Le 28 mars dernier, le Parlement européen a ouvertement soutenu l’ adhésion de la Croatie pour 2009. Une semaine auparavant, le 22 mars, dans le cadre d’un débat sur le 50ème anniversaire de la Communauté européenne, le président des démocrates libéraux au Bundestag, Guido Westerwelle, avait déclaré que « même si elle ne nous avait rien apporté de plus que 50 ans de paix », l’Europe aurait déjà valu la peine d’exister.
50 années de paix en Europe... sauf dans les Balkans

- la Yougoslavie socialiste
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De 1945 à 1991, la Croatie était une des six républiques yougoslaves socialistes dirigées par Tito
Ces deux évènements n’ont a priori rien à voir entre eux. Pourtant, une analyse rapprochée de ces deux prises de position est prompte à en dévoiler les points communs. Cette paix dont il est question dans la déclaration de Westerwelle s’est malheureusement limitée aux membres actuels de l’Union européenne, puisqu’au début des années 1990 les Balkans occidentaux ont été dévastés par une guerre que ni l’ONU ni l’Union européenne fraîchement constituée n’ont pu endiguer et encore moins faire cesser. Le conflit des Balkans a fait comprendre à l’Union européenne que le besoin d’une politique étrangère et de sécurité commune était une priorité absolue. La communauté internationale a également reçu la preuve qu’aucune crise, européenne ou non, ne pouvait être résolue sans un engagement aux côtés des Etats-Unis, et ce même après la fin de la guerre froide. L’Allemagne, aux côtés de l’Autriche, appartenait aux nations qui ont plaidé très tôt pour une reconnaissance des Républiques yougoslaves en tant qu’états indépendant. Sous la pression allemande, l’UE a ainsi reconnu, le 15 janvier 1992, la Croatie et la Slovénie comme étant des états indépendants.
L’urgence : une réforme de l’UE
Les critères dits de Copenhague
« Tout pays qui présente sa candidature à l’adhésion à l’Union européenne (UE) doit respecter les conditions posées par l’article 49 et les principes de l’article 6 § 1 du traité sur l’UE. Dans ce contexte, des critères ont été dégagés lors du Conseil européen de Copenhague en 1993 et renforcés lors du Conseil européen de Madrid en 1995.
Pour adhérer à l’UE, un nouvel État membre doit remplir trois critères :
le critère politique : la présence d’institutions stables garantissant la démocratie, l’État de droit, les droits de l’homme, le respect des minorités et leur protection ;
le critère économique : l’existence d’une économie de marché viable et la capacité à faire face aux forces du marché et à la pression concurrentielle à l’intérieur de l’Union ;
le critère de l’acquis communautaire : l’aptitude à assumer les obligations découlant de l’adhésion, et notamment à souscrire aux objectifs de l’Union politique, économique et monétaire.
Pour que le Conseil européen décide de l’ouverture des négociations, le critère politique doit être rempli.
Tout pays qui souhaite adhérer à l’Union doit respecter les critères d’adhésion. La stratégie de préadhésion et les négociations d’adhésion fournissent le cadre et les instruments nécessaires. »
(Source : Europa)
Un dernier critère, qui n’est pas présent sur le portail officiel de l’UE, est la capacité d’absorption de l’UE à accueillir de nouveaux membres (maintenant appelée capacité d’intégration). Tout comme les autres critères, ce dernier est sujet à débat. Les discussions autour de l’absence de ce critère dans les négociations des élargissements de 2004 et 2007 (son absence sur le site Europa en est une preuve flagrante) ont poussé la Commission a consacré une étude sur cette question dans son rapport de décembre 2006 (Rapport de la Commission européenne sur les avancées des pays candidats).

