Par ici les programmes !
UMP : Quand l’Europe veut elle peut
Parti Socialiste : Changer l’Europe
Modem : Nous l’Europe
Le nouveau centre : L’Europe notre force
Rassemblement Europe-Ecologie : Le contrat écologiste pour l’Europe
NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) : Partout en Europe, pas question de payer leur crise
Parti de gauche et PCF : Front de gauche pour changer d’Europe
MPF – CPNT -Libertas : Prenons l’Europe en main
Debout la République : Osons une Europe différente
Front National : « Leur » Europe n’est pas la nôtre, voilà l’Europe que nous voulons
Lutte Ouvrière : Face à la faillite du capitalisme, l’actualité du communisme
Parti Anti Sioniste : Efforts et ambitions du Parti Anti Sioniste pour la France
De nouveaux taux d’abstention record sont prévus pour les prochaines élections européennes. Or les questions qui intéressent le plus les citoyens européens, soit les enjeux économiques, écologiques, alimentaires, énergétiques et sécuritaires , sont au cœur des programmes !
Rapide tour d’horizon
Certes seuls deux partis se distinguent en France en présentant un programme européen : le PS avec le manifesto adopté par le Parti socialiste européen, une première dans l’histoire, et Libertas, le parti européen des listes de Philippe de Villiers (MPF) et Frédéric Nihous (CPNT). Au-delà, si de fortes analogies existent entre les 14 engagements du Modem et ceux du Parti démocrate européen (dont F. Bayrou est un des co-présidents), l’UMP veut davantage s’inscrire dans le prolongement du bilan de la Présidence française de l’UE que dans la mouvance du PPE (voir à ce propos le clip préparé par l’UMP à cette occasion). Debout la République, la liste de Nicolas Dupont-Aignant, s’isole avec un « programme gaulliste » souhaitant la suppression de la Commission européenne. Europe écologie a rejeté le programme des Verts européens pour sa modération et la Gauche européenne reste un peu en retrait face au NPA de Besancenot, à LO et au Front de Gauche (PCF et Parti de gauche), pour qui de toutes manières ce scrutin devrait être « un bras de fer (…) avec Nicolas Sarkozy ». Pour le FN, ses élections ont bien un enjeu européen : la reconstitution du groupe Identité, Tradition, Souveraineté (ITS) au Parlement européen. Cependant, tous les partis européens et français, à l’exception bien sûr des souverainistes, soulignent l’importance de l’Union pour faire face aux multiples défis que les Etats ne peuvent surmonter seuls et qui préoccupent au plus haut point le citoyen.
La crise économique et financière : priorité des priorités

- L’UMP caracole en tête des sondages. Entre points d’entente avec le PPE et spécificité française, le programme du parti gouvernemental semble convaincre les électeurs. (Photo : Michel Barnier sur Flickr.com)
La crise économique et financière est la priorité des programmes, les divergences portant sur le degré de régulation nécessaire. Le besoin d’un système européen de supervision des marchés financiers semble faire consensus. Mais si la « moralisation » du capitalisme financier prônée par l’UMP se traduit surtout par un encadrement des fonds spéculatifs et des paradis fiscaux, tous les partis situés à sa gauche veulent interdire les seconds. Si le Parti Populaire Européen (groupe au sein duquel les élus UMP siègent au Parlement européen) modifierait les mécanismes d’incitation du système de rémunération des chefs d’entreprises, le Parti Socialiste Européen (PSE), lui, fixerait des limites précises. Sur la gouvernance globale, le Modem souhaite notamment la suppression des stock-options, une taxe sur les transactions internationales et une nouvelle monnaie de réserve mondiale. Le PSE insiste sur la démocratisation des institutions financières et Europe écologie, sur de nouvelles normes comptables pour les multinationales. Seul le PDE demande une représentation unifiée de la zone euro au FMI, comme d’ailleurs au Conseil de sécurité de l’ONU.
Les clivages politiques sont tout aussi marqués sur la question de l’Union économique et monétaire (UEM). Pour le Modem et les partis de gauche, la banque centrale européenne (BCE) devrait élargir ses missions à l’action en

