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N-Necmettin Erbakan à R-Referendum
A – Arménie Une première ! En septembre 2008, le président turc Abdullah Gül se rendait à Erevan en Arménie pour assister à un match de football entre les deux équipes nationales. Un an après, c‘était au tour de son homologue arménien, Serge Sarkissian, de venir à Bursa pour le match retour. Mais les relations entre les deux pays restent difficiles. Elles sont ponctuées d’avancées et de reculades autour de la question du génocide et du conflit du Haut-Karabakh. En avril 2010, la première commémoration publique des victimes du génocide se déroulait à Istanbul, où une centaine de personnes avait répondu à l’appel lancé par la section stambouliote de l’association turque des Droits de l’Homme (IHD). Un mois plus tôt cependant, en mars 2010, alors que les Etats-Unis et la Suède adoptaient des résolutions qualifiant les massacres d’Arméniens perpétrés en 1915 de génocide, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan avait menacé de faire déporter 100.000 Arméniens vivant en Turquie sans citoyenneté. Les frontières entre les deux pays sont fermées depuis 1993 par la Turquie, en signe de représailles pour l’occupation du Haut-Karabakh par l’Arménie sur le territoire de son allié, l’Azerbaïdjan. Cette question a connu un nouvel essort lors de la signature à Zurich (Suisse) en octobre 2009 d’une feuille de route, fixant le rétablissement de relations diplomatiques. Mais dès le lendemain, Erdoğan exigeait que l’Arménie se retire du Haut-Karabakh, mettant un terme aux efforts accomplis jusque-là. En mars de cette année, Erdoğan a ordonné le démontage d’une statue de 30 mètres de haut, à Kars, près de la frontière arménienne, qualifiant le monument de « monstruosité ». Cette statue célébrait l’amitié avec l’Arménie et avait été commandée par le maire de la ville.
B - Boom économique Lorsque Recep Tayyip Erdoğan arrive au pouvoir en 2002, la Turquie vient de subir l’une des plus graves crises économiques de son histoire. En 2001, le pays a même frôlé la banqueroute, sa monnaie ayant perdu la moitié de sa valeur presque du jour au lendemain. La Turquie est donc contrainte de faire appel à une aide financière du Fond Monétaire International (FMI). Depuis, le pays semble être véritablement sorti de l’état de crise endémique dont il souffrait depuis plusieurs années. Erdoğan se vantait même récemment du fait que la Turquie pourrait rembourser le prêt du FMI d’ici à 2013. L’économie turque a en effet progressé de 8,9% en 2010, soit le troisième plus fort taux de croissance au monde, après la Chine et l’Inde, plaçant l’économie du pays à la 17ème position mondiale. L’inflation, autrefois galopante, est aujourd’hui jugulée, le secteur bancaire a été assaini, la dette publique du pays ramenée de 75% à 40% du PIB et le revenu moyen par habitant a triplé en moins de dix ans (en 2010, il atteignait $12300 par an). La réussite économique turque cache cependant quelques ombres au tableau qu’il ne faudrait pas oublier : coût de l’énergie – électricité, pétrole, gaz - de plus en plus élevé, manque de compétitivité à l’export, balance commerciale déséquilibrée, etc. Mais le moral économique semble bien être de retour.
C - Corruption La corruption est une tradition qui a la vie dure en Turquie. En 2002, la Fondation des Etudes Economiques et Sociales Turques (Tesev) publie pour la première fois une enquête de terrain consacrée à la corruption, interrogeant 3000 ménages et 1200 dirigeants de PME et de grandes entreprises. Il en ressort que 18% des particuliers et 46% des dirigeants d’entreprises admettent avoir payé un fonctionnaire au moins une fois au cours des deux années précédentes pour obtenir un service. En mars 2010, l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) salue les efforts de la Turquie pour lutter contre la corruption et à appliquer les recommendations émises en décembre 2007 par l’organisation, notamment dans le cadre du signalement et de la protection des témoins, de l’aide publique au dévelopement et des representations diplomatiques à l’étranger. Pourtant, un mois plus tard, le Groupe d’Etats contre la Corruption du Conseil de l’Europe épingle la Turquie, mettant entre autres le doigt sur les contrôles nettement insuffisants des financements des partis politiques. Enfin, le rapport de Transparency International (organisation de la société civile luttant contre la corruption) de 2011, qui classe 37 pays selon le degré de lutte contre la corruption de la part des instances publiques, place la Turquie parmi les 21 pays luttant peu ou pas du tout contre la corruption.
