Les priorités de la présidence tchèque : Une Europe sans barrières

- Une Europe sans barrières
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Le logo de la présidence tchèque réalisé par le graphiste Tomáš Pakosta, originaire de Litomyšl, représente une une mosaïque des abréviations des noms des Etats européens pour refléter le slogan des six mois de la présidence tchèque « Une Europe sans barrières », de même que celui de l’Union européenne « Unie dans la diversité ». Un autre logo reprend la carte de l’Union européenne avec ces mêmes abréviations. (Photo : EU2009.CZ)
La devise choisie par la présidence est « Une Europe sans barrières ». Le programme est résumé dans les trois « E » d’Economie, Energie et Europe et le monde. Ces points reflètent clairement les priorités du pays depuis son adhésion à l’UE.
Par rapport au premier point, l’économie, la République tchèque se propose de faire face à la crise financière et économique. Toutefois, les solutions qu’elle propose se fondent sur son attachement au libre marché. Le gouvernement tchèque a été parmi les plus critiques envers la nouvelle vague d’intervention étatique dans l’économie que beaucoup de pays ont individuellement adoptée en réaction à la crise. Le gouvernement tchèque promet notamment une réforme dans un sens libéral du budget et des politiques de l’UE, et en particulier de la Politique Agricole Commune, que le Premier Ministre Topolanek a décrite comme n’ayant « aucun sens ».
Sur le plan de l’Energie, la République Tchèque soutient fortement la création d’une politique énergétique commune afin de garantir la sécurité des approvisionnements. Un dossier sur lequel des avancées importantes ont déjà eu lieu, mais sur lequel plusieurs grands pays souhaitent maintenir une marge d’autonomie, ce qui se reflète notamment dans leurs différentes approches de la Russie de Medvedev et Poutine.
Le dossier énergétique est fortement lié au troisième point du programme tchèque, les relations extérieures.L’objectif principal est de faire de l’Europe un acteur important dans les relations internationales, et bénéficiant d’une alliance étroite avec les Etats-Unis. La République Tchèque a en effet d’excellentes relations avec Washington : le gouvernement tchèque soutient l’installation d’un radar sur son territoire dans le cadre du projet de bouclier anti-missiles des USA, et elle a été très critique envers « l’agression russe en Géorgie ». Cette attitude du gouvernement à l’égard la Russie n’est cependant pas partagée par le Président Klaus, qui est un admirateur de Vladimir Poutine. Au-delà du renforcement de l’alliance avec les Etats-Unis, la priorité de la présidence tchèque dans le domaine des relations extérieures est clairement le voisinage oriental de l’UE. Une ouverture économique et politique vers les pays de l’Est (Ukraine, Biélorussie), l’élargissement à la Croatie et une avancée dans le processus d’adhésion des autres pays des Balkans Occidentaux figurent au programme. Un des événements les plus importants du semestre sera ainsi le sommet du Partenariat Oriental qui aura lieu à Prague en avril 2009 avec la participation des 27 Etats membres, de l’Ukraine, de la Moldavie, de la Biélorussie, de l’Azerbaïdjan, de la Géorgie et de l’Arménie. La présidence tchèque a l’intention de pousser pour un partenariat privilégié avec ces pays, une volonté qui semble contrebalancer l’Union pour la Méditerranée, l’initiative symbole de la récente présidence française dans le domaine des relations extérieures. C’est pourquoi, afin d’éviter que l’Union pour la Méditerranée ne soit délaissée pendant la présidence tchèque, la France souhaiterait continuer à exercer un rôle privilégié dans les relations avec les pays de la Méditerranée.
Il faut rappeler que le programme de la présidence tchèque s’inscrit dans le cadre de la nouvelle pratique de la présidence du Conseil de l’Union européenne, souvent appelée « troïka » : un programme d’un an et demi, c’est-à-dire couvrant trois présidences, est ainsi défini afin de garantir la cohérence de l’action de l’Union au-delà des présidences tournantes. En effet, si la question de la cohérence et de l’efficacité du système de rotation des présidences a toujours existé dans l’Union, celle-ci s’est encore accrue après l’élargissement. La troïka actuelle a débuté avec la présidence française, et se poursuivra donc avec les présidences tchèque et suédoise. Son programme a été présenté au Parlement Européen le 2 septembre 2008 par les représentants des trois Etats. Parmi les priorités principales de ce programme à moyen terme figure la mise en oeuvre de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Toutefois, les circonstances politiques qui prévalent actuellement en République tchèque et dans l’UE en général font douter que le gouvernement tchèque puisse mener une action efficace dans ce sens.
Les facteurs de risque : La faiblesse du gouvernement et l’euroscepticisme du Président de la République