- Le Front national au plus bas dans les sondages. Son programme ressemble étrangement à ceux des précédentes échéances électorales. (Photo : bkbinfrankrijk sur Flickr)
faveur du plein emploi, voire, pour la Gauche européenne, se soumettre à un contrôle politique, comme c’est le cas aux Etats-Unis. Alors que le Modem et le PPE souhaitent une extension de la zone euro et le PDE, la transformation de l’Euro-groupe en entité politique (rejoignant par là-même les positions de N. Sarkozy), le FN, lui, veut revenir au franc. Si le PPE veut renforcer la coordination des politiques économiques, le Modem et le PSE désirent une gouvernance économique européenne et Europe écologie, un Conseil de sécurité économique et financière, idée chère à Jacques Delors. Le PSE et le Modem souhaitent aussi une harmonisation fiscale au niveau européen.
Avec des priorités différentes, la plupart des partis appellent à un nouveau modèle de croissance. Insistent sur la politique industrielle : l’UMP, qui souhaite utiliser le Fond d’Ajustement à la Mondialisation et un programme Interreg Industrie (instrument de la politique régionale européenne), le Modem, qui propose un grand emprunt européen de 3% du produit intérieur brut (PIB), et le FN, qui limite la coopération européenne à des projets ciblés. La croissance verte constitue un autre fil rouge : pour les socialistes européens, elle se baserait notamment sur l’efficacité énergétique et un Pacte européen pour le développement de l’emploi. Pour Europe écologie, sur la proximité des échanges et les énergies renouvelables, un renforcement de l’économie solidaire et une fiscalité intégrant le juste prix écologique.

- Malgré un semblant d’unité et une coordination à l’échelle européenne sur le programme, le PS est à la traîne derrière l’UMP dans les sondages. (Photo : flop000 sur Flickr)
Quant aux partis d’extrême gauche, leur priorité reste l’opposition à toute libéralisation. Le NPA et la gauche européenne souhaite la création d’un pôle public bancaire et la (re)nationalisation des énergies. A noter que si l’UMP et le Modem sont pour l’extension du marché unique aux domaines de l’énergie, des services et des transports, ils défendent davantage les services publics que leurs homologues européens, même s’ils ne vont pas jusqu’à défendre l’idée d’une directive-cadre sur les services publics en Europe, chère aux socialistes européens. Autre point de convergence : l’UMP, le PSE et le Modem s’accordent sur un cadre régulateur européen pour soutenir les PME (petites et moyennes entreprises).
La question de la compétitivité européenne soulève le débat sur le protectionnisme. La stratégie des partis qui y sont réticents repose sur l’acceptation de normes sociales et environnementales par les partenaires de l’UE, l’UMP, comptant sur une Europe ferme « qui protège » et défend ses intérêts, le Modem et les Verts désirant si besoin imposer la réciprocité par une taxe compensatoire sur les produits importés, tout en aidant les pays moins développés. Quant à Libertas, Debout la république et le Front National, ils souhaitent clairement des droits de douane modulables.
Europe sociale : l’exception française au rendez-vous
Peut-être plus que jamais, l’Europe sociale est particulièrement importante pour les partis français. Aucun ne la fait dépendre comme l’ELDR (autre grand parti libéral et démocrate au niveau européen) de la seule compétitivité de l’Union. Les ambitions vont bien sûr crescendo quand on se déplace sur l’échiquier politique vers la gauche : le Modem souhaite de nouveaux droits sociaux, notamment en matière de santé, le PSE, une amélioration générale des droits des salariés avec l’adoption d’une Charte européenne des stages, le Front de Gauche, un bouclier social contre les licenciements et les délocalisations, et le NPA, une augmentation de tous les salaires, retraites et minimas sociaux de 300 euros net par mois, une retraite pleine et entière à 60 ans et un temps de travail à 30 h., la gauche européenne s’arrêtant à 40h dans un premier temps. De même sur la convergence des normes sociales en Europe : le FN s’y oppose fermement, l’UMP s’en tient à un dialogue européen en la matière, le Modem souhaite une convergence vers un modèle social européen échelonnée sur 10 ans, le PSE, des salaires minimaux dans tous les Etats membres, étape vers un salaire minimum européen dont se passe l’extrême gauche.
L’environnement : tout le monde au rendez-vous sauf...
L’environnement, le leadership européen sur le changement climatique et l’énergie sont des enjeux majeurs pour tous les partis sauf les souverainistes. Au-delà d’une croissance verte, Europe écologie insiste sur la préservation de la biodiversité. Le PSE propose une directive sur le climat et un forum mondial de l’énergie et du développement, l’UMP, un « Stockholm de l’environnement » sur le modèle du Grenelle français. Les principaux désaccords portent sur le choix du mix énergétique européen

