Ajouter un commentaire

La fiscalité verte européenne, un casse-tête chinois pour les Etats-membres

Recommander cet article

La taxe carbone europénne à l’heure de l’aprés Copenhague

Au lendemain de la Conférence de Copenhague, l’idée d’une taxe carbone européenne refait surface. Brandie par certains comme un moyen d’imposer les produits en provenance de pays refusant d’être liés par un accord international sur le changement climatique, cet outil est toutefois loin de faire l’unanimité entre les 27 en tant qu’imposition au sein de l’UE.


JPEG - 10.7 ko

Pourtant, la création d’un marché européen d´échanges de quotas d’émission de CO2 (ETS) ne peut suffire à réduire le réchauffement climatique. Pour la bonne et simple raison qu’il omet deux secteurs fortement émetteurs : le transport et l´agriculture. C’est la raison pour laquelle l’UE cherche à trouver un complément pour combler ce vide. La solution ? Une taxe carbone européenne. L´Espagne, qui assure depuis le 1er janvier, la Présidence de l’Union, pourra difficilement éviter le sujet.

La Suède, source d’inspiration

JPEG - 99.6 ko
Algirdas Šemeta

Le trés probable nouveau commisaire européen en charge de la fiscalité devra prendre position sur la question de la taxe carbone européenne (photo : europa)

La taxe visant à réduire les émissions de carbone a été introduite pour la première fois en Suède dans les années quatre-vingt-dix. Et les suédois s’en félicitent : les émissions de CO2 ont diminué de 9% et l´activité économique a augmenté de 48% entre 1997 et 2007. Sur le long terme, cette fiscalité doit pousser les entreprises à s’adapter aux technologies vertes. Ce succès n’est pas passé inaperçu puisque les autres pays nordiques s´en sont inspirés, suivis du Royaume-Uni, de la Suisse et de la Slovénie. En France, le conseil constitutionnel a sommé fin décembre le gouvernement de revoir sa copie, considérant que le projet de taxe carbone ménageait trop d’exemptions pour l’industrie lourde. Un nouveau projet sera bientôt présenté. Si la taxe carbone séduit donc de plus en plus de pays, son taux varie néanmoins d’un Etat à l’autre. En Suède, la tonne de CO2 était taxée en 2009 à 108 euros, alors que le gouvernement de l´Hexagone envisage de démarrer à 17 € pour aboutir à 100 € en 2030. Quel doit être le niveau minimum de taxation pour que l´objectif de l´UE de réduction de 20% de ses émissions soit atteint en 2020 ? La Commission européenne propose un taux à 39 euros la tonne de carbone.

Reste que la taxe carbone ne suscite pas le même enthousiasme dans tous les Etats membres. La présidence suédoise a tenté de lancer le débat en inscrivant la fiscalité verte comme l’un des enjeux prioritaires de son dossier « changement climatique ». Stockholm tablait sur sa mise en place à l’horizon 2013. Mais pour l´heure, les négociations sont dans l´impasse : ce domaine relevant exclusivement de la compétence des Etats-membres, ces derniers rechignent à évoquer une fiscalité verte européenne. En outre, difficile de rallier les Etats d’Europe centrale et de l´Est, dont l’environnement fiscal est plus avantageux que celui des 15, à l’idée d’une taxe harmonisée. C’est pourquoi, trouver l´unanimité au sein du Conseil de l’UE sera un véritable défi pour le nouveau commissaire à la fiscalité et l’union douanière, M. Šemeta. « La nécessité d’obtenir un consensus en matière de fiscalité requiert de la patience », avait expliqué de son côté M Kovács, le précédent commissaire en charge de ces questions. Quoiqu’il en soit, la révision de la directive sur la taxation énergétique de 2003 sera sur l’agenda de l’Exécutif européen dès cette année.

Risques de divergences au sein de la Commission Barroso II

Or au sein même de la Commission, le dossier soulève quelques inquiétudes. Dans le cadre de la nouvelle Commission, la taxe carbone européenne peu relever aussi bien du commissaire à l´environnement, au climat, à l´énergie ou encore à la fiscalité et à l’union douanière. Une multitude de services se retrouveraient à plancher sur le même dossier. Par ailleurs, la position du président da la Commission, M Barroso, est bien connue : « Je suis pour la croissance verte, pas pour la décroissance … il ne faudrait pas qu’à cause des mesures environnementales que nous prenons, il y ait une délocalisation de notre industrie, de notre production pour d’autres pays. » Une position qui tranche avec celle du précédent commissaire en charge de la fiscalité, M Kovacs. Pour ce dernier, « la taxation est un instrument très puissant qui peut influencer le comportement de tous les acteurs économiques vers un bon sens … la taxation de CO2 serait un moyen efficace en matière des couts pour les Etats-membres de réduire les émissions de carbone pas encadrées dans le système européen d´échanges de quotas d´ émissions ». Les divergences de vue restent forte au sein même de la Commission, et la pluralité de Commissaires concernés ne facilitera pas l’affaire.

JPEG - 114.5 ko
Angela Merkel et Nicolas Sarkozy

La chancellière allemande et le président français veulent tous les deux qu’une taxe carbone soit adoptée au niveau européen. (photo : Ministère des Affaires étrangères et européennes / F. de la Mur)

Pourtant les dysfonctionnements du système européen d’échange de quota d’émissions de CO2 appellent la mise en place d’un nouvel instrument incitant les entreprises à s’adapter aux enjeux environnementaux. Le marché européen des émissions établi en 2005 vise le plafonnement de la quantité des émissions qui peuvent être émises par des entreprises dans l’atmosphère. Mais les Etats-membres ont surévalué leurs besoins en quotas de CO2. Par ailleurs, à cause de la crise financière, le prix des émissions de carbone dans l´EU a chuté de 60% entre octobre 2008 à mars 2009. Aujourd’hui´hui, le prix est reparti à la hausse et une tonne de CO2 s´achète pour environ 13 €, ce qui n´encourage toujours pas les entreprises à s’orienter vers les énergies vertes. Le prix sur ce marché est donc bas et volatil. Et en plus, ce système de quotas échangeables ne couvre pas les principaux secteurs polluants, à savoir le transport et l’agriculture. L’idée d’une taxe carbone européenne fait donc son chemin. Soutenue par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, le sujet a refait surface au lendemain des négociations de Copenhague, lors d’une réunion des ministres européens de l’environnement. Mais pour l’heure, la nouvelle présidence espagnole de l’UE préfère attendre que les autres pays développés précisent leurs offres de réduction de leurs émissions fin janvier pour définir plus clairement sa stratégie.

Une vision américaine pour s´inspirer ?

JPEG - 95.1 ko
James Hansen

Pour le climatologue de la NASA est favorable à une taxe carbone reversée à 100% aux citoyens. (photo : world development movement sur flickr.com)

Si les Etats-Unis ne se sont pas particulièrement illustrés par leurs engagements à Copenhague, les européens pourraient néanmoins s’inspirer de certaines études développées outre-Atlantique. Ainsi, le climatologue de la NASA, James Hansen, se dit favorable à la création d´une taxe sur les émissions de carbone redistribuée a 100% aux citoyens au détriment du système type « tax and trade » de l´UE. « Il s’agit d’une taxe sur les émissions de carbone, capable d’influer sur les décisions d’achat, et d’une restitution aux citoyens de cette taxe, sur une base égale par personne. », explique le climatologue. « Un plafonnement augmente le prix de l’énergie, comme le fait une taxe. Il est faux et malhonnête de tenter de cacher que le plafonnement est une taxe … le plafonnement fait des millionnaires à Wall Street et dans les bourses d’échange, aux frais du public. », ajoute-t-il.

(logo : freefotook sur flickr.com)


Recommander cet article
reagir   Imprimer   envoyer par mail   Auteurs
Aucun commentaire
ds Ajouter un commentaire
Santé, environnement
Rencontre avec Isaac Valero Ladron, conseiller de la délégation de l’UE au Mexique sur le changement climatique, qui débute aujourd’hui à (...)
Environnement & climat
La catastrophe de Fukushima a ébranlé les certitudes sur le nucléaire civil dans de nombreux pays européens.
Après les échecs à répétition qu’a connu l’UE dans les négociations climatiques, son influence est en chute libre.

En partenariat

Auteurs

Lubica Karvasova

Lubica KARVASOVA est actuellement étudiante en Master 2 Professionnel Métiers de l´Europe à l´Université Paris Sorbonne - Paris IV. Après avoir fini ses études en Master 1 Relations Internationales/Diplomatie économique à l´Université d´Economie de (...)

Sur internet

The Economist - rapport spécial sur l’économie du carbone (en anglais)
Site officiel

Rue 89 - article sur la taxe carbone en Suède
Site officiel

Europa - Quelle fiscalité pour une économie pauvre en carbone ?
Site officiel
  Les plus lus Les plus commentés
Depuis un mois | Depuis toujours
Derniers commentaires

Ces propos tenus au plus haut niveau, par certains citoyens polonais à l’égard d’autres citoyens polonais et notamment contre une communautée précise sont déplorables, mais certaines stratégies sont de (...)

paul sur POLOGNE : homophobie d’Etat | 3 février 2012, 10:16 (40)

C’est vrai que le networking est une trés bonne solution pour trouver des opportunités de carrière, dénicher des informations confidentielles ou tout simplement pour se faire de nouvelles (...)

didier sur Le top 10 du networking à Bruxelles | 3 février 2012, 09:56 (3)

Tres interressant cet interview, ca éclaire un peu plus sur l’Europe. Je me présente Damien et voici ma webcam.

damien sur Jean-Paul Jacqué : « L’Europe économique | 3 février 2012, 08:37 (1)

Je devouvre votre site certainement captivant. Je envisage que je vais reexaminer quand j’aurais le temps afin de parcourir vos article. Casinos en ligne

Elynor sur Balkans : en route pour l’Union (...) | 2 février 2012, 18:09 (14)

Je trouve votre site internet bonnement bien fini. Je projete que je vais revenir quand j’aurais l’envis afin de �tudier vos dire. Casinos en ligne

Rebecca sur Balkans : en route pour l’Union (...) | 2 février 2012, 17:41 (14)

Ils nous tweetent
Facebook

L’affaire de corruption au Parlement européen, mettant en cause 3 eurodéputés sur les 60 approchés par le Sunday Times vous semble

Les blogs des sections locales et thématiques du groupe Euros du village
L'élargissement ne connaît pas la crise
Par François SAINT-OUEN
12 janvier 2012

Le Groupe des Belles Feuilles (GBF), rassemblement de jeunes professionnels intéressés par les questions européennes, lance « Vigie 2012 », une initiative innovante pour scruter la place de l’Europe dans la campagne présidentielle.

Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

Vigie 2012 : le fact-checking européen de la présidentielle

Politique
Economie
Société & Médias
Développement durable
Affaires intérieures
Affaires extérieures
Bruxelles & Euro-bulle
France
UE 27
L’autre Europe
Monde
© Groupe Euros du Village 2010 | Mentions légales | Site réalisé avec SPIP | Réalisation technique et design : Media Animation & Euros du Village France