n’est pas un acte irresponsable en soi, c’est même l’œuvre des révolutions. Mais encore faut-il avoir la volonté ferme de reconstruire en s’érigeant en force de proposition pour préserver l’unité de la communauté politique que l’on a privé de ses fondements, faute de quoi c’est l’existence même de cette communauté politique qui se trouve rejetée. Et à cet égard, les partisans du ‘non’ s’avèrent à l’évidence bien moins attachés à l’Europe qu’ils voudraient bien nous le faire croire. A mon sens, ce à quoi nous assistons aujourd’hui est l’effondrement d’une illusion, celle qui affirme l’existence d’une citoyenneté européenne dans le sens sociologique du terme, à savoir le sentiment d’appartenance à une communauté politique juridiquement constituée. Nous recherchons en vain les marques d’un ‘patriotisme institutionnel’, cette disposition à s’identifier avec l’ordre politique et les principes de la loi fondamentale à vocation universelle, dont on se demande si Habermas ne l’a pas rêvé plus qu’il ne l’a décelé. Exit la citoyenneté européenne, exit la communauté de citoyens européens. Les taux de participation on ne pourrait plus bas lors d’élections européennes généralement phagocytées par des débats de politique intérieure auraient dû nous alarmer depuis déjà bien longtemps, au-delà des simples constats de convenance. A présent, nous avons devant nous le ‘oui’ espagnol avec un taux de participation de 42% et deux refus cinglants en France et aux Pays-Bas, sans compter ceux qui pourraient bien venir si le processus de ratification venait à se poursuivre. Or, comme cela a été largement analysé, le ‘non’ à la Constitution en recouvre plusieurs tant les raisons expliquant les rejets sont multiples, parfois contradictoires au sein même et entre les pays membres. De plus, si l’on se penche par exemple sur le ‘non’ français attribué en partie au refus d’une Europe trop libérale, force est de constater que face à l’offensive britannique, c’est bien l’effet contraire à celui recherché qui pourrait se produire, ce qui était prévisible mais n’a pas été compris, preuve que les dynamiques politiques complexes qui régissent les rapports de pouvoir et le fonctionnement de l’Union échappent totalement aux citoyens des Etats membres. Au-delà de la seule question de la Constitution, c’est bien un plébiscite pour le projet européen qui a été organisé dans les pays ayant choisi la voie référendaire. Mais que pouvions-nous en attendre, quand à l’évidence personne ne sait véritablement ce qu’est et où nous mène ce projet ? Les dynamiques convergentes apparaissent donc impossible à déceler, et le concept de communauté de citoyens européens se délite dans l’exercice démocratique. La seule explication qui à mon sens résiste à une analyse européenne de ce qui se joue est donc celle du ‘déficit d’identification’. L’idée d’une Europe post-nationale développée par les héritiers de l’école de Frankfurt fait donc à présent figure d’utopie. Elle a enterré trop vite les identités nationales, lesquelles apparaissent fournir des référents identitaires culturels résistants face auxquels le concept trop abstrait de citoyenneté européenne ne fait pas le poids quand il s’agit de faire face aux incertitudes liée à un mouvement accéléré de globalisation. Cela est très apparent dans le cas français, peut-être bien plus encore dans le cas hollandais. Le particulier reprend donc l’ascendant – peut-être ne l’avait-il jamais perdu – sur l’universel, l’exclusif sur l’inclusif, un mouvement que l’élargissement à l’Est a contribué à accélérer, les nouveaux pays membres étant pour la plupart des Etats-nations n’ayant gagné ou regagné que récemment leur souveraineté. Pour faire face, deux alternatives semblent à présent se profiler. La première consisterait à ranimer le vieux principe selon lequel le cadre de la légitimité politique est la nation et abandonner le projet européen aux mains de ceux qui veulent en faire au mieux le cadre d’une coopération politique entre Etats, sinon un vaste marché unique, lequel pourra alors s’étendre à l’échelle du Conseil Européen qui compte aujourd’hui 46 Etats membres. La seconde consisterait à réaffirmer et à mieux expliciter la dimension communautaire et politique du projet européen, ce qui nécessiterait de mener (prudemment) une politique de l’identité à l’échelle européenne et de faire des choix difficiles en matière d’élargissement. Un débat qui se dessine à l’horizon… Enfin !


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M
4 mars 2007
22:15
La communauté des citoyens européens : l’effondrement d’une illusion

Belle analyse, mais un point important est oublié : Si à la place d’avoir essayé de vendre cette « constitution » en tant qu’un bete symbole d’enthousiasme pro-européen auquel il fallait donc dire ’amen’ en bons petits européens, les politiques avaient eu du respect pour leurs électeurs en leur expliquant plutot le contenu et sa dynamique, le Non aurait été moins retentissant. Les guillemets plus haut ? Par ce qu’il ne s’agit pas réellement d’une constitution au sens historique/noble du terme : elle est trop longue et complexe, ce qui en soi montre à quel point elle est le resultat de compromis politiques et de marchandages lobbyistes. Helas, il me semble qu’en coulisse on prépare les moyens de passer son contenu par petits morceaux et à l’abris du regard citoyen, ainsi le texte éventuel d’une future ’mini-constitution’ à passer par referendum sera réduit à un essentiel suscitant moins la polémique, et ayant donc plus de chances d’obtenir un ’Oui’...

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Xavier LE DEN

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Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

Vigie 2012 : le fact-checking européen de la présidentielle

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