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Le nouveau Parlement européen prend forme

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Cette semaine au Parlement européen, les nouveaux Eurodéputés ont élu les Présidents de leur groupe politique. Dans la plupart des cas, le Président sortant a été reconduit.


Les nouveaux Députés européens découvrent le Parlement de Bruxelles depuis la semaine dernière

Depuis une semaine maintenant, un air nouveau flotte sur le Parlement. Seuls certains assistants parlementaires et fonctionnaires gardaient la maison pendant la campagne européenne et la semaine qui a suivi les élections. Mais depuis la semaine dernière, le Parlement européen a commencé à renouer lentement avec son atmosphère classique. Discussions en plusieurs langues au détour d’un couloir, gens pressées, négociations à voix basse, bref, c’est maintenant officiel, les nouveaux Députés arrivent.

Armés d’un plan des bâtiments ou guidés par les huissiers, ces nouveaux Députés essaient de trouver leur chemin vers les divers stands d’accueil des Députés élus, ou vers des salles de réunion. Le Parlement européen a mis en place un circuit très bien organisé avec un centre d’accueil unique, permettant normalement aux Députés d’effectuer leurs démarches en une heure maximum. Après avoir obtenu leur badge provisoire, le sésame du Parlement, ils doivent remplir les différents formulaires administratifs, obtenir des informations sur l’utilisation du matériel informatique, leur statut et le statut des assistants, avant de sourire pour la photo officielle.

Ces stands sont ouverts depuis le 9 juin, mais les nouveaux Députés ne sont apparus que le 16 juin pour assister aux premières réunions des groupes politiques. La semaine dernière donc, comme le premier jour de la rentrée scolaire, les nouveaux se sont présentés et ont écouté avec concentration les explications des anciens. Ces réunions sont l’occasion d’un passage de flambeau, d’un échange d’expériences, voire d’anecdotes fournis par les « Anciens » aux « Jeunes » attentifs. Mais pour tous les Députés, les choses sérieuses ont vraiment commencé cette semaine avec l’élection des Présidents de groupe.

Présidence des groupes politiques : des élections sans surprise

Le Parlement européen était en effervescence ces deux derniers jours : tous les Députés des groupes Verts, PPE (Parti Populaire Européen, la droite du Parlement européen), de l’APSD (le Groupe Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, nouveau nom du groupe socialiste au Parlement) et de la GUE étaient invités à venir élire leur nouveau Président de groupe.

Autant le dire d’emblée, peu de surprise attendait les votants : presque tous les Présidents sortants étaient les seuls candidats à leur réélection.

Daniel Cohn-Bendit, le grand vainqueur des élections européennes en France, rempile à la tête du groupe des Verts avec l’Allemande Rebecca Harms

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Le nouveau bureau du groupes des Verts/ALE

Président du groupe des Verts en 2001 puis co-Président avec Monica Frassoni à partir de 2004, Daniel Cohn-Bendit avait dit qu’il ne se représenterait pas. Et bien, il l’a fait, et au grand plaisir des Députés verts qui l’ont plébiscité (42 voix pour, 0 contre, et 1 abstention). Pour cette nouvelle mandature, il entend « constituer des réseaux d’excellence au niveau européen pour mettre en valeur les positions défendues pendant la campagne des européennes ». Ces réseaux seraient constitués de représentants de différentes associations pour que la théorie « devienne la pratique de demain ». Entendant reproduire la réussite électorale d’Europe Ecologie en France (qui avec ses 16,28%, talonnait le PS), Daniel Cohn-Bendit veut instituer une certaine dynamique dans la politique et associer étroitement les citoyens à l’Europe. Il n’y a pas de doutes, en France comme au Parlement, Cohn-Bendit a le vent en poupe.

Selon les statuts du groupe des Verts/Alliance libre européenne, la Présidence est partagée entre un homme et une femme. Le groupe a en effet tenu à instaurer une parfaite parité dans la composition du bureau. Monica Frassoni, co-Présidente du groupe, n’ayant pas été réélue, l’Allemande Rebecca Harms s’est présentée à ce poste et a reçu le même soutien que Daniel Cohn-Bendit. Paysagiste de formation, la nouvelle co-Présidente a déclaré qu’elle voulait « cultiver le jardin écologique en Europe ». Particulièrement émue par cette élection, celle qui fut assistante au Parlement européen en 1984 avant de devenir tête de liste aux élections européennes de 2004 est une personnalité au sein du Parlement européen, certes moins connue que Daniel Cohn-Bendit, mais tout aussi efficace.

