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Présidence suédoise de l’UE : un drakkar dans la tempête

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Suite aux nombreuses critiques adressées à la présidence tchèque, la présidence suédoise, qui commence ce mercredi, ne peut être qu’accueillie favorablement. Après les fiasco de six mois tchèques (des déclarations du premier ministre sur Israël à la chute de son gouvernement) et l’ énergie de la présidence française, la présidence suédoise veut adopter résolument nouveau : humilité et optimisme. En pleine tempête mondiale (crise financière, crise en Iran, négociations climatiques), la modeste présidence suédoise devra déployer des efforts considérables de diplomatie, de rigueur méthodologique et d’ ambition politique. Ses défis se situent à trois niveaux : répondre aux crises mondiales, préparer les changements intérieurs, approfondir les stratégies existantes.


Répondre aux crises mondiales

Mener les négociations climatiques

La crise climatique est le dossier clé de la présidence suédoise. Longtemps considérée comme un des meilleurs élèves en termes d’ environnement, la Suède bénéficie d’une expertise et d’un leadership politiques reconnus par ses vingt- six partenaires. A la tête d’un gouvernement de centre- droit, le premier ministre suédois F. Reinfeldt a cherché à maintenir ce leadership sur cette question, en relançant l’ option nucléaire, inévitable, selon lui, pour atteindre les objectifs annoncés de réduction des gaz à effet de serre. Ces derniers sont, au plan national, de 40 % quand, en moyenne, les plans nationaux des autres états européens proposent 20%. Dans ce contexte, la Suède pourra -t’ elle convaincre ses partenaires européens d’être si volontaires ?

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Les négociations climatiques semblent bien parties

La Suède, emmenée par A. Carlgren, ministre de l’ environnement (au centre) entend jouer un rôle de premier plan dans les négociations de la Conférence de Copenhague sur le climat.

D’autre part, la présidence suédoise devra travailler en relation étroite avec l’ administration Obama, qui a déjà affiché un objectif environnemental ambitieux ( en 2020, 17 % de réduction des gaz à effet de serre par rapport au niveau de 2005) et qui désire replacer les Etats Unis comme leaders. Avec l’administration démocrate, il s’agira de rallier la Chine, l’ Inde et le Brésil à un accord mondial. Pour mieux lutter contre le changement climatique, F. Reinfeldt a insisté sur la nécessité d’ instruments économiques, comme une taxe carbone.

Gérer la crise financière et économique

La présidence suédoise sera également marquée par la réponse européenne à la crise financière et économique. En l’ occurrence, il s’ agira d’ arbitrer les débats entre partisans et opposants à l’ orthodoxie monétaire et budgétaire, en particulier en ce qui concerne l’ assouplissement des critères du Pacte de Stabilité et de Croissance. En restant en dehors de l’ euro et en voyant sa couronne se dévaluer, la Suède devra assumer une position difficile dans ces négociations : négociateur mais non partie prenante, le gouvernement suédois pourrait voir la légitimité de son rôle contester par les grands états européens possédant l’ euro. Le gouvernement suédois entend également prolonger les travaux européens sur les fonctionnements des marchés financiers (régulation, supervision des agences de notation) et sur la mise en place de mesures de long terme pour relancer l’ économie européenne.

Crises régionales : Afrique, Proche et Moyen Orient

Les derniers évènements de la crise en Iran (attaques contre l’ ambassade britannique) ont montré la nécessité d’une réponse européenne coordonnée. Or, l’ atmosphère de départ (prochain départ de M. Solana, de Mme Ferrero Waldner, fin de la présidence tchèque) a empêché toute réponse ferme de la part de l’ Union Européenne. La présidence suédoise devra coordonner une réponse européenne à cette crise, notamment en cas d’ enlisement. Plus que l’ Iran, c’est tout le Moyen Orient (Iran, Afghanistan, Pakistan) et le Proche Orient (Israël Palestine) qui peuvent subir, à tout moment, des résurgences de violences et de crises. Enfin, l’ Afrique, et notamment la corne de l’ Ethiopie, peuvent également faire l’objet de réponses européennes unitaires. Enfin, des crises régionales ne sont pas à exclure pendant l’ été, à l’ instar de l’année dernière quand la crise russo - géorgienne a surgi au début du mois d’ aôut 2008.

Préparer les changements

Au niveau intérieur, la présidence suédoise est également confrontée à une série d’ interrogations aux lourdes conséquences pour l’ Union : changement de cadre, changement de personnel, élargissements de l’ Union.

Cecilia Malmström, l’ âme européenne
Polyglotte, enthousiaste, Cecilia Malmström a été député européenne avant de devenir ministre des Affaires Européennes. Militante européenne (elle a fait campagne pour l’ euro), elle est l’ architecte de la présidence suédoise. Beaucou la voient déjà comme future commissaire européenne.