D – Davos Le coup d’éclat d’Erdoğan lors du Forum économique de Davos au mois de janvier 2009, alors qu’il participait à un panel en compagnie du president israélien Shimon Pérès, est resté célèbre. Tandis que le modérateur concluait le panel, Erdoğan insiste pour prendre encore la parole, estimant disproportionné le droit de parole dont a bénéficié Perès, qui a parlé 20 minutes, alors que lui-même n’a eu droit qu’à 12 minutes. Son « one minute ! one minute ! » restera dans les annales. A tel point qu’une entreprise productrice de prêt-à-porter en a fait une marque avec « Van minute » – jouant sur le mot « Van », qui est le nom de la ville où est située l’entreprise. Le modérateur lui accordant finalement la parole, Erdoğan répond à Pérès qui l’avait interpellé lors de son discours en lui demandant : « Que feriez-vous si vous aviez toutes les nuits des dizaines de roquettes sur Istanbul ? ». Il déclare : « Vous savez bien tuer les gens ». Lançant au passage au modérateur « Ne me coupez pas la parole » il finira avec « Pour moi, Davos, c’est terminé ». A son retour à Istanbul, Erdoğan sera accueilli comme un héros par ses partisans et sera célébré dans les rues de Gaza, ainsi que par la population du monde arabe en général. Côté israélien, cet incident marquera une première prise de distance avec un pays, considéré pendant longtemps comme un des seuls véritables alliés de la région.
Vidéo de l’intégralité du débat entre Recep Tayyip Erdoğan et Shimon Pérès lors du sommet de Davos en 2009. La fameuse intervention du premier ministre turc est visible à partir de 1:01:25.
E – Ergenekon Difficile de vraiment comprendre l’affaire Ergenekon pour qui n’est pas un habitué des affaires intérieures turques de longue date. Le procès de la cellule « comploteuse » Ergenekon, qui tire son nom de la mythologie turque - Ergenekon est l’endroit où aurait été fondée la nation turque, en Asie centrale - s’est ouvert en 2009. La cellule aurait été mise au jour en juin 2007 lors d’une opération anti-terroriste dans un bidonville d’Istanbul, au cours de laquelle des armes et des explosifs auraient été découverts. Sur le banc des accusés, on trouve des journalistes, des universitaires, des généraux à la retraite, accusés d’avoir fomenté un complot contre le gouverement turc, visant à déstabiliser le parti au pouvoir, le Parti pour la justice et le développement (AKP). Leur objectif aurait été de semer la panique dans le pays, en mettant en scène des manifestations et des assassinats qu’ils auraient attribués aux islamistes pour délégitimer le gouvernement en place. Depuis sa révélation, l’affaire Ergenekon fait régulièrement la une des journaux en Turquie. Les thèses s’affrontent concernant sa légitimité. Pour certains, la cellule existe véritablement et des militaires sont jugés par une cour civile pour la première fois, ce qui représente une avancée pour la démocratie turque. Pour d’autres, elle existe, mais aurait aussi servi à se débarasser d’opposants au parti au pouvoir. Enfin, pour les plus critiques, que l’on trouve plutôt dans les milieux laïcs et kémalistes, cette affaire est une mise en scène destinée à renforcer la crédibilité de l’AKP.
F – Flotille Le 31 mai 2010, le navire Mavi Marmara, naviguant sous pavillon turc, est violemment arraisoné au large d’Israël. Le navire faisait partie d’un convoi baptisé « Free Gaza » qui était coordonné par l’organisation non gouvernementale turque Insani Yardim Vakfi (Fondation d’aide humanitaire). Les violents affrontements qui ont eu lieu entre soldats israéliens et participants turcs - sur 682 personnes originaires de 42 pays, 380 citoyens turcs faisaient partie du convoi – feront 9 mors côté turc. Avant le départ des navires, trois au total, Erdoğan avait déclaré que « la levée de l’embargo sur Gaza figure en haut des priorités du gouvernement turc ». Cependant, le gouvernement n’a jamais énoncé officiellement avoir participé à l’organisation de la Flotille. Selon toute vraisemblance, les navires ont reçu le soutien logistique du gouvernement turc dans le cadre de formalités douanières et du transit via la partie nord de Chypre, toujours sous tutelle turque. Le journaliste et chroniqueur politique turc, Mehmet Ali Birand, cité début juin dans le quotidien français Libération, présente cependant l’affaire de la Flotille comme une operation politique à visée intérieure : « C’était une opération Recep Tayyip Erdoğan-Ahmet Davutuğlu [ministre turc des Affaires étrangères] ». L’affaire de la Flotille aura également pour conséquence un refroidissement des relations israélo-turques, déjà entâchées par les déclarations d’Erdoğan lors du sommet de Davos.