Sandrine Bélier, nouvelle Députée française, s’est félicitée de cette élection et ne manque pas d’éloges sur son nouveau groupe : « Notre groupe est structuré et cohérent, c’est le fruit d’une vraie campagne européenne. » L’ambiance générale au groupe cette semaine était joyeuse : « Les gens sont portés par un message nouveau, on le sent. »

Oscillant entre 53 et 56 membres, le groupe des Verts/Alliance libre européenne est le seul groupe à avoir gagné des sièges au cours des dernières élections européennes. En concurrence avec le nouveau groupe conservateur qui se targue de 55 membres, le groupe des Verts se bat pour la 4ème place au sein du Parlement européen, derrière le PPE, l’APSD et l’ALDE.

L’Allemand Martin Schulz est réélu sans difficulté à la tête des socialistes et démocrates européens

Martin Schultz devant les membres de l’Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates

Comme prévu, les Députés ont approuvé par acclamation l’amendement au règlement du groupe socialiste au Parlement européen (voir notre article « Le Groupe Socialiste devient le Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement Européen » du 22 juin). Le groupe socialiste accueille donc les Députés du Partito Democratico italien et se nomme désormais le Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement Européen (APSD). De quoi faire grincer les dents de certains Députés socialistes… Mais Martin Schulz se veut rassurant : « Nous avons un nouveau groupe mais ce nouveau groupe assume les mêmes tâches que par le passé ».

Le Président sortant, pourtant souvent décrié, était le seul candidat, et a été élu par 144 voix sur 160. Autant dire que le suspense était pratiquement inexistant. Parlant peu du bilan du groupe socialiste et surtout des récentes élections européennes qui ont vu les sociaux-démocrates perdre du terrain dans toute l’Europe au profit de la droite, le nouveau Président de l’APSD préfère se tourner vers l’avenir en identifiant trois défis à relever : la garantie d’une plus grande justice sociale est le premier d’entre eux. « L’Europe doit être plus juste. C’est notre devoir prioritaire ; si nous ne le faisons pas personne d’autre ne le fera » a martelé Martin Schulz, avant de plaider pour une plus grande visibilité du Parlement européen et de son groupe. Enfin, en constatant que « ce Parlement compte plus d’extrémistes de droite que les précédents Parlements européens », il s’est engagé pour la protection de la dignité humaine. Il devrait néanmoins bientôt céder sa place : en effet, l’accord technique traditionnel entre les deux plus gros groupes politiques au Parlement européen vient d’être scellé. Jerzy Buzek, le candidat PPE, devrait gagner la Présidence du Parlement européen en juillet, puis la laisser à mi-mandat à Martin Schulz. Qui sera le prochain Président de l’APSD ? Difficile à dire.

Au-delà du caractère très formel de cette élection et des engagements pris par son Président, les nouveaux Députés ont découvert les joies des réunions de groupe. Frédéric Daerden, Député belge nouvellement élu, salue « l’accueil chaleureux du personnel du groupe et des Eurodéputés plus expérimentés ». Concernant Martin Schulz, il a « entendu beaucoup de bien par rapport à son travail antérieur et a le sentiment qu’il maîtrise bien sa fonction. »

Avec ses 183 Députés, ce nouveau groupe compte « seulement » 31 Eurodéputés de moins que le groupe socialiste lors de la législature 2004-2009, de quoi relativiser la défaite électorale des sociaux-démocrates dans toute l’Europe. Mais une question se pose : alors que le PPE reste encore devant, n’était-ce pas l’occasion d’élire un nouveau Président, de tenter une nouvelle approche ? L’absence de candidature concurrente montre que les Députés socialistes et démocrates ont encore une pleine confiance en Martin Schulz, en espérant qu’il puisse inverser la tendance.

Le Parti Populaire Européen (PPE) choisit de nouveau Joseph Daul comme leader

Sans grande surprise là encore, le Français Joseph Daul vient d’être réélu à la tête du PPE par 225 voix sur 228. Petite modification du règlement, le Groupe du Parti populaire européen et des Démocrates européens perd ces derniers à la suite du départ des conservateurs britanniques.

D’emblée, Joseph Daul annonce la couleur : « Pour la troisième fois, nous sommes le groupe le plus influent au sein du Parlement européen. Nous avons reçu un message clair des électeurs pour sortir de la crise par le haut ». Insistant sur le fait que la Commission européenne bénéficie de la même majorité, Joseph Daul estime que « notre devoir est de faire quelque chose de grand de cette situation favorable, en développant une stratégie et une communication adaptées à la situation ».

Joseph Daul reste sans surprise à la tête du Groupe du Parti Populaire Européen

L’ambiance au sein du groupe PPE est sérieuse mais décontractée. Les Députés reçoivent un guide pratique du Député ainsi que la liste des 264 membres du PPE. Nouvelle Députée française, Michèle Striffler salue ici également « la très bonne ambiance » qui règne au groupe, « avec des gens chaleureux, aussi bien parmi les fonctionnaires que parmi les anciens Députés » et ne s’étonne pas de la réélection facile de Joseph Daul : « Tout le monde l’apprécie ici, il a un bon bilan ».