- Le premier ministre tchèque Mirek Topolanek et le Président de la Commission, Jose Manuel Baroso
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Le gouvernement du premier ministre de la République tchèque Mirek Topolanek, europhile, est soupçonné de fragilité. (Photo : Europa)
Le semestre de présidence intervient à un moment politique très délicat pour le pays. Le gouvernement de M. Topolanek, en fonction depuis 2007, a le soutien d’une coalition formée par le parti Civique Démocrate (ODS) dont fait partie le Premier Ministre, les chrétiens- démocrates (KDU-CSL) et les Verts. Or, cette coalition n’a pas de majorité au sénat et l’existence du gouvernement est dépendante des votes d’une douzaine de parlementaires indépendants. En octobre, il a survécu à son quatrième vote de confiance. Sur les 200 sénateurs, 97 ont voté en faveur du gouvernement, 96 contre, et c’est donc uniquement l’abstention de quelques membres du Sénat qui permit de ne pas atteindre les 101 voix nécessaires pour congédier le gouvernement. Or, un gouvernement en difficultés et même menacé alors qu’il exerce le semestre de présidence de l’UE peut constituer un facteur de fragilité et d’incertitude pour l’UE. M. Topolanek, dans un entretien à Euronews le 19 décembre, a assuré que son gouvernement n’était pas en train de se battre pour survivre, à l’inverse de ce qu’affirmaient certains journaux tchèques, car les principales forces politiques du pays se seraient accordées sur une « trêve » durant la présidence de l’UE. Mais est-ce suffisant pour garantir l’efficacité d’un gouvernement qui, malgré la " trêve européenne », se sait en sursis ?
Ces incertitudes qui entourent la future présidence tchèque, à un moment délicat du fait d’une crise économique nécessitant réactivité et prise de décisions rapides, furent à l’origine d’une initiative officieuse inattendue de la part de Nicolas Sarkozy : prolonger la présidence française au premier semestre 2009, si ce n’est pour l’UE dans son ensemble au moins au niveau de la zone euro (dont la République Tchèque ne fait pas partie). Une telle proposition constituait bien entendu un affront inacceptable pour les Tchèques, et fut retirée avant même d’être formulée officiellement. Il semblerait cependant que la France n’exclue toujours pas de chercher à réunir séparément les pays de la zone euro (auxquels se joindrait le Royaume Uni) en cas de nécessité, ce qui constituerait sans conteste un coup porté à la crédibilité de la présidence. La France laisse également clairement apparaître sa volonté de continuer à exercer un rôle prééminent dans certains dossiers de politique étrangère, comme la médiation européenne en Géorgie, le conflit de Gaza ou encore le processus de constitution de l’Union pour la Méditerranée.
Les préoccupations des partenaires européens vis-à-vis de la présidence tchèque sont également liées l’euroscepticisme présumé de ses dirigeants. La cause principale de cette mauvaise réputation est l’actuel Président de la République Vaclav Klaus. Fondateur de l’ODS, ancien Premier Ministre et grand adversaire politique de Vaclav Havel, l’ultra-libéral Klaus n’a jamais fait mystère de son opposition à l’Union européenne. A l’occasion d’un dîner en l’honneur des ambassadeurs de l’UE, il a récemment exprimé sa vision de la présidence tchèque comme d’un événement sans aucune signification, vu en raison du fait que le pouvoir dans l’Union continue d’être détenu par les grands pays fondateurs (voir The Economist 6 décembre 2008). Apparemment, il aurait également refusé de hisser le drapeau européen à côté du drapeau tchèque au dessus de la résidence présidentielle, le château de Hradcany, pendant le semestre de présidence de son pays. La modération n’a jamais été une caractéristique propre au président Klaus, luis qui a déjà comparé l’UE à l’Union Soviétique et exprimé ses craintes que son pays, après s’être libéré du joug de Moscou, risque maintenant d’être étouffé par le centralisme de Bruxelles.
Loin d’être isolé, M. Klaus semble plutôt représenter une tendance répandue dans le pays et plutôt facile à comprendre. Comme dans de nombreux autres nouveaux Etats membres d’Europe centrale, les citoyens tchèques, qui avaient certes manifesté un enthousiasme initial pour l’entrée dans l’Union, se méfient de plus en plus d’un pouvoir perçu comme extérieur. Ils acceptent mal les limitations de souveraineté qu’impose l’intégration européene alors que le pays a recouvert sa pleine indépendance il y a moins de 20 ans, lui qui fut l’un de ceux qui souffrirent le plus des totalitarismes du 20ème siècle. La régulation européenne est de plus perçue comme un obstacle à la croissance économique d’un pays où les principes libéraux des partis actuellement au gouvernement sont dominants. M. Klaus se fait donc l’interprète de ce sentiment, utilisant son image de personne directe et sans langue de bois, qui ne se cache pas derrière la diplomatie, à l’inverse de ce qu’on pourrait attendre de la part d’un président de la République.