Trois postes clés sont susceptibles de changer au cours du deuxième semestre 2009 : - quel prochain président de la Commission ? J. M Barroso est candidat à un deuxième mandat, d’autres noms peuvent surgir plus tard, comme G. Verhofstadt, ancien premier ministre belge. Plus que la personne même, c’est la question de l’ impulsion politique qui est en jeu.

- quel Haut Représentant/ Secrétaire Général du Conseil ? Dans l’ optique d’une application du traité de Lisbonne ( qui verrait le Haut Représentant devenir Vice Président de la Commission), plusieurs noms d’anciens membres du Conseil sont évoqués : F. Gonzales ou T. Blair (qui semble le plus probable)... tout comme C. Bildt, actuel ministre des Affaires étrangères. - quel prochain chancelier allemand ? A. Merkel est également candidate à un deuxième mandat. Donnée favorite dans les sondages, elle devra néanmoins faire face à des concurrents sérieux (comme F.- W. Steinmeier, pour le SPD) et sans doute composer avec des alliés exigeants : mariage d’ amour avec les libéraux ? de raison avec les sociaux- démocrates ? ou aventure avec les verts ? Les électeurs en décideront. En tout état de cause, la couleur du prochain gouvernement allemand aura une grande influence sur les grands dossiers européens.

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Carl Bildt le sage

Carl Bildt est un ancien premier ministre et actuel ministre des Affaires Etrangères. Son expérience, son réseau et son expertise reconnue font de lui un candidat sérieux au poste de futur Vice Président de la Commission / Secrétariat du Conseil.

Au delà des prochains visages de l’ Union, se pose la question du cadre institutionnel. La réponse arrivera en octobre à Dublin : si les Irlandais votent pour le OUI, le traité de Lisbonne entrera progressivement en vigueur. S’ils refusent, le traité de Nice continuera de s’appliquer. Dès lors, il sera difficile de continuer les efforts d’ intégration européenne à moyen terme : coopérations renforcées, noyau dur ou pause dans l’intégration politique ?

L’ élargissement constitue également une question structurelle pour l’ Union et à laquelle la Suède devra se confronter. Demande d’adhésion de l’ Islande ? Ouverture de nouveaux chapitres avec la Turquie ? Accélération des négociations avec la Croatie ? L’ optimisme pro- élargissement suédois n’est pas forcément partagé partout en Europe. A n’en pas douter, l’ élargissement constituera une pierre d’ achoppement, en particulier avec Paris et Berlin sur la question turque.

Enfin, les discussions sur les prochaines perspectives financières devront être entamées lors de ce semestre. Sans nul doute, la Suède avancera ses options : une politique agricole profondément refondée, une plus grande attention aux enjeux environnementaux et de développement.

Améliorer les stratégies existantes

La présidence suédoise sera également l’occasion d’ approfondir ou de réviser certains grands dossiers européens, tel que le programme d’action en matière de justice et de sécurité intérieure, ou encore la stratégie baltique.

La stratégie européenne de l’immigration, de la coopération judiciaire et policière des cinq prochaines années est presque achevée. Si la présidence suédoise parvient à un accord sur les derniers points soumis à débat, le conseil pourra adopter ce qui est déjà prévu comme le Programme de Stockholm : un approfondissement de la stratégie en matière de coopération policière, la mise en place d’ un Office européen de l’ Asile (suite au paquet Asile récemment révisé par le Parlement et le Conseil) ou encore l’ amélioration de la coopération judiciaire. Là encore, la Suède sera dans une position difficile tant elle est considérée comme celle qui a bloqué la seule coopération renforcée envisagée jusqu’à aujourd’hui (dans le domaine de l’harmonisation du droit du divorce).

Enfin, la Suède a choisi de concentrer son attention sur la Mer Baltique et les états membres frontaliers. Les nombreux investissements scandinaves dans les pays baltes (comme les banques ou les télécoms), les enjeux de la mobilité des travailleurs (travailleurs lettons en Suède) ou les enjeux environnementaux ou énergétiques de la Baltique (réserves de poissons, préservation de la mer Baltique, relance du nucléaire) ont montré l’ interdépendance croissante entre les rives de la Baltique. Ces dernières résonnent d’autant plus aujourd’hui : la récession qui guette les pays baltiques (en particulier la Lituanie) mettent à l’ épreuve d’une part la solidarité européenne, d’autre part le respect des critères de convergence de l’ Euro.

En définitive, les chantiers de la présidence suédoise sont nombreux. En pleine tempête mondiale, en pleine incertitude intérieure, la présidence suédoise devra surtout maintenir le cap pour ne pas sombrer.


Illustration : José Manuel Barroso et le Premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt (crédit : Présidence suédoise)


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Antoine Bargas

Rédacteur en chef adjoint de la version francophone

Antoine est diplomé de Sciences Po Paris (Master Affaires Européennes) et de l’ Université Bocconi de Milan. Dans le cadre du programme Erasmus, Antoine a passé un an à étudier à l’ université d’ Uppsala, en Suède. Après plusieurs stages en France (Air (...)
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