P. Roca (PR) pour les Euros : Le plan de secours adopté le weekend dernier est-il convaincant ? Va-t-il selon vous calmer les marchés et créer les conditions de la relance ?
Nicolas Véron : éléments biographiques
Nicolas véron est senior fellow (chercheur) et directeur du développement du « think tank » Bruegel. Diplômé de l’Ecole des Mines et de Polytechnique, Nicolas Véron a notamment travaillé au sein du cabinet de Martine Aubry lorsque cette dernière était Ministre du travail et dans diverses grandes entreprises. Il est un des co-fondateurs de Bruegel. Ses travaux portent principalement sur les marchés de capitaux, les services financiers, et les transformations du capitalisme international.
Nicolas Véron (NV) : Le plan permet d’éviter un défaut à court terme mais n’a pas convaincu les marchés qu’il serait également évité à moyen-long terme, d’où leur prudence persistante en dépit des annonces de lundi matin.
PR : Quelles seraient les conséquences d’une faillite de la Grèce ? Un tel scenario est-il encore possible ?
NV : Oui un tel scénario est possible, et les conséquences dépendent évidemment des détails du scénario. Mais il ne fait guère de doute que ce scénario créerait des turbulences difficiles à maîtriser dans le système financier européen, à cause à la fois de la fragilité de certaines banques et du risque de contagion à d’autres pays d’Europe du Sud comme l’Espagne et le Portugal. C’est pour cela que les responsables publics européens souhaitent éviter le défaut à tout prix, en tout cas pour le court terme et je crois qu’ils ont raison.
PR : Angela Merkel est désignée comme responsable du retard des Européens à se mettre d’accord. Quelle est sa part de responsabilité ?
NV : Il ne fait aucun doute que les conditions politiques en Allemagne n’ont pas rendu la tâche aisée pour Mme Merkel. Mais je crois que la responsabilité la plus forte revient aux institutions de l’UE, qui ne fournissent pas un cadre adéquat pour la réaction à une crise de ce type. Nous manquons de capacité de décision exécutive au niveau de l’UE. Il est désormais établi que la Commission n’est pas en mesure de jouer ce rôle exécutif, et aucun Etat membre – même le plus grand d’entre eux – ne peut s’y substituer. Le déficit exécutif de l’UE est au cœur de cette crise.
PR : Va-t- on tout de même assister à la fin de l’Euro ??
NV : Je ne le crois pas, car il me semble que la disparition de l’euro serait tellement désastreuse que pour l’éviter les Etats membres demeurent prêts à engager des actions très significatives, comme ils l’ont fait ce week-end. Cela étant, la crise est extrêmement sérieuse, et une attitude de complaisance sur la solidité de l’euro n’est pas de mise.
PR : Les agences de notation sont pointées du doigt par certains spécialistes alors que d’autres les défendent et crient à l’injustice. Quelle est leur responsabilité ?
NV : Je ne tiens pas à défendre les agences de notation, dont les turpitudes dans l’épisode des produits structurés subprime sont désormais connues de tous. Cela dit, il me semble que leur rôle dans la crise est exagéré par certains commentateurs, qui cherchent à tout prix à trouver un coupable autre que les pays qui ont laissé dériver leurs finances publiques. Les agences de notation, et leur réforme éventuelle, ne sont ni le problème ni la solution dans la crise actuelle.
PR : Michel Barnier s’est prononcé pour une « agence de notation européenne ». Est-ce une solution au problème ?
NV : Certainement pas une solution, mais ce n’est pas nécessairement pour autant une mauvaise idée. Si cette nouvelle agence permet de desserrer un peu l’oligopole actuel, sa contribution sera positive. Encore faut-il qu’elle ne bénéficie pas d’un traitement de faveur de la part des autorités publiques, et qu’elle établisse sa crédibilité vis-à-vis des marchés.
PR : L’économie européenne est-elle condamnée à être à la traîne des Etats-Unis et de la Chine ? Quels outils manquent-ils aux Européens pour y faire face ?
NV : Les Européens sont en effet à la traîne en termes de croissance, en grande partie du fait de leur incapacité à libérer le dynamisme dans leurs économies et à prendre les décisions qui s’imposent face à la crise. L’UE aurait dû restructurer son système bancaire l’an dernier, lorsque les conditions de marché le permettaient, comme l’ont fait les Etats-Unis avec les « stress tests » il y a un an exactement. Elle ne l’a pas fait. Les Européens paient aujourd’hui un prix très élevé pour cette inaction.


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