G – Gazoduc Nabucco

- Puit de pétrole en Azerdaidjan
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Photo kvitlauk
Conçu comme un moyen de réduire la dépendance européenne au gaz russe et d’exporter les hydorcarbures de la mer Capsienne vers l’Europe en contournant la Russie, le grand projet de gazoduc Nabucco patine sérieusement. Lors de son lancement, la Turquie avait demandé à ce que le gazoduc passe en transit par son territoire et un accord inter-gouvernemental entre les pays participant au projet -Autriche, Allemagne, Roumanie, Hongrie, Bulgarie - avait été signé à Ankara avec le gouvernement turc en juillet 2009. Le projet prévoyait la pose d’un gazoduc d’ici 2011 entre la region de la mer Caspienne et l’Autriche, en passant donc par le territoire turc. Le 8 juin dernier, les parties prenantes au projet ont signé un nouvel accord de soutien pour le gazoduc, qui avance désormais au ralenti, la finalisation du grand chantier ayant été repoussée à 2017. Le retard est à imputer entre autres aux incertitudes concernant les fournitures de gaz promises par l’Azerbaïdjan.
H – Hamas et Hezbollah Le Hezbollah turc, organisation clandestine et qui n’est pas liée à son homonyme libanais, est soupçonné d’être l’auteur des attentats en 2003 à Istanbul, qui ont visé deux synagogues, le consulat britannique et la banque britannique HSBC, et ont fait 63 morts, dont le consul britannique. Fondé dans les années 1980, il est présenté aujourd’hui comme quasiment dissoud. Au mois de février dernier, 35 de ses membres présumés étaient arrêtés et placés en garde à vue à Istanbul. Concernant le Hezbollah libanais cette fois, selon un sondage de l’institut Pew publié en mai cette année, seuls 5% des Turcs lui sont favorables et 9% seulement soutiennent le Hamas. Lors d’une interview avec la Bloomberg, il y a quelques semaines, le premier ministre Erdoğan affirmait soutenir le Hamas : « Pour moi, le Hamas n’est pas une organisation terroriste. Le Hamas est un parti politique ».
I – Islam Le parti de l’AKP est souvent présenté comme un parti « musulman conservateur », prônant des thèses économiques extrêmement libérales. Si les pères fondateurs de l’AKP, parmi lesquels le président turc Abdullah Gül et le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan sont issus de la mouvance islamiste, c’est à dire du réseau Milli Görüş, mis en place par Necmettin Erbakan, le parti a été établi sur des bases beaucoup plus consensuelles. Au fil des années, l’AKP est devenu une sorte de plateforme, regroupant différentes tendances politiques et religieuses, et s’imposant rapidement comme la seule force politique viable et crédible du pays. Après l’échec de la tentative de légaliser le port du voile à l’université, l’AKP et Erdoğan ont préféré faire profil bas sur les questions liées à la place de la religion dans le domaine public. Officiellement, les thématiques religieuses jouent aujourd’hui un rôle marginal dans le programme et les priorités du parti. En ce qui concerne la stratégie géo-politique, la Turquie, soucieuse de rétablir son rôle de puissance régionale, cherche à réaffirmer son appartenance au dit « monde musulman ». En témoignent son engagement marqué au sein de l’Organisation de la Conférence Mondiale Islamique (OIC) - depuis 2005, l’OIC dispose pour la première fois de son histoire d’un secrétaire-général turc en la personne d’Ekmeleddin İhsanoğlu - et le langage utilisé par les dirigeants de l’AKP, faisant appel aux références religieuses. Tributaire pendant de longues décénies dans le monde arabe de son image de « mauvais musulman » - le pays ayant aboli le califat et installé un système laïc avec la République de Turquie – la Turquie reprend ses marques au sein des pays musulmans.
J - Journalistes Epinglée à de nombreuses reprises pour atteinte à la liberté de la presse – à titre d’exemple, le dessinateur Musa Kart a reçu en 2004 une amende de 23.500 euros pour avoir caricaturé Erdoğan en chat – la Turquie s’est à nouveau tristement illustrée au mois de mars dernier avec une nouvelle vague d’arrestations de journalistes, dans le cadre de l’enquête sur la cellule « Ergenekon ». Selon une étude publiée récemment par la représentante de la liberté des médias pour l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Dunja Mijatovic, 57 journalistes turcs sont actuellement en prison, principalement en raison des lois anti-terroristes du pays (TMK), dont la définition du mot « terrorisme » reste extrêmement large. Au même mois de mars, plusieurs dizaines de journalistes ont manifesté à Istanbul et Ankara, certains avec des menottes et des baillons, contre le nouveau code pénal, qui pour eux, portent de nouvelles atteintes à la liberté de la presse. Le 2 mai dernier, la Cour Constitutionnelle a annulé l’article 26 de la Loi sur la Presse, limitant les restrictions pour attaquer en justice les journalistes, désormais exposés à une répression accrue. La situation de plus en plus difficile des journalistes peut paraître paradoxale, alors que les sujets autrefois perçus comme tabous – le kémalisme et le personnage d’Atatürk, la situation des Kurdes, le génocide arménien, etc.- commencent à être débattus ouvertement.