- La République tchèque et l’Union européenne
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Les opinions affichées eurosceptiques du Président de la République tchèque, Vaclav Klaus ont suscité des craintes de la part des partenaires européens. Pourtant son domaine d’action est limité et le Premier ministre tchèque Mirek Topolanek ne partage pas ces opinions. (Photo : Europa)
Le risque que les opinions de Klaus ne se traduisent en actions politiques pendant la présidence Tchèque est très faible, puisque les pouvoirs du président dans le domaine des affaires européennes sont presque inexistants. C’est au Premier Ministre Topolanek qui exerce le pouvoir effectif. M. Topolanek appartient certes au même parti politique que M. Klaus, mais il ne partage pas beaucoup de ses opinions sur l’UE. Récemment, c’est la ligne de M. Topolanek qui semble s’être imposée parmi la majorité des membres du parti. Le risque majeur lié à l’attitude de M. Klaus est donc d’alimenter le scepticisme de l’opinion publique et de fournir des arguments aux eurosceptiques qui se mobilisent contre la ratification du Traité de Lisbonne. M. Klaus a déjà critiqué le texte du traité à plusieurs reprises, en particulier au sujet d’une soi-disant « centralisation » des pouvoirs à Bruxelles, et il a saisi la Cour Constitutionnelle tchèque afin qu’elle statue sur la compatibilité du traité avec la Constitution. Le 26 novembre, la Cour a exprimé un jugement favorable en faveur du Traité, confirmant sa compatibilité avec la Constitution tchèque, ce qui constitue clairement un revers pour Vaclav Klaus. La ratification parlementaire peut désormais avoir lieu, mais Klaus a déjà fait entendre qu’il ne la signerait pas tant que l’Irlande n’aura pas revoté. « Plutôt que signer le Traité de Lisbonne, je préfère émigrer en Patagonie » a-t-il ainsi déclaré avec son franc parlé inimitable au journal italien La Repubblica le 6 décembre 2008. Il a également félicité le peuple irlandais pour le non au référendum de juin 2008 et a dernièrement rencontré à Dublin l’un des leader irlandais du mouvement « No to Lisbon », Declan Ganley, en compagnie d’autres adversaires au traité provenant du reste d’Europe.
Perspectives pour le premier semestre 2009

- Le programme de la présidence tchèque
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La présidence tchèque a prévu de se concentrer sur 3 priorités : l’économie, l’énergie et les relations de voisinage avec les pays à l’est de l’UE. Toutefois le contexte international se pourrait être riche en surprises. (Photo : Europa)
Alors que le Premier Ministre a assuré à ses partenaires européens que la ratification du Traité de Lisbonne devrait intervenir durant le premier trimestre de 2009, il est permis de mettre en doute la crédibilité des efforts effectués par la présidence pour débloquer l’impasse du Traité de Lisbonne. Le pays exerçant la présidence a pour rôle primordial de donner de grandes impulsions, notamment en ce qui concerne les blocages institutionnels. Mais, à la lumière des considérations précédentes il est assez improbable qu’une solution puisse être trouvée dans le courant du prochain semestre. On voit mal comment le « non » irlandais pourrait être surmonté grâce à l’action d’une présidence exercée par un pays qui a lui même des doutes par rapport à la ratification du traité. Les questions institutionnelles devraient donc être mises en attente pour être abordées sous une prochaine présidence, alors qu’un nouveau Parlement et une nouvelle Commission seront en place.
Il est donc fort probable que la présidence tchèque se concentrera sur les dossiers inclus dans son programme comme l’Economie, avec sa recette libérale pour la crise en ce moment au centre de l’attention de tous les Etats membres, l’Energie, et le voisinage à l’Est. En l’état actuel des choses, il serait hasardeux de faire des prévisions sur l’efficacité de l’action de la présidence tchèque sur ces dossiers. Il y a fort à parier qu’à côté de la stabilité interne du gouvernement, l’efficacité et le succès de la présidence seront aussi déterminés par des circonstances externes tels que le développement de la crise économique et des tensions à la périphérie de l’Europe, comme cela fut aussi le cas pour la présidence française.


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