Euros du Village : Pourriez-vous choisir un mot pour résumer le projet européen de François Hollande ?
Stéphane Le Foll : En un mot ? Volontariste et européen. Après cela se décline, il y a de nombreux sujets à aborder : d’abord sur la question de la gouvernance économique ou de la gestion des problèmes qui touchent la zone euro. Ensuite, sur la question budgétaire, les ressources propres et la taxe sur les flux financiers. Nous sommes engagés sur cette question depuis longtemps avec l’idée que cette taxe doit permettre à l’UE de se doter de fonds propres. Puis enfin sur les grands objectifs de croissance qu’il faut remettre en perspective au niveau européen. Je rajouterais à cela les questions institutionnelles. Il y a un vrai problème entre la méthode communautaire et la méthode binationale, franco-allemande. Aujourd’hui nous sommes ni dans l’un, ni dans l’autre. Il n’y pas de propositions de la Commission européenne et l’on voit bien que du côté du couple franco-allemand, en partie à cause de l’Allemagne, en partie à cause de l’indécision de Nicolas Sarkozy, plus rien n’avance. Donc il faut reforger une méthode qui permette à chacun de s’exprimer tout en étant beaucoup plus européenne.
EdV : François Hollande a eu des mots très durs envers le couple Sarkozy-Merkel, mais aussi envers les institutions de l’UE : « Où est le président de la commission européenne ? Où est le gouvernement économique ? ». Mais que faut-il changer concrètement ?
Stéphane Le Foll :A terme il faudrait tout de même qu’il y ait un exécutif européen. Au-delà des décisions que peut prendre la Commission européenne, il faut qu’il y ait un exécutif de l’UE qui fasse des propositions. Confrontée à l’urgence il doit être capable de mettre sur la table des projets cohérents, qui après sont discutés, amendés. A ce jour il n’y aucun projet européen. La Commission ne fait pas de propositions et Monsieur Van Rompuy est un président du Conseil européen, certainement très compétent, mais qui n’a pas su créer une synergie politique. Donc sur cette question institutionnelle, il faudrait revoir le couple Commission-Conseil. Construisons quelque chose de beaucoup plus structurant avec un exécutif qui fasse des propositions. Ensuite au Parlement européen et au Conseil des ministres de l’Union européenne de traiter ces questions. Là-dessus il va falloir progresser, surtout quand nous sommes dans une phase de crise, où il faut un exécutif européen qui puisse réagir. Aujourd’hui on agit tard, souvent mal, et donc on laisse la situation se dégrader dans la zone euro, comme l’illustre le cas grec : il n’y a toujours pas de décision pour venir en aide à la Grèce ! C’est tout de même ahurissant.
EdV : Se pose la question de la gouvernance de la zone euro. Quelle est votre position sur la réforme de l’Eurogroupe et son éventuelle fusion avec le Conseil européen de Herman Van Rompuy ?
Stéphane Le Foll :Nous sommes plutôt favorables à ce qui serait une vraie gouvernance économique européenne. Ce que nous n’acceptons pas c’est que cette gouvernance soit discutée entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel pour ne proposer au final que deux réunions par an. Non ! Il faut qu’il y ait un vrai ministre des finances européen, issu de la Commission ou du Conseil, ou bien même que le président en exercice du Conseil prenne la responsabilité de la gestion de la zone euro. On ne peut rester dans un entre-deux ou personne ne décide de rien.
EdV : François Hollande a déjeuné avec Herman Van Rompuy à Bruxelles avant l’été. Qu’est-ce- qu’il se dit dans ce genre de rencontres informelles ?
Stéphane Le Foll :Il a rencontré Monsieur Van Rompuy car il voulait faire un état des lieux. C’était peu avant la rechute dans la crise que nous avons connu cet été. C’était une prise de contact et surtout une collecte d’informations pour savoir ou en était le Conseil européen sur les grands sujets autour de la crise. Avait été évoqué, justement, le risque d’une rechute. Malheureusement, nous avons constaté que si ce risque de récidive a été anticipé, rien n’a été fait pour l’endiguer.
