Le Parti Socialiste français s’apprête à dévoiler, mercredi 5 avril, son « projet » pour la campagne présidentielle de l’an prochain, dont les grandes lignes ont bien entendu déjà fuité dans la presse. Intitulé sobrement « le changement » (toute ressemblance est probablement fortuite), il devrait s’articuler autour d’un certain nombre de propositions « concrètes », une centaine au total (toute ressemblance est probablement fortuite), dont entre 20 et 30 mesures phares. Retour des emplois jeunes (renommés « emplois d’avenir ») et allocation autonomie, réforme fiscale et sortie du « tout nucléaire », encadrement des loyers, plafonnement des salaires des hauts dirigeants, création d’une banque publique d’investissement ou encore légalisation du mariage et de l’adoption homosexuels… le projet semble en effet contenir plusieurs idées fortes, largement marquées à gauche.
Et l’Europe dans tout ça ? Car s’il s’agit certes d’une élection nationale, on peut difficilement en faire l’économie à l’heure actuelle, d’autant plus lorsque le but premier du projet est d’améliorer la situation économique du pays. A ce que l’on sait jusqu’à présent, elle est présente sous trois angles principaux : l’idée d’un grand emprunt européen pour financer la recherche et les infrastructures ; l’augmentation des tarifs douaniers pour les produits dont la production ne respecte pas certains critères sociaux ou environnementaux ; et l’ambition, censée sous-tendre l’ensemble du projet, de maîtriser le budget de l’Etat afin de ramener le déficit public dans le cadre des critères du pacte de stabilité (3% du PIB) dès 2013. Une priorité assez remarquable pour un parti si critique de ce pacte il y a peu de temps encore, et qui prouve bien que la crise de la dette européenne a eu son effet sur les mentalités.
Les socialistes français ont donc un projet commun pour la France, un peu pour l’Europe. Reste à savoir s’il sera appliqué, ce qui ne dépend pas uniquement des promesses qu’un éventuel président socialiste remplirait ou ne remplirait pas. Bien plus directement, il s’agit de la place qu’occupera ce « projet » dans le « programme » du candidat que le PS désignera en octobre. Car même si les socialistes ont un peu tendance à l’oublier, l’élection présidentielle est d’abord l’histoire non d’un parti mais d’une personne, qui concentre sur elle la légitimité du suffrage universel. Connaissant les différences réelles entre les candidats probables aux primaires (même si elles ne sont pas gigantesques entre un Strauss-Kahn, une Aubry et un Hollande, elles existent), on ne peut s’interdire de penser que l’affirmation de Martine Aubry selon laquelle le futur candidat « devra appliquer le programme » n’est pas entièrement crédible. Afin de savoir ce que sera réellement la politique d’un éventuel chef de l’Etat socialiste à partir de 2012 pour la France et l’Europe, mieux vaut donc sûrement attendre la campagne des primaires, qui aura lieu cet automne.


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