Le chômage des jeunes en Grèce
Selon les chiffres de septembre de l’Institut du travail (INE) de la confédération des travailleurs grecs (GSEE), la tranche des 15-24 ans est la plus touchée par le chômage avec un taux de 24,3%, soit un des plus élevés de l’UE. Autre chiffre plus surprenant encore – surtout lorsque l’on sait que les prix des produits sur le marché sont quasiment aussi élevés que dans les pays de l’Ouest de l’UE – 40% des travailleurs grecs gagnent moins de 1100 euros par mois. La Grèce remporte aussi le palmarès du nombre le plus élevé de travailleurs pauvres : 14%.
Des tensions toujours très vives
Suite à la mort d’Alexis Griporoulos, décédé sous les tirs d’un policier dans le quartier d’Exarchia à Athènes, les points de tensions se sont partout multipliés dans le reste du pays. Grèves générales, écoles, collèges, lycées, universités occupés, heurts plus violents opposants jeunes et forces de l’ordre, destructions de banques et de magasins, le mécontement des jeunes grecs s’est manifesté sous toutes ses formes au cours des semaines passées. La trêve des confiseurs, attendue comme le sacro-saint par le gouvernement, a marquée certes un ralentissement du mouvement, mais la rentrée s’est soldée par une poursuite du mouvement. On ne doute donc pas un instant que les causes réelles de cette crise soient bien plus profondes.
Le malaise social à la grecque
Quand bien même la presse a souligné à plusieurs reprises, la part active des manifestants d’extrême gauche ou de mouvance anarchiste au sein de cette crise, on observe cependant une participation générale des jeunes grecs à ce mouvement. Des collégiens aux lycéens, des étudiants aux jeunes travailleurs, tous appartiennent à cette génération “600” ou “700” euros, telle qu’on la nomme, et se retrouvent autour de revendications communes.
La Grèce, qui est entrée dans la Communauté européenne en 1981, est passée en moins de trente ans de l’état d’un pays en voie de développement à celui de leader économique des Balkans. Elle a en grande partie bénéficié des politiques structurelles de l’Union européenne, qui ont principalement profité à son développement économique mais contrairement à d’autres pays de l’UE, elle n’a pas fait le choix d’investir dans les nouvelles technologies ou les services – exceptés ceux appartenant déjà à son économie traditionnelle à savoir le tourisme et la marine marchande. Par ailleurs, suite à son entrée dans la zone euro en 2001, la Grèce a dû prouver qu’elle était à même de se conformer aux critères du pacte de stabilité requis par la Banque centrale européenne. Surveillé de près par la Commission européenne au lendemain des Jeux olympiques de 2004, le gouvernement conservateur au pouvoir a dû consentir à d’importantes coupes budgétaires, afin de ne pas dépasser les 3% de déficit autorisé. Les politiques sociales ont ainsi été les premières à être touchées par ces restrictions. On comprend mieux ainsi pourquoi le budget alloué à l’éducation se limite aujourd’hui à 3,5% seulement (comparée à la France où l’on y consacre près de 23% du budget national) - un budget ridicule quand on sait que les tensions avec la Turquie ont justifié des dépenses militaires avoisinant les 7% durant de nombreuses années.