EdV : Il y aussi une problématique plus interne à la gauche européenne. Quelle ligne directrice pour le Parti socialiste européen ? Le groupe S&D au sein du Parlement européen est tiraillé entre les démocrates italiens et des socialistes « pur jus ».
Stéphane Le Foll :Le groupe socialiste au Parlement européen a effectivement intégré des démocrates. Le Parti socialiste européen, lui, garde une certaine cohérence. Mais même si l’on étudie le groupe des socialistes et démocrates [1], nous sommes un des groupes qui a la cohérence la plus grande sur les votes. Deuxième point, nous avons été en pointe sur la taxe sur les flux financiers et les ressources propres, depuis le départ. Moi-même j’ai toujours pris part à ce combat, car j’ai toujours considéré que c’était un point déterminant d’une politique socialiste à l’échelle européenne. Plutôt que tout le temps parler de « nouvelle politique », de beaucoup théoriser et de ne jamais trouver de solutions concrètes. Sur ce sujet, les sociaux-démocrates ont dit ensemble : il faut un budget européen pour investir, s’il faut un tel budget il faut le financer par des recettes, des ressources propres pour l’Europe. Une cohérence s’est faite et c’est déterminant pour l’avenir. Les perspectives budgétaires 2013-2020 vont être rapidement en discussion en Europe. C’est un point crucial. La Commission européenne à même déjà évoqué une taxe sur les flux financiers qui pourrait se substituer à la contribution des Etats membres dès 2014.
EdV : Mais une cohérence pour faire quoi ? Quand François Hollande est devenu Premier secrétaire du PS en 1997, les socialistes étaient au pouvoir dans 13 Etats de l’Union européenne. Au final cela a conduit à un traité de Nice à minima. Monsieur Hollande est dépositaire de cette gauche européenne bancale.
Stéphane Le Foll :Quand François Hollande est devenu Premier secrétaire du PS, Lionel Jospin était Premier ministre. Sa victoire avait suivi celle du travailliste Tony Blair en Angleterre et a précédé celle de Gerhard Schröder en Allemagne. Mais ils ont tous trois étaient élus sur des lignes politiques particulières et pas véritablement convergentes.
EdV : Ces fractures existent-elles encore aujourd’hui ?
Stéphane Le Foll :Non, car il y a eu un grand débat en 1999 au sein de l’Internationale socialiste sur la troisième voie prônée par Tony Blair - tout comme un Gerhard Schröder, pratiquement sur le même positionnement- et il a été battu sur cette ligne politique . Donc ce débat s’est déroulé au sein des socialistes européens et même de l’Internationale socialiste. La page du blairisme a été tournée. Ed Miliband [2] est sur une ligne avec laquelle on peut trouver des convergences. Donc on a aujourd’hui une situation chez les socialistes européens, qui peut-être favorable à un travail commun sur des objectifs européens. Je m’en souviens, encore une fois, qu’à la fin des années 1990, c’était oui ou non à la troisième voie.
EdV : On sent tout de même une certaine désillusion à gauche. Les travaillistes qui ont remportés les élections législatives en septembre au Danemark sont des réalistes...
Stéphane Le Foll :Mais je pense que dans la phase de crise dans laquelle on est, on ne peut pas s’adresser au peuple sans tenir compte de ces réalités. Bien sûr que la social-démocratie a besoin de se refonder et dans un moment de crise ce n’est pas facile. Car le projet social-démocrate c’est quoi ? La solidarité et la redistribution. Or ces capacités redistributives sont amoindries donc il faut parler vrai, être capable de dire comment avec moins de moyens on peut assurer cette solidarité. On peut appeler ça du réalisme, mais c’est ce que les citoyens attendent, ils intègrent parfaitement la question de la dette et du surendettement.


Newsletter
Euros du Village
Gli Euros
Die Euros
The Euros
Los Euros
‚Ein ambitioniertes Europa’ : François Hollandes Wahlprogramm
François Hollande and Europe
François Hollande e l’Europa
