Le problème turc semble insoluble : alors que les réticences sont de plus en plus nombreuses chez les responsables politiques et dans l’opinion publique à l’égard d’une adhésion de la Turquie, rien ne semble pouvoir empêcher le lancement des négociations d’adhésion (prévu pour le 3 octobre prochain) et à terme l’entrée inéluctable (parce que prévue depuis 40 ans) de la République laïque de Turquie dans l’UE. Dans ce contexte les arguments (qu’ils soient en faveur ou contre l’adhésion turque) s’affinent. Certes certains persistent à être peu convaincants comme celui (très philosophique) du pont entre l’Islam et la Chrétienté occidentale. Or cet argument par exemple ne tient absolument pas compte de la réalité historique. La Turquie n’est pas le chef de file du monde musulman : son entrée dans l’UE n’empêchera pas les musulmans d’autres pays de haïr la modernité occidentale.
Un argument nouveau en faveur de l’adhésion de la Turquie a été donné par T. Ferenczi dans le Monde du 2 septembre 2005. Selon lui, à l’image de la réconciliation franco-allemande, qui a été une des motivations majeures de la construction européenne, la réconciliation entre la Turquie, longtemps perçue comme l’ennemi des puissances européennes, et l’UE pourrait devenir une des raisons d’être du projet européen. Cet argument est-il recevable ? Pas vraiment. En effet premièrement, il n’y a pas d’antagonisme historique entre les Etats membres de l’UE et la Turquie (l’Empire Ottoman a souvent été l’allié des puissances européennes). Deuxièmement, nous sommes en présence d’un pays qui souhaite devenir membre d’une communauté qui est censée être une communauté de valeurs. On est donc en droit d’attendre que les efforts de rapprochement soient faits plus particulièrement par la Turquie même s’il s’agit pour elle de modifier sa conception de la souveraineté nationale (notamment sur la question chypriote). L’image de la réconciliation semble donc inappropriée. Comment se déterminer dans ce cas ? Faut- il en rester au strict respect des critères de Copenhague en termes de démocratie, d’économie de marché et de transposition de l’acquis communautaire ? Faut-il rajouter la capacité du pays requérant à réellement modifier ses structures et procédures en fonction des politiques publiques européennes ? Sûrement.
Bien plus qu’une réconciliation, la Turquie et l’UE ont besoin de confiance mutuelle. Pour cela, il faut avant tout de la clarté et du courage. Du côté européen, il faut établir des règles du jeu claires, portées à la connaissance de chaque citoyen turc et européen, avoir le courage politique de ne pas déroger à ces règles, tout en étant patient. Du côté turc, si on doit saluer la maturité et la détermination du Premier Ministre, Monsieur R. T. Erdogan, il faut aussi lui demander de tenir compte de la situation politique actuelle en Europe et de ne pas exclure a priori que les négociations puissent déboucher sur autre chose que l’adhésion pleine et entière de la Turquie à l’UE. Ce n’est qu’à ces conditions que la confiance pourra être restaurée.


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