- Ivo Sanadar (Union démocratique croate)
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Il occupe le poste de premier ministre de la Croatie depuis 2003
Le deuxième point commun entre ces deux déclarations réside dans la situation particulière des rapports entre la Croatie et l’UE. A l’heure de son 50ème anniversaire, l’UE a besoin d’être réformée d’urgence, car les structures existantes ont été crées pour 12 états et doivent désormais permettre à 27 membres de déterminer une action commune. Les Etats membres ont dans cette optique décidé d’agir rapidement et la signature du « traité réformateur » est à présent attendue avant la fin de l’année 2007. Parallèlement à cela, l’espoir d’adhésion croate se trouve face à un dilemme. Le Traité de Nice dispose en effet que les structures actuelles de l’UE peuvent admettre un maximum de 27 états, ce qui signifie qu’une entrée de la Croatie dans l’UE va à l’encontre des dispositions du Traité de Nice. Ainsi, le processus européen de renouvellement des institutions et la candidature de la Croatie sont directement liés. Au-delà de la simple réforme des institutions, se joue donc également, dans les négociations de la Conférence Intergouvernementale actuellement en cours, l’avenir du processus d’élargissement.
Le premier ministre croate, Ivo Sanader, s’est exprimé sur le sujet à plusieurs reprises, en déclarant que les déboires qui ont entouré la question de la réforme des institutions ne remettraient aucunement en question les efforts d’adhésion croates. L’UE se trouve ainsi, et sûrement de manière temporaire, face à un problème nouveau : le candidat est prêt pour l’adhésion, l’UE en revanche ne l’est pas encore. L’avenir du dossier croate, au-delà des aspects de conformité aux critères de Copenhague, qui servent de repère dans le cadre de la politique d’élargissement, dépend donc aussi de l’issue des négociations en cours.
Néanmoins, la situation semble aujourd’hui plus favorable à une réforme rapide des institutions qu’elle ne l’était il y a de cela six mois. Seule ombre au tableau pour la Croatie : la nouvelle disposition constitutionnelle française requérant un référendum pour tout nouvel élargissement. Cette dernière ne doit pas s’appliquer dans le cas de la Croatie, pourtant, le vote de cette disposition, qui fait aujourd’hui débat en France et en Europe, est représentatif de l’état d’esprit de certains dirigeants français, et d’une partie de l’opinion publique, à l’égard des élargissements futurs. Quand on se souvient de l’accueil plus que frileux, en mai 2004, des nouveaux Etats membres par les citoyens français, il y a lieu de se poser quelques questions sur l’issue du dossier croate.
Une politique de réforme en faveur d’une adhésion à l’UE

- Franjo Tudman (1922-1999)
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Franjo Tudman fut le premier président croate élu démocratiquement, il a conduit le pays vers l’indépendance
Le troisième point que ces déclarations ont en commun est le rôle de l’Union européenne, à savoir celui d’une puissance capable de faire régner la paix. Admettre les Balkans occidentaux coûtera certes des milliards d’Euros à l’UE. La Bosnie-Herzégovine et un Kosovo éventuellement indépendant auront encore besoin de plusieurs décennies avant que l’ adhésion ne soit d’actualité. Malgré tout cela, l’UE se sent investie d’une mission et d’une responsabilité vis-à-vis de ces populations. Même si cette perspective ne plaît pas à beaucoup dans l’UE actuelle, l’Europe doit pallie aujourd’hui les défauts de son manque de réactivité dans les Balkans dans les années 90, en menant ces pays vers l’adhésion.
Comme pour l’Espagne et la Grèce, ce vœu d’adhésion à l’UE a été le moteur de la modernisation de la Croatie. Il a encouragé la conduite d’une politique extérieure réfléchie et fiable ainsi qu’une réforme rapide de l’économie. Après la mort de Franjo Tudman en 1999 et la défaite de son parti, le parti de l’union démocratique de la Croatie (HDZ), au cours de l’année suivante, ce sont les sociaux-démocrates et libéraux qui ont mené les réformes nécessaires. Parallèlement, les moyens financiers destinés aux Croates de Bosnie ont été radicalement réduits ; la Croatie a également clairement fait savoir qu’elle ne soutiendrait aucune velléité de l’Herzégovine de faire sécession de la Bosnie.
La Croatie est prête pour 2009, qu’en est-il de l’Europe ?
La Croatie est bien partie pour devenir membre de l’Union européenne en 2009. Les progrès de la Croatie dans les négociations d’adhésion avec l’UE sont indéniables, bien que des réformes supplémentaires soient nécessaires et urgentes, notamment dans le domaine du retour des réfugiés, de la lutte contre la corruption et de l’assimilation du passé proche (par exemple le conflit de frontière avec la Slovénie, la réconciliation avec la Bosnie et la Serbie, le soutien sans réserve du travail effectué par le Tribunal pénal international pour l’Ex-Yougoslavie