K – Kurdes Malgré la fin de l’interdiction d’utiliser en public « les langues kurdes », qui avait été promulguée en 1983 et levée en 1991, les avancées dans le domaine des droits socio-culturels des populations kurdes se font au compte-goutte. En septembre 2003, une circulaire du ministère de l’Intérieur autorise les prénoms kurdes, appelés « prénoms à consonance ethnique ». En 2004, sous la pression de l’Union Européenne et dans le cadre des négociations d’adhésion, la chaîne publique TRT est autorisée à transmettre des documentaires et informations en langue kurde, sans dépasser cependant 45 minutes quotidiennes. Le premier janvier 2009, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan présente ses vœux à la nouvelle chaîne publique TRT 6 pour son premier jour de diffusion en déclarant en kurmanci : « TRT ses bi xer be » (Bonne réussite à TRT 6). Par contre, le conflit qui oppose les rebelles du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), dont l’insurrection dure depuis 26 ans et qui multiplient les appels à la reconnaissance de l’autonomie des territoires de la Turquie peuplés majoritairement par une population Kurde, et les forces militaires turques dans les régions du sud-est du pays est encore loin d’être résolu. En février dernier, un site internet proche du PKK – répertorié comme organisation terroriste par l’Union Européenne - annonçait que celui-ci mettait fin à sa trêve unilatérale qui avait duré six mois, sans pour autant annoncer la reprise des hostilités. Des attentats surviennent cependant à intervalles irréguliers, tandis que l’Etat poursuit ses interventions militaires dans le sud-est du pays. En octobre de l’année passée, un attentat revendiqué par les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), considérés comme la branche radicale du PKK, a fait une trentaine de blessés à Istanbul tandis qu’en mai dernier, le PKK revendiquait une attaque contre un convoi électoral du parti AKP, qui a fait un mort.
L - Laïcité

- Abdullah Gül durante su visita a Brasil en 2004
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Photo Agência Brasil
Bien que souvent présentés de manière caricaturale comme une bataille entre les institutions dites « kémalistes » et laïques, et les têtes pensantes du parti au pouvoir de l’AKP, les clivages et les luttes idéologiques autour du principe de laïcité font bel et bien partie du paysage politique turc. Présentée comme le dernier adversaire d’Erdoğan, la Cour Constitutionnelle a tenté à plusieurs reprises de freiner la course de l’AKP et du premier ministre turc dans leur montée au pouvoir. En 2007, la Cour annule le premier tour de l’élection présidentielle. Durant le mois d’avril, de nombreuses manifestations « pro-laïques » ont lieu dans les grandes villes du pays pour demander au candidat à la présidentielle de l’AKP, Abdullah Gül, ministre des affaires étrangères sous le premier mandat du parti, de retirer sa candidature. Gül sera finalement élu. En février 2008, les parlementaires turcs adoptent des amendements constitutionnels conduisant à la légalisation du port du foulard islamique dans les universités. Au mois de juin 2008, la Cour constitutionnelle se prononce contre cet amendement, jugeant qu’il est contraire aux articles de la loi fondamentale mentionnant le caractère laïc de la République. Dans la pratique, le port du voile est aujourd’hui autorisé, suite à la diffusion à la rentrée universitaire de 2008 d’une circulaire du Conseil des recteurs d’université (YÖK), donnant instruction d’autoriser tout étudiant, quelle que soit sa tenue vestimentaire. La même année, les juges de la Cour constitutionnelle, qui devaient se prononcer sur l’interdiction de l’AKP pour activités contraires à la laïcité, sauve le parti en se contentant de lui imposer des pénalités financières. Depuis, l’AKP, et en particulier Erdoğan, se sont montrés plus discrets eu égard aux thèmes liés à la laïcité, soucieux de soigner un certain consensus, conscients du fait que ces sujets peuvent déclencher une opposition viscérale d’une partie de la population.