- Une politisation du mouvement ?
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Le gouvernement a parfois tenté d’écraser le mouvement en dénonçant sa « récupération » par les partis de gauche et d’extrême gauche. On ne peut cependant nier que le ras-le-bol est général et amplement partagé, quelques soient les opinions politiques des jeunes manifestants. (Photo : flickr, endiaferon)
Le poids de ces mesures pèse donc lourd sur les familles qui continuent de débourser près de 500 euros par mois pour envoyer leurs enfants en cours du soir dès le collège, afin de donner toutes les chances à leurs enfants de pouvoir intégrer l’université - sur concours jusqu’à présent. Et une fois, les diplômes obtenus, le marché du travail ne se présente pas sous les meilleurs auspices. Le nombre de diplômés a explosé en un laps de temps très court et le marché du travail ne s’y est pas adapté. Ainsi, sur 80 000 étudiants qui sortent chaque année des universités grecques, moins de la moitié réussissent à trouver un emploi. Et pour ceux qui y parviennent, les premiers salaires sont excessivement bas puisqu’ils dépassent rarement la barre des 900 euros. C’est trop peu pour s’assumer seul dans un pays où le coût de la vie est aussi élevé que dans les pays de l’Ouest de l’Europe. Les jeunes se retrouvent donc contraints de rester au domicile de leurs parents jusqu’à des âges très avancés et ceux qui souhaitent s’émanciper cumulent, la plupart du temps, plusieurs jobs afin de pouvoir gérer les fins de mois. Les perspectives d’avenir de la jeunesse grecque sont donc extrêmement limitées.
Le grand désaveu de la politique de Karamanlis
S’il ne fait nul doute que les causes sociales participent activement au mouvement actuel, le contexte politique grec y contribue largement. Les incendies de l’été 2007 avaient déjà grandement entamé la crédibilité des membres du gouvernement des Nouveaux Démocrates. Il leur avait été reproché à l’époque une réelle ingérence lors des grands incendies qui avaient ravagés plus de 2700 km2 de forêts, d’oliveraies et de terres agricoles et faits 84 morts. Or, le parti avait malgré tout était de nouveau réélu en septembre 2007 à une faible majorité. Toutefois, plus récemment encore, un scandale a fait frémir le gouvernement de Kostantinos Karamanlis, obligeant le Premier ministre à se débarrasser de deux membres de son équipe impliqués dans des affaires d’échanges immobiliers entre l’État grec et le monastère de Vatopédi du Mont Athos.

- Un premier ministre désavoué
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La crédibilité du gouvernement semble aujourd’hui tellement entamée que Kostas Karamanlis, le premier ministre, envisage d’importants remaniements ministériels à la rentrée pour sortir de la crise. (Photo : flickr, vas vas)
Dans ce contexte, la bavure policière et les émeutes de décembre ont fragilisé un peu plus le gouvernement. Ainsi, le principal parti d’opposition à gauche, le Pasok, mais aussi la presse et bon nombre de citoyens accusent le gouvernement de s’être laissé dépasser par les événements. On en tient pour preuve la lenteur avec laquelle il a tenté de répliquer aux émeutiers ou encore le fait que ce dernier ait été obligé de recourir rapidement aux stocks allemands et israéliens de gaz lacrymogènes afin de répliquer. Pire encore est sûrement l’attitude du gouvernement qui fait appel au « bon sens démocratique » pour arrêter les émeutes - au mépris des revendications des jeunes - promettant avant tout aux commerçants d’être indemnisés.
Vers un essoufflement du mouvement ?
Il est difficile d’imaginer quelles seront les suites à long terme de cette crise. Le Pasok a déjà réclamé à plusieurs reprises la démission du gouvernement et la mise en place d’élections anticipées. Georges Papandréou, chef du Pasok, proclamait ainsi récemment que le gouvernement de Karamanlis s’en remette « au verdict populaire ». Et bien que les Nouveaux Démocrates s’énervent face à de telle déclaration, rappelons que la majorité gouvernementale ne tient qu’à une seule voix. A la rentrée Karamanlis a choisi de procéder à des remaniements ministériels le 7 janvier dernier. A l’éducation, on a nommé Aris Spiliotopoulos. Il aura en charge notamment de renouer le dialogue avec les jeunes et d’amorcer des réformes concrètes du système universitaire. Le projet porte notamment sur la fin des concours d’accès aux universités. On peut néanmoins se demander si la réforme sera suffisante dans un système où les diplômes sont s’y peu reconnus et n’offrent que de maigres rémunérations. Kostas Karamanlis a par ailleurs aussi changé ses ministres de l’économie et de culture. Devant ces changements, la tension n’est pas complètement retombée puisque des manifestations et des échauffourées ont encore lieu vendredi dernier, le 9 janvier.
Plus généralement, il faut rappeler que la Grèce est un pays de tradition protestataire - on y dénombre un nombre élevé de jours de grève chaque année par rapport aux autres pays européens - et que la jeunesse actuelle se place dans l’héritage de leurs aînés qui, en 1974, avaient restauré la démocratie après sept années de dictature. Tous semblent attendre une solution gouvernementale pour restaurer la confiance et le soutien démocratique mais on ne doit pas oublier que cette crise est autrement plus grave. Elle est le symptôme d’un pays qui a vécu « ses trente glorieuses » en dix ans et semble n’avoir pas digéré cette transition. Elle témoigne plus largement de l’absence d’un modèle social européen capable de soutenir les assauts de la crise économique et financière dont a n’a pas fini de parler.
Photo : flickr, loungerie


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