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Pourquoi les auditions au Parlement européen ont dérapé

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Comment les auditions ont réussi à être à la fois mortellement ennuyeuses et passionnément excitantes. Ou comment le Parlement européen met de la politique dans tout ce qu’il touche...


L’audition de Jeleva a été l’étincelle. Tous les observateurs européens en conviendront : la candidate bulgare n’était ni brillante ni totalement incompétente. Certes, elle a été incapable de s’expliquer clairement sur des soupçons de malversation ou de négligence dans la mention d’activités passées (notamment dans une ancienne société, Global Consult) ; certes elle n’a pas impressionné les députés européens par sa connaissance des dossiers... mais d’autres candidats présentant une connaissance toute aussi ténue de leur futur portefeuille et parlant une même langue de bois n’ont pas été soumis à interrogatoire si violent.

Au delà des questions personnelles, l’« affaire Jeleva » est riche d’enseignements. Elle révèle également la convergence de quatre phénomènes croissants : une vie médiatique plus intense, un Parlement plus puissant et plus politique et une Commission de plus en plus coincée entre Conseil et Parlement.

La vie politique européenne au centre des projecteurs

Auparavant, le Parlement européen ne faisait pas l’objet d’une attention médiatique forte. Il lui fallait faire des coups d’éclats pour être remarqué : le rejet inattendu d’une directive ou du budget, l’exubérance de tel ou tel eurodéputé europhobe, la publication de ses dépenses de fonctionnement. Mais depuis dix ans, quelques moments politiques majeurs marquent la vie d’une mandature. Le vote d’investiture du collège des commissaires est de ceux-là. Filmées et largement relayées dans les médias, les auditions représentent le moment de gloire des eurodéputés : Qui posera en premier la question piège au commissaire désigné ? Quel commissaire craquera ou sera exclu ? On fouille dans les biographies des commissaires, on teste leurs connaissances sur les sujets les plus pointus. Pétards mouillés ou véritables scandales, le Parlement européen, pour la première fois, bruisse de rumeurs. Cette année, le passé communiste ou antinucléaire de certains candidats socialistes a été brandi comme un épouvantail, alimentant l’impression d’une « chasse aux sorcières ».

Stefan Fuele : le poids du passé
Candidat désigné tchèque, Stefan Fuele a dû faire face à des allégations sur son passé supposé de collaborateur du régime soviétique en Tchécoslovaquie. Une polémique qui n’a pas fait long feu..

Le Parlement s’affirme

Le Parlement européen s’empare de chaque opportunité politique pour asseoir son autorité et son pouvoir sur la Commission et indirectement sur le Conseil. En condamnant la candidate commissaire bulgare, c’est le choix d’un Etat membre qu’il a visé. Si ce mouvement d’indépendance croissante du Parlement est connu de tout un chacun, plus personne ne peut plus parler aujourd’hui d’une simple « crise d’adolescence » propre à une institution longtemps en mal de reconnaissance. Désormais, le Parlement peut faire tomber des candidats commissaires. Il peut faire mal. Et très mal.

Rumania Jeleva, l’incompétence
Rumania Jelevia n’a pas convaincu les eurodéputés. Sous la pression, elle a dû retirer sa candidature..

Le Parlement, entre politique et polémiques

Grande contradiction : les auditions au Parlement européen ont été mises en place pour juger les commissaires sur leur intégrité, sur leur compétence et non plus seulement sur leur nationalité ou sur leur étiquette politique. Or, c’est justement à cause de leur étiquette politique que les prestations de certains commissaires sont aujourd’hui au coeur de la polémique.

En effet, le Parlement européen attend de plus en plus de politique de la part des commissaires. Même à des postes pouvant être considérés comme techniques (affaires économiques et monétaires, concurrence, budget, taxe et union douanière), les candidats commissaires ont été interrogés sur leur vision politique... car à la Commission, ce sont souvent les postes les plus techniques qui sont les plus politiques : le choix d’une convergence plus ou moins stricte des politiques macro-économiques, la défense du budget de telle politique, le choix d’instruments plus ou moins contraignants pour atteindre des objectifs économiques, sociaux ou écologiques, l’autorisation (ou non) d’aides d’Etat ou de concentrations d’empires industriels. La justification de l’action de la Commission par les seuls termes du traité n’est plus suffisante. Désormais, le commissaire est un « homme politique », comme l’a affirmé Michel Barnier lors de son audition au Parlement : il est jugé sur ses choix politiques, sur ses actions.

Or, si le Parlement attend de plus en plus de politique de la part des commissaires, il est lui même peu enclin à entrer dans le combat politique. Les députés européens sont habitués à passer des compromis sur des amendements entre groupes parlementaires. Les présidences de commissions et de délégations parlementaires se négocient également entre groupes. Le Parlement européen est une machine lourde et complexe qui se base sur le compromis permanent. Or, le système des auditions des commissaires, en introduisant de la politisation, brise violemment le fonctionnement habituel : la logique des compromis entre groupes se fracasse sur la défense par chaque groupe de « ses » commissaires (conservateurs, libéraux ou socialistes). Résultat : les chefs de groupe, hier fins négociateurs et collègues respecteux, se regardent aujourd’hui avec méfiance et se lancent des attaques frontales. Chaque candidat commissaire de l’« autre camp » est par principe suspecté et attaqué avec violence. C’est là un paradoxe : le Parlement fait le douloureux apprentissage d’une politisation qu’il a longtemps prônée avec force. Comment concilier politisation croissante et dignité du parlementarisme ? Les attaques les plus sordides envers certains candidats commissaires ont montré que le Parlement cherche encore sa voie...