- Le Rassemblement Europe-Ecologie
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la plateforme Europe-Ecologie, créditée de prés de 12% des intentions de vote, démontre que le programme des écologistes français ne se limite pas à des propositions en matière d’environnement mais embrasse l’ensemble des sujets qui comptent dans l’électorat. (Photo : Xavier Cantat sur www.europe-ecologie.fr)
et le rôle devant être joué par l’UE. L’extrême gauche et les Verts refusent le nucléaire, le NPA les biocarburants. Visant un objectif de 100% d’énergies renouvelables, les Verts européens désirent une taxe fiscale européenne sur la consommation d’énergie, le NPA, sur les profits du secteur énergétique. Quant à la coordination des efforts : l’UMP souhaite une centrale européenne d’achat du gaz, le Modem, un commissariat européen au plan en matière environnementale et énergétique, le PSE, une politique énergétique européenne commune, les Verts, une communauté européenne des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Le NPA demande des services publics européens pour le rail et les énergies propres.
L’importance des enjeux environnementaux et de sécurité alimentaire liés à la PAC font consensus mais les priorités de l’aide divergent. Tandis que le PPE et l’UMP ont une approche générale, les autres partis se focalisent sur la rupture avec une logique productiviste au profit d’une agriculture écologique. Les Verts souhaitent notamment un objectif de 30% d’agriculture biologique en 2020, une réduction drastique des pesticides et, avec les extrêmes, l’interdiction totale des OGM. Le soutien aux exploitations à taille humaine constitue la priorité de Libertas, du Front de gauche et du FN. Le NPA encourage l’autogestion et la création d’un statut des travailleurs de la terre. Pour assurer la sécurité alimentaire, les socialistes réaffirment le principe de préférence communautaire tandis que Debout la République envisage une exception agricole à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Aucun parti français n’insiste bien sûr comme l’ELDR (libéraux) sur une réforme de la PAC dans le cadre de l’OMC.
Les programmes qui abordent l’enseignement et la recherche insistent sur le besoin de financements. Pour le groupe PPE-DE, l’innovation est en effet au cœur de la réponse européenne à la mondialisation. Le Modem souhaite en plus une aide pratique au dépôt de brevet et les Verts, une réorientation de la recherche vers la conversion écologique et sociale. Erasmus fait consens : beaucoup souhaitent l’étendre, voire le rendre obligatoire, comme le PDE et le Modem. Mais l’harmonisation des systèmes d’enseignement supérieur, elle, ne satisfait pas les écologistes et le NPA. Les Verts militent aussi pour un plan européen de lutte contre l’illettrisme et un statut social européen de l’étudiant, avec un revenu minimum et un droit au logement.
Défense et sécurité : tous au garde à vous ? pas vraiment...

- D. Ganley et P.de Villiers
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Malgré l’alliance du Mouvement pour la France de P. de Villiers avec CNPT, la plateforme Libertas n’est toujours pas assurée d’avoir le moindre siège dans le prochain Parlement européen. (Photo : ©François Lafite sur Flickr)
Les partis français se distinguent par leur soutien presque unanime à la politique européenne de sécurité commune (PESC), voire à une Europe plus forte et présente en la matière. Les clivages traditionnels se lisent néanmoins dans les priorités des programmes : politique de développement et objectifs de paix pour la gauche, politique de défense et élargissement pour la droite. Celle-ci s’oppose en effet à l’adhésion de la Turquie, tandis que le Modem l’envisage prudemment dans un cercle d’intégration différenciée. L’atlantisme réveille plus de passions chez les Français qu’au niveau européen. Seul l’UMP souhaite un développement de la PESC « autonome et complémentaire » de l’OTAN. Pour les autres, l’autonomie prime : le PS dénonce « la subordination au commandement intégré de l’Otan », les Verts souhaitent le démantèlement des bases antimissiles américaines et du système d’espionnage Echelon, le Front de gauche et le NPA, un retrait des troupes de l’Afghanistan. Le NPA demande même, comme la Gauche européenne, la suppression pure et simple de l’OTAN. Au-delà, les Verts proposent un service civil européen.

