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TURQUIE - UNION EUROPEENNE : à quand la fin de la défiance ?


Le Parlement européen vient de repousser, ce vendredi 2 septembre, le vote d’un texte fondamental pour la modification des accords sur l’Union douanière entre la Turquie et l’UE. Hier, lundi 5 septembre, la Turquie a refusé de se voir imposer de nouvelles conditions pour le début des négociations, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, affirmant même que « ce ne serait pas la fin du monde si la Turquie devait rester hors de l’Union Européenne » (plus d’infos à la fin de cet article). Ceci ne fait que renforcer le climat de grande défiance qui règne entre Bruxelles et Ankara depuis les discussions tendues au sujet de la reconnaissance par la Turquie de Chypre.

Le problème turc semble insoluble : alors que les réticences sont de plus en plus nombreuses chez les responsables politiques et dans l’opinion publique à l’égard d’une adhésion de la Turquie, rien ne semble pouvoir empêcher le lancement des négociations d’adhésion (prévu pour le 3 octobre prochain) et à terme l’entrée inéluctable (parce que prévue depuis 40 ans) de la République laïque de Turquie dans l’UE. Dans ce contexte les arguments (qu’ils soient en faveur ou contre l’adhésion turque) s’affinent. Certes certains persistent à être peu convaincants comme celui (très philosophique) du pont entre l’Islam et la Chrétienté occidentale. Or cet argument par exemple ne tient absolument pas compte de la réalité historique. La Turquie n’est pas le chef de file du monde musulman : son entrée dans l’UE n’empêchera pas les musulmans d’autres pays de haïr la modernité occidentale.

Un argument nouveau en faveur de l’adhésion de la Turquie a été donné par T. Ferenczi dans le Monde du 2 septembre 2005. Selon lui, à l’image de la réconciliation franco-allemande, qui a été une des motivations majeures de la construction européenne, la réconciliation entre la Turquie, longtemps perçue comme l’ennemi des puissances européennes, et l’UE pourrait devenir une des raisons d’être du projet européen. Cet argument est-il recevable ? Pas vraiment. En effet premièrement, il n’y a pas d’antagonisme historique entre les Etats membres de l’UE et la Turquie (l’Empire Ottoman a souvent été l’allié des puissances européennes). Deuxièmement, nous sommes en présence d’un pays qui souhaite devenir membre d’une communauté qui est censée être une communauté de valeurs. On est donc en droit d’attendre que les efforts de rapprochement soient faits plus particulièrement par la Turquie même s’il s’agit pour elle de modifier sa conception de la souveraineté nationale (notamment sur la question chypriote). L’image de la réconciliation semble donc inappropriée. Comment se déterminer dans ce cas ? Faut- il en rester au strict respect des critères de Copenhague en termes de démocratie, d’économie de marché et de transposition de l’acquis communautaire ? Faut-il rajouter la capacité du pays requérant à réellement modifier ses structures et procédures en fonction des politiques publiques européennes ? Sûrement.

Bien plus qu’une réconciliation, la Turquie et l’UE ont besoin de confiance mutuelle. Pour cela, il faut avant tout de la clarté et du courage. Du côté européen, il faut établir des règles du jeu claires, portées à la connaissance de chaque citoyen turc et européen, avoir le courage politique de ne pas déroger à ces règles, tout en étant patient. Du côté turc, si on doit saluer la maturité et la détermination du Premier Ministre, Monsieur R. T. Erdogan, il faut aussi lui demander de tenir compte de la situation politique actuelle en Europe et de ne pas exclure a priori que les négociations puissent déboucher sur autre chose que l’adhésion pleine et entière de la Turquie à l’UE. Ce n’est qu’à ces conditions que la confiance pourra être restaurée.


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Philippe Perchoc
22 octobre 2006
18:09
TURQUIE - UNION EUROPEENNE : à quand la fin de la défiance ?

Je suis d’accord avec toi Julien. Je note néanmoins que les arguments tournent toujours dans un sens ou dans un autre.

Par exemple, si l’Empire Ottoman a été historiquement l ’allié des Français, on pe peut pas dire qu’il fut celui des Grecs, des Bulgares, des Roumains, des Serbes ou des Chypriotes ! L’argument de la réconcilliation, je l’appliquerais plutôt à la demande de reconnaitre le génocide arménien.