M – Militaires Pendant longtemps considérés comme les garants de la Constitution et tributaires de l’héritage républicain, les militaires turcs ont été fortement mis à mal par l’arrivée au pouvoir de l’AKP. Empêtrés dans des procès, ils ont perdu le prestige mais surtout l’extrême influence dont ils jouissaient au sein de la population. Signe d’un changement d’époque : la discussion autour de la possibilité d’établir un système permanent de service militaire payant. Ce dispositif autorise un enrollé à réduire la durée de son service à un mois (au lieu de douze) en s’aquittant d’une somme d’environ 10.000 euros. La demande d’un parlementaire de plancher sur l’introduction permanente de la possibilité de service militaire payant est restée sans réponse. Mais de nombreux articles ont été publiés sur le sujet dans des journaux et magazines, sans que l’article 155 du code pénal turc – qui condamne de six mois à deux ans d’emprisonnement toute personne faisant acte de propagande pour décourager les gens d’accomplir leur service militaire - ne soit invoqué, ce qui atteste d’une évolution des mentalités sur la question militaire. Les réussites électorales successives de l’AKP semblent souligner l’érosion de la popularité de l’armée, déjà en baisse, et renforcée par les tensions liées au procès Ergenekon. Les rumeurs de possibles coups d’Etat au cours des mois suivant le début du second mandat de l’AKP se sont vite révélées infondées. En effet, dans ce contexte défavorable, la position la plus judicieuse pour l’état-major turc était d’adopter une attitude moins aggressive, de manière à tenter d’enrayer la détérioration de son image au sein de l’opinion publique.
N - Necmettin Erbakan Necmettin Erbakan a joui jusqu’à sa mort en février de cette année d’une aura et d’une influence idéologique forte. En avril 2010, il avait fêté à Duisbourg, en Allemagne, le 40ème anniversaire de la création du mouvement Milli Görüş [1]. Aujourd’hui, son dernier parti politique, héritier de cette mouvance, le parti Saadet (qui avait obtenu 2,34% aux élections législatives de 2007 et est tombé à peine plus d’1% des voix dimanche dernier) ne réprésente qu’une partie infime des élécteurs turcs et semble figé dans une figure d’opposition minoritaire. Cette énorme perte d’influence est liée à la scission du parti Refah entre le Saadet et l’actuel parti au pouvoir AKP. Erbakan est en effet l’ancien chef spirituel d’Erdoğan, qui l’a accompagné jusqu’en 1998, date à laquelle il quitte le parti Refah et fonde ensuite son propre parti en 2001, comprenant que la voie de l’islamisme politique prononcé menait à une impasse et optant pour une politique « d’ouverture ».
O - Opposition

- Reunión de jóvenes del CHP ante la Mezquita Nueva en Estambul, un mes antes de las elecciones legislativas del domingo 12 de junio
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Photo Alain Bachellier
Laminés par les succès éléctoraux de l’AKP, les partis de l’opposition peinent à retrouver leur souffle. La principale victime est le parti historique, « kémaliste » et laïc, des socio-démocrates (CHP). Discrédité par son ancien leader, Deniz Baykal, aux accents fortement nationalistes, et « laïcard » à outrance, le parti a placé ses espoirs dans son successeur, Kemal Kılıçdaroğlu. Il manque certes d’expérience politique, mais il a pour lui sa réputation d’homme intègre et honnête. Même si certains jugent que le personnage manque de charisme et d’aisance politique, le CHP a progressé en pourcentage aux élections de dimanche, obtenant 26%, alors qu’il avait obtenu un peu plus de 20% en 2007, mais perd des sièges. Le parti nationaliste d’Action Nationale (MHP), dont la doctrine principale s’appuie sur un ultra-nationalisme pan-turquiste, a chuté d’un point par rapport à 2007 et récolte 13% des voix, ce qui lui permet de passer le barrage des 10% et d’entrer une fois de plus au Parlement cette année. Quant au parti kurde de la Paix et de la Démocratie (BDP), dans les régions du sud-est, ses candidats, qui se présentaient souvent sous l’étiquette « indépendants » pour éviter le barrage des 10%, étaient en terrain conquis. C’est donc tout naturellement que 35 d’entre eux se sont faits élir au Parlement dimanche dernier. Néanmoins le militantisme politique kurde a subi un sérieux revers en décembre 2009. La Cour constitutionnelle s’est en effet prononcée à l’unanimité pour la dissolution du principal parti kurde du moment, le Parti de la société démocratique (DTP). Les poursuites avaient été engagées en 2007 par le procureur en chef de la Cour de cassation, qui avait estimé que le DTP était devenu le « foyer d’activités préjudiciables à l’indépendance de l’Etat et à son unité indivisible ». Trente-sept membres du parti, dont le co-président Ahmet Türk, avaient en même temps été interdits d’activités politiques.