- L’alliance de circonstance entre le PC et le Parti de gauche (dans la liste « Front de Gauche ») resterait sous la barre des 7%. (Photo : looking4poetry sur Flickr)
L’immigration suscite sans surprise des positions extrêmes, le NPA désirant la fin de tout contrôle, Debout la République et le FN, le rétablissement aux frontières intérieures de l’UE. L’UMP s’engage à faire preuve de « fermeté » en renforçant l’efficacité des contrôles et en bâtissant une Europe de l’asile, Debout la République et le FN veulent restreindre la liberté de circulation des immigrés légaux et Libertas demande la suppression de la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité). Refusent une « Europe forteresse » : les Verts et l’extrême gauche, défendant la régularisation des « sans-papiers » et le droit de vote des immigrés, l’abrogation de la Directive retour et la fermeture des centres de rétention. Les Verts souhaitent aussi une agence d’accueil aux frontières, un passeport européen pour les Tsiganes et un Office européen du droit d’asile. Le PSE désire également des politiques d’immigration plus coordonnées, via, notamment, un Système européen d’accueil des réfugiés et une Charte européenne pour l’intégration des immigrés. Le Modem souhaite même leur harmonisation. Si le développement est un enjeu majeur pour tous les partis sauf le FN, le parti centriste va jusqu’à proposer un plan Marshall et un modèle de marché protégé pour l’Afrique.

- Le Modem de F. Bayrou qui affiche un programme décidément centriste (en accord avec la position occupée par l’ALDE au Parlement européen) se positionnerait en troisième position à l’issue du scrutin. (Photo : Philippe Leroyer sur Flickr)
Les programmes français en matière de justice et d’affaires intérieures ne sont guère développés au-delà de la question migratoire. Les partis de droite et le PSE souhaitent un renforcement de la coopération policière et judiciaire pour lutter contre la criminalité et le terrorisme, mais seul le PPE a des propositions concrètes sur la coordination aux niveaux européen et national. Le Modem demande la création d’un parquet européen, tandis que les Verts insistent sur la sauvegarde des libertés civiles et la Gauche européenne, sur l’abolition de la liste des organisations terroristes.
La lutte contre les discriminations est au cœur des programmes qui abordent la défense des droits et des valeurs de l’Union : promotion de l’égalité des sexes, via une Charte Européenne des Droits de la femme pour les socialistes européens ou une clause de l’européenne la plus favorisée pour les Verts, respect des droits fondamentaux des immigrés et lutte contre « l’homo-lesbo-trans-bi-intersexo-phobie » pour le NPA. Pour la lutte contre l’exclusion sociale et la précarité, les Verts proposent un Pacte européen et l’UMP, une nouvelle commission permanente au sein du Parlement européen. Seul le Front de gauche veut réécrire la Chartre européenne des droits fondamentaux, dans un esprit « radicalement différent ».
Institutions : le bal des propositions
L’Europe institutionnelle et des citoyens mobilisent aussi inégalement. Les Verts européens proposent le droit d’initiative législative pour le Parlement et le Modem, son établissement définitif à Strasbourg. Le PSE souhaite un rôle accru des régions et des collectivités locales, comme les libéraux, qui plaide également pour l’élection directe du président de la Commission par les citoyens. A contrario, la Gauche européenne s’oppose toujours au Traité de Lisbonne et le FN exige des référendums dans tous les pays pour tout nouveau traité et adhésion. Le Modem se distingue par sa focalisation sur l’Europe des citoyens en proposant notamment un débat public avant chaque Conseil européen et une plus grande européanisation des médias.

- Le programme du NPA d’O. Besancenot ne surprend pas vraiment. Le sigle du nouveau parti politique parle de lui-même. (Photo : looking4poetry sur Flickr)
La culture est également peu traitée. L’UMP propose un « Espace commun européen de la culture », et revient sur une protection renforcée du droit de propriété intellectuelle dans l’environnement numérique, défendant par là-même sa récente loi Hadopi. Les Verts proposent eux de rompre avec une approche sectorielle et centralisée de la culture et de renforcer l’autonomie et les droits des artistes et des médias.
En définitive, la majorité des programmes répondent davantage aux préoccupations des citoyens en cherchant à développer l’Union dans les domaines où elle est la plus attendue : sur les questions liées à la régulation des marchés, l’Europe sociale, la promotion d’un modèle de croissance plus écologique, l’immigration et la politique étrangère. L’enjeu de ses élections doit également être considéré à l’aune du Traité de Lisbonne. Le Parlement européen devrait voir ses pouvoirs augmenter et être amené à nommer le Président de la Commission. Ces élections n’ont donc peut-être jamais été aussi importantes pour l’orientation de l’Union européenne.
Enfin décidé ? Vous n’avez plus qu’à aller voter le 7 juin prochain.


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