Le pont entre Islam et Christianisme ne me parle pas trop. En effet, des pays musulmans ont toute vocation a entrer dans l’UE comme la Bosnie ou l’Albanie... Alors nous aurons nos petits ponts.

Enfin, pour revenir à ce que j avais écrit sur les Euros il y a quelques mois, je pense que tout ceci est une question de projet. Et dans cette perspective, deux actions me paraissent urgentes :

1. arreter de proposer à des gens de monter dans un train qui n’a pas de destination : que voulons nous faire en Europe ? Nous ne le savons pas et les Turcs non plus ? Simple communauté d’Etats ? Espace de libre échange et de sécurité ? Ou marche vers le fédéralisme ?

2. demander aux Turcs si cette destination les interesse. Et pour avoir étudié un peu l histoire turque, il n’est pas dit qu’ils se battent pour un fédéralisme européen.

En effet, si on veut une simple communauté... pourquoi pas les Turcs ? Ils ont des atouts c est sur. Si on veut un Etat européen, voulons nous toujours des Turcs et pourquoi ? Veulent ils toujours de nous et pourquoi ?

Tu as raison de parler de confiance. Sans clarification de ce type, il n’y en aura pas.

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Julien
22 octobre 2006
18:09
TURQUIE - UNION EUROPEENNE : à quand la fin de la défiance ?

Merci Philippe pour tes précisions historiques et ton analyse !

Concernant le génocide arménien, je ne pense pas qu’il faille faire de sa reconnaissance par les autorités turques une condition ni du lancement des négociations ni de l’adhésion elle-même. Tout d’abord le temps fera son travail : Erdogan a montré qu’il savait faire bouger les choses dans son pays (par exemple concernant les Kurdes), laissons-lui le temps aussi d’avancer sur ce point. Il ne faut pas croire en effet que les réformes et les changements de mentalité en Turquie ne se feront QUE sous la pression de l’UE. Ensuite, il me paraît plus urgent de régler la question chypriote. En effet un pays qui veut devenir membre de l’UE ne peut pas occuper une partie du territoire d’un autre Etat (même si la Turquie ne reconnaît pas le gouvernement de Nicosie) et, qui plus est, d’un Etat membre de l’UE. C’est une question de droit international et une question politique. Il faut donc être ferme sur ce point tout en laissant du temps à Erdogan.

Philippe Perchoc
22 octobre 2006
18:10
TURQUIE - UNION EUROPEENNE : à quand la fin de la défiance ?

l’un n’empêche pas l’autre.

Je pense que la reconnaissance du génocide arménien serait une bonne chose avant l’adhésion effective. Une des forces de l’Union a été de permettre un dialogue vrai entre voisins. Or, cette reconnaissance serait un pas important vers une situation plus pacifique dans le Causace. Il ne faut pas oublier que la frontière avec l’Arménie est toujours fermée : accepterons nous que les citoyens européens ne puissent pas passer par la Turquie pour aller en Arménie ? Ce sera notre frontière commune, il faut qu’elle soit ouverte et pour qu elle soit ouverte, il faut que la mémoire avance.

Pour ce qui est de la situation chypriote. Elle est forcement complexe puisque c’est l ONU qui est en charge du processus de paix. Situation d’autant plus complexe que les chypriotes turcs ont voté oui au referundum et les chypriotes grecs, non. Par ailleurs, nous avons accepté que la signature de l’accord douanier élargi ne vaille pas reconnaissance de Chypre, alors il est difficile de nous plaindre aujourd’hui ! Il faut rappeler de manière forte à la Turquie que sans réglement de la situation chypriote, il n’y aura jamais d’adhésion, puis il faut accompagner le réglement de ce conflit.

Enfin pour les Kurdes, on ne peut pas vraiment dire que la situation des kurdes soit aujourd’hui vraiment meilleure. Erdogan a fait un certain nombre de déclarations inquiétantes pour l’avenir.

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Auteurs

Julien DIJOL

Diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Bordeaux et Diplom- Sozialwissenschaftler de l’Université de Stuttgart, Julien a été chargé de mission à la coopération interrégionale auprès du Land de Hesse pour le compte du Conseil régional d’Aquitaine. Il (...)
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