P - Printemps arabe Au lendemain du printemps arabe, nombreux sont les regards qui se tournent vers la Turquie. Pour les pays de la région, le pays semble incarner un véritable modèle de réussite économique et peut se targuer de l’invention du concept de « démocratie musulmane ». La prise de distance avec l’Etat d’Israël, le changement d’attitude à l’égard des thématiques religieuses et de l’Islam en général, ont rendu la Turquie et l’AKP populaires au sein d’une population arabe d’ordinaire assez réticente au « modèle turc ». Dans le cas de l’Egypte, Erdoğan s’est voulu « proche » des aspirations du peuple en colère et fut un des premiers chefs de gouverment à sommer Mohammed Hosni Moubarak de se démettre de ses fonctions. Cependant, si les thèses concernant l’expérience turque et ses possibilités de servir d’exemple aux démocraties arabes en devenir se multiplient depuis plusieurs mois, les freins à cette image de modèle ne manquent pas : problèmes concernant le traitement des minorités ethniques et religieuses, atteintes à la liberté de la presse et d’expression, etc. En revanche, l’éloignement des perspectives d’entrée au sein de l’Union européenne et la reprise de confiance du pays au niveau économique relancent la question centrale du rôle géo-stratégique de la Turquie au sein du Proche-Orient et du monde dit « arabo-musulman ».
Q – Quotidiens En septembre 2009, le groupe médiatique le plus important du pays, Doğan Yayin Holding, se voit infliger une amende record de 2,5 milliards de dollars par le Ministère turc des finances. Cette amende fait suite à une précédente quelques mois auparavant, de 592 millions de dollars. La raison invoquée par le ministère est l’évasion fiscale apparemment pratiquée par le groupe entre 2005 et 2007. Le groupe accuse alors le gouvernement de s’acharner contre lui en raison de la couverture critique que celui-ci réserve au premier ministre Erdoğan dans les articles publiés par ses deux principaux journaux, Hürriyet et Milliyet. Accusation que le gouvernement s’empresse de rejeter. La même année, Erdoğan avait toutefois appelé publiquement à « boycotter » les journaux du groupe.
R - Référendum Au mois de septembre dernier, 78% des électeurs turcs se rendent aux urnes dans le cadre d’un référendum organisé par le gouvernement turc et approuvent à 56% son projet de réforme constitutionnelle. Ces résultats sont présentés comme une consécration de la politique de l’AKP. Lors de sa réélection en 2007, Erdoğan avait promis une « Constitution civile » à ses électeurs. La Constitution actuelle turque, ratifiée en 1982, est un réliquat de l’époque des militaires, après le Coup d’Etat du 12 septembre 1980. Elle a été amendée plusieurs fois au cours des dernières décennies. Mais la réforme constitutionnelle proposée par l’AKP et approuvée par la population, limite les prérogatives de la justice militaire et modifie, au profit du pouvoir, la structure de la Cour Constitutionnelle et du Conseil supérieur de la Magistrature (HSYK), chargé de nommer les procureurs et les juges. Le résultat positif du référendum est largement salué en Europe, notamment par le Commissaire à l’élargissement, Stefan Füle. Selon lui, il s’agit d’un « pas dans la direction d’une future adhésion de la Turquie à l’Union européenne ». Pour les opposants, notamment pour le parti du CHP et celui de la droite nationaliste du MHP, cette réforme constitutionnelle porte atteinte à la séparation des pouvoirs. Pour Erdoğan, le nouvel enjeu, lors des élections législatives de dimanche dernier, était d’obtenir une écrasante majorité, afin de pouvoir instaurer un régime présidentiel sans être inquiété d’un manque de voix au moment du vote au Parlement.
S – Silicose Si les jeans « stonewashed » ou délavés continuent d’être à la mode dans le monde entier, l’envers du décor de leur fabrication a été percé il y a peu. La silicose, maladie pulmonaire incurable, frappant habituellement les mineurs de fond, fait des ravages auprès des ouvriers turcs affectés à la technique dite de « sablage » des jeans. On estime qu’une quarantaine de personnes au moins serait morte depuis 2005, mais le bilan pourrait être beaucoup plus lourd. D’après les chiffres du Ministère du travail, les ateliers fournisseurs de marques petites ou célèbres, clandestins pour la plupart, emploieraient environ 10.000 personnes, chiffre apparemment largement sous-évalué. L’affaire étant devenue une affaire d’Etat, suite à des dépôts de plainte de malades soutenus par des associations, et de nombreux articles et reportages sur le sujet, le gouvernement turc a annoncé au mois d’avril 2009 l’interdiction du sablage dans la confection des jeans. Il a également promis la fermeture d’une soixantaine d’ateliers clandestins, annoncé le renforcement des contrôles et assuré les ouvriers concernés de leur droit à la retraite.