Un nouveau Président pour la Gauche Unitaire Européenne

La surprise du jour vient de la GUE. Le Président sortant, le Français Francis Wurtz, Député européen depuis 1979, a décidé de quitter le Parlement. Personnalité reconnue au sein du Parlement, il déclare partir « en gardant le souvenir d’une expérience politique et humaine exceptionnelle ».

Il ne restait plus qu’à élire un nouveau Président. Le choix s’est porté naturellement sur Lothar Bisky, Président de Die Linke en Allemagne, plus grande délégation au sein de la GUE. Elu à l’unanimité, il a annoncé que son groupe « continuera à lutter pour une Europe sociale et pour le désarmement de l’Union européenne, non pour sa militarisation ». Avec ses 35 membres, la GUE est actuellement la 6ème force politique du Parlement européen.

Francis Wurtz, excellent orateur, clôt ainsi la dernière réunion de la journée : « Bon vent à vous toutes et tous ! Allez de l’avant. La gauche européenne a besoin de vous. »

Et les autres groupes ?

L’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE) tenait son bureau cette semaine à Bristol, et devrait se réunir en groupe la semaine prochaine à Bruxelles. Passant de 100 à 80 membres, et privée de certains Députés italiens qui ont préféré rejoindre l’APSD, l’ALDE fait pâle figure. Elle reste cependant la 3ème force politique du Parlement européen, encore capable de faire basculer les majorités.

David Cameron, le leader des conservateurs britannique, aurait réussi à former son nouveau groupe. Mais pour le moment, les informations restent encore imprécises : le groupe des Réformateurs et Conservateurs Européens (ECR) serait actuellement composé de 55 membres de 8 pays différents, avec une forte participation de Britanniques, de Polonais du parti Prawo i Sprawiedliwość (droit et justice) des jumeaux Kaczynski et de Tchèques du Občanská demokratická strana (le parti démocratique civique) parti eurosceptique et atlantiste dont l’un des leaders est l’actuel Président de la République tchèque Václav Klaus. Les négociations sont encore en cours, et doivent être bouclées pour le 2 juillet. L’ECR pourrait remettre en cause l’équilibre traditionnel du Parlement européen.

Théoriquement, l’Union pour l’Europe des Nations disparaît : avec le départ des Polonais, elle n’a pas assez de pays pour former un groupe (il faut 7 Etats membres). Idem pour le groupe Indépendance et Démocratie.

Le 2 juillet, chaque groupe politique devra enregistrer ses membres auprès des services du Parlement européen. D’ici là, les négociations continuent : l’APSD et les Verts courtiseront de nouveaux Députés, l’une pour rétrécir l’écart avec le PPE, les autres pour passer devant l’ECR. Le PPE quant à lui essaiera de perdre le moins possible de membres, pour ne pas trop se laisser déborder sur la droite par l’ECR qui lui-même cherche à débaucher. C’est dire si les couloirs du Parlement européen continueront de bruisser : il n’y a pas de doute, les nouveaux Députés sont arrivés.


Source logo : Parlement européen


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Soizic
25 juin 2009
17:21
Le nouveau Parlement européen prend forme

Merci pour cette analyse. Cela veut donc dire qu’une grosse incertitude demeure pour environ 70 eurodéputés ! En effet, d’après votre analyse et si j’ai bien compté, le reste des députés de l’UEN, d’Indem et des « autres » (c’est-à-dire des non-inscrits) ne sont pour l’instant dans aucun groupe. Pensez-vous que ces députés vont se raccrocher au nouveau groupe conservateur voire au PPE, ou seront-ils amenés à former un nouveau groupe ? J’ai une autre question concernant le nouveau groupe de Cameron : par rapport aux résultats officiels (site du PE), d’où viennent ces députés ? des 93 « autres » ? Merci pour votre réponse. Soizic

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Marie
26 juin 2009
12:30
Le nouveau Parlement européen prend forme

Bonjour, merci pour ton message.

Alors en fait il ne reste pas une si grosse incertitude que ça. Le site du Parlement européen n’est pas à jour, et ne prend donc pas en compte les adhésions aux groupes.

Parmi les « Autres », 21 Députés du Parti Democratico italien sont partis chez l’APSD. Les 29 Députés britanniques ont formé le nouveau parti conservateurs ERC avec les 9 Députés tchèques. Il n’y a donc plus que 34 Députés dans les Autres, soit juste un peu plus que lors de la précédente législature (30 non-inscrits).

En ce qui concerne l’UEN et les IND/DEM, les 15 Polonais seraient aussi partis chez le nouveau groupe ECR, de même que les 19 Britanniques.

Mais pour le moment, tout cela reste encore flou. Si le groupe ECR se forme réellement, il y aura sûrement encore une 40taine de Députés dans les non-inscrits. Par contre, le groupe ECR est encore instable, et s’il n’arrive finalement pas à se former, la grande question est évidemment : qui vont-ils rejoindre ?

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