La Commission impuissante

Quant à la Commission, elle se retrouve de plus en plus coincée entre un Conseil omnipotent et dominé par les grands États (Allemagne, France, Royaume-Uni) d’une part et un Parlement de plus en plus exigeant d’autre part. L’actualité l’a montré : en dépit des mérites personnels du président de la Commission, qui a réussi à diviser équitablement les portefeuilles et à ne pas faire trop de jaloux, force est de reconnaître que le choix des candidats lui a complètement échappé. Sa vice présidente, Catherine Ashton, lui a été imposée par le Conseil (et surtout le Royaume-Uni) et l’ensemble des candidats commissaires a été proposé par les États membres. C’est en spectateur qu’il a assisté, quasi impuissant, au « flingage » de Roumania Jeleva. Ce système de choix des commissaires, où les États membres proposent et le Parlement confirme (ou s’oppose), n’est plus viable. Si on veut une Commission plus indépendante et plus responsable devant le Parlement, il faut lui donner plus de marge de manœuvre. Le Président de la Commission pourrait par exemple choisir ses commissaires dans une très large liste de noms proposés par les États membres.

Les auditions ont laissé l’ensemble des institutions K.O. : avec le retrait d’une candidate commissaire, la Commission s’est affaiblie ; le Conseil (la Bulgarie en premier lieu) a dû reculer ; le Parlement s’est enfoncé dans des polémiques vaines et inutiles. Les vives attaques entre les grands groupes parlementaires auront-elles cicatrisées d’ici l’élection du prochain président du Parlement ? Le Parlement européen aura-t’il trouvé un équilibre entre politisation croissante et respect de l’esprit de consensus ? Autant de questions qui trouveront leurs réponses dans les prochaines années...

(Photos : Parlement européen/ Commission Européenne)


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JGGIRAUD
25 janvier 2010
14:04
Président UEF FRANCE
Pourquoi les auditions au Parlement européen ont dérapé

Selon le règlement interne du Pe - et selon la simple logique - les candidats auraient dû être en priorité questionnés sur leur « engagement européen » cad leur vision de l’avenir de l’UE et de la poursuite de l’ntégration politique telle que fixée par les traités . Tel n’a pas été le cas : cette lacune est grave car elle témoigne de la légèreté de la culture/conscience politiques européennes de la majorité des nouveaux députés . JGGIRAUD

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Claudia
23 février 2010
11:50
Pourquoi les auditions au Parlement européen ont dérapé

Je suis tout à fait d’accord avec vous. S’il est le juste moment pour donner au Parlement et à la Commission un véritable adresse politique, il faut qu’ils s’orientent vers un niveau politique européen, et non encore lié aux traditions nationales..Malgrés ses mots un peu forts, Cohn-Bendit a soulévé une question vraie qu’il faut absolument changer.

adobi
25 janvier 2010
17:28
Pourquoi les auditions au Parlement européen ont dérapé

Merci pour cet article synthétique et qui pose des questions très pertinentes ! Au-delà du rôle pris très à coeur par les MEPs qui semblent se délecter de ces auditions et de ces véritables ’lychages publics’ (par moments j’entends), il est vrai que le sujet de la politisation croissante de la Commission est au coeur des débats. On demande aux commissaires de se positioner sur l’échiquier politique, de présenter leur vision/programme mais au départ ce n’est absolument pas le rôle de la Commission, supposée être ’apolitique’ et gardienne de l’intérêt européen. Même si je ne suis pas contre cette politisation (qui a plusieurs mérites : elle suscite un peu plus l’intérêt des citoyens par ex), il semble néanmoins que la Commission (et notamment son président dans certaines situations, comme c’est souligné dans l’article) souffre de ce phénomène. Quid de l’esprit des pères fondateurs ?! Condidats désigné par les Etats, approuvés par le PE puis vote d’approbation du PE sur la Commission dans son ensemble, possibilité d’être censurée par les MEPs... Et la Commission, quelle est son « contre-pouvoir » face au PE ? Même son monopole d’initiative est attaqué...Elle parait mal embarquée !!!

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Citizen Brain
27 janvier 2010
21:05
http://www.citizenbrain.e u
Pourquoi les auditions au Parlement européen ont dérapé

L’ancien Premier Ministre belge, Jean-Luc Dehaene, a estimé récemment que le Parlement européen « singeait » le Sénat américain en laissant croire - à tort - qu’il disposait de pouvoirs similaires.

Analyse de cette prise de position et comparaison des procédures d’audition devant le Parlement européen et devant le Sénat américain : http://www.citizenbrain.eu/2010/01/...

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Rédacteur en chef adjoint de la version francophone

Antoine est diplomé de Sciences Po Paris (Master Affaires Européennes) et de l’ Université Bocconi de Milan. Dans le cadre du programme Erasmus, Antoine a passé un an à étudier à l’ université d’ Uppsala, en Suède. Après plusieurs stages en France (Air (...)
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Inspiré des méthodes de fact checking américaines, le site décortiquera jusqu’au second tour les interventions des candidats et la place réservée aux questions européennes dans les médias avec un double objectif : démêler le vrai du faux et mesurer la place de l’Europe dans le débat.

L’opération, indépendante, est financée intégralement par la Fondation Hippocrène.

Vigie 2012 : le fact-checking européen de la présidentielle

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