T – Train à grande vitesse

- El tren de alta velocidad turco, o Yüksek Hizli Tren (YHT), circula a un máximo de 250 km/h.
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Photo TCDD
Le premier train à grand vitesse de Turquie a été inauguré en mars 2009 par le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan. Il effectue pour le moment huit allers-retours par jour entre la capitale Ankara et la ville d’Eskişehir (à environ 200km à l’ouest d’Ankara). Le projet final vise à relier Istanbul à la capitale en trois heures, au lieu des 6h30 aujourd’hui pour les trains les plus rapides. Le réseau ferroviaire turc est ancien et les trains sont très lents. Le ministère turc des transports a évalué qu’il faudrait environ 20 milliards de dollars d’investissements pour rendre le rail attractif dans le pays et contrer la domination quasi-totale du réseau routier pour le transport de personnes et de marchandises.
U – UE Difficile d’évoquer la Turquie sans aborder le sujet des négociations avec l’Union européenne (UE). La Turquie a été officiellement reconnue comme candidate à l’entrée à l’UE en 1999, et les négociations ont débuté en 2005, pour s’enliser rapidement, entravées entre autres par l’utilisation du sujet faite par certains partis européens à des fins de politique intérieure. Aujourd’hui, les négociations semblent dans l’impasse : seuls 13 des 35 chapitres ont été ouverts et huit chapitres restent gelés, en raison du refus de la Turquie d’ouvrir ses ports aux navires chypriotes grecs malgré l’accord commercial conclu avec l’UE. Le Parlement européen a publié en mars 2011 un rapport très critique sur l’avancée des progrès en Turquie. En avril 2011, les députés de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ont multiplié les questions sur la liberté de la presse et sur la loi électorale. Du côté de l’opinion publique turque, l’UE ne semble plus non plus avoir la côte. Au mois de décembre dernier, une enquête menée par la Fondation des Etudes Economiques et Sociales Turques (Tesev) montrait que seulement 36% des Turcs pensent que l’adhésion de leur pays à l’UE aura lieu dans les dix prochaines années. Le thème de l’adhésion à l’UE est resté le grand absent de la dernière campagne des législatives, arrivant par exemple seulement à la 151ème page du programme de campagne du parti de l’AKP, qui en avait fait un de ses cheval de bataille lors de sa première campagne.
V –Visas Au mois de janvier dernier, Ankara et la Commission européenne se sont mis d’accord sur un texte concernant l’accord de réadmission pour l’entrée de migrants illégaux ayant transité par la Turquie avant d’entrer sur le territoire de l’UE. La Turquie a cependant annoncé qu’elle ne signerait pas cet accord si l’UE, de son côté, ne commençait pas à négocier sur une levée de l’obligation de visas pour ses ressortissants. Selon les résultats publiés par la Fondation des Etudes Economiques et Sociales Turques (Tesev) en décembre 2010, l’assouplissement du régime des visas vient en première place des motivations des Turcs pour joindre l’UE, avec 22%. Au mois de mars dernier, le président turc Abdullah Gül déclarait lors d’une conférence de presse à Vienne, en compagnie de son homologue autrichien : « L’UE commence à discuter avec la Russie et l’Ukraine [de la levée de l’obligation de visas] mais pas avec la Turquie. Cela discrédite l’UE, pas la Turquie ». Depuis quelques temps, un nouveau problème se pose concernant la question des visas en Turquie, cette fois, entre la Turquie et la Syrie. L’obligation de visas entre les deux pays a été levée en 2009. Hors, depuis le début des manifestations contre le régime du président Bachar al-Assad, quelques milliers de réfugiés syriens sont arrivés en Turquie. Les autorités turques, qui ont rétabli des liens étroits avec le régime syrien, craignent une détérioration de la situation et le chaos politique en cas de chute d’al-Assad.
W – Wikileaks Après l’Irak, la Turquie est le pays ayant généré le plus grand nombre de câbles diplomatiques américains révélés par WikiLeaks à la fin de l’année passée. Certains câbles présentaient Erdoğan comme un politicien « autoritaire » et « non digne de confiance », ou indiquaient que celui-ci avait déclaré que Dieu l’avait nommé pour diriger la Turquie, conduisant le premier ministre turc à réagir violemment en accusant les diplomates américains de répandre des « rumeurs » et des « calomnies » à son encontre. Deux diplomates en poste, l’Ambassadeur américain à Ankara, James Jeffrey, et son homologue israélien, Gaby Levy, auraient évoqué dans un câble un « fondamentaliste religieux », cherchant à « répandre la haine contre Israël ». En ce qui concerne la reprise des câbles par les médias, les quotidiens turcs sont restés prudents. Les deux grands quotidiens de Doğan Yayin Holding, qui a reçu une amende record en 2009, ainsi que le quotidien Sabah, qui appartient au groupe de Çalik Holding AS, dont le directeur est le gendre d’Erdoğan, se sont abstenus de reproduire les câbles. Fin novembre 2010, les quotidiens indépendants Taraf et Sözcü, titraient par contre « Erdoğan a huit comptes en banque en Suisse », se référant à un câble signé par un ancien ambassadeur américain à Ankara, Eric Edelman.
X – Xinjiang En juillet 2009, malgré les bonnes relations commerciales et économiques entretenues avec la Chine, Recep Tayyip Erdoğan qualifiait les exactions commises dans la province chinoise du nord-ouest, le Xinjiang, de « génocide ». Les affrontements, entre les musulmans ouïghours et les Chinois Han de la province, un des plus graves éclats de violence en Chine au cours des dernières décennies, avaient fait 156 morts et plus de 1000 blessés. « Nous ne comprenons pas comment le gouvernement chinois peut rester spectateur de cela », avait déclaré le premier ministre turc. Il avait aussi appelé le Conseil de Sécurité des Nations-Unies à discuter des possibilités pour mettre un terme aux violences inter-ethniques au Xinjiang. Les groupes turcs nationalistes et pan-turquistes voient dans la province chinoise la frontière Est de l’ethnicité turque.
Y – Youtube Trois jours. C’est le temps qu’aura duré la remise en service officielle de Youtube en Turquie, après une période de censure de près de trois ans. En 2008, Youtube avait été bloqué après que quatre vidéos jugées insultantes pour Mustafa Kemal Atatürk, premier président et fondateur de la République de Turquie, aient été mises en ligne. Au mois de juin 2010, le président actuel Abdullah Gül avait demandé qu’une procédure de déblocage du site soit mise en place. En novembre, le site était débloqué et bloqué à nouveau trois jours plus tard. Les vidéos sur Atatürk avaient été réintégrées par Youtube, mais cette fois c’est une video montrant l’ancien chef du parti de l’opposition kémaliste du CHP, Deniz Baykal, dans une chambre hôtel en compagnie d’une maîtresse qui était en cause. La vidéo qui avait circulé quelques mois auparavant et avait contraint Baykal à la démission en mai 2010, avait refait surface au moment de la réouverture de Youtube. Récemment, le Directoire turc des Télécommunications (TIB) a annoncé vouloir interdire 138 mots des noms de domaines Internet, officiellement pour protéger les enfants de contenus nuisibles. Le 22 août prochain, chaque utilisateur d’Internet se verra dans l’obligation d’utiliser un filtre Internet défini par le ministère des télécommunications (BTK) et devra choisir entre quatre options de filtrage d’internet, à savoir le forfait « standard », « famille », « enfants », ou « domestique ». Sous couvert de protection, ces nouvelles “règles et procédures sur la sécurité de l’usage d’internet” ont été largement décriées dans le pays et à l’étranger comme une violation de la liberté d’expression et de l’information.
Z – Zéro

- Nueva moneda de 1 livra turca
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Photo Koray Gokhan
Le 1er janvier 2005, la nouvelle livre turque – le lira – est entrée en vigueur, remplaçait la livre du moment, dont la valeur était un million de fois plus faible. La monnaie perdait ainsi six zéros et devenait par la même occasion convertible dans les autres monnaies internationales grâce à une caisse d’émission appuyée sur des fonds de garantie en devises étrangères et des accords de coopération monétaire, qui permettent entre autres de stabiliser le cours de la monnaie. Depuis 1er janvier 2009, la lettre Y qui figurait sur les coupures et les pièces pour éviter toute confusion entre ancienne et nouvelle livre, a été supprimée. La nouvelle livre turque a donc retrouvé son ancien nom de « lire turque » ou « TL ». Cependant, six ans après l’introduction de la nouvelle monnaie, les Turcs continuent souvent à compter en millions, même pour de petites sommes.


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TURQUÍA : EL ABECEDARIO DE LOS AÑOS ERDOĞAN
Türkei : Kleines ABC der Ära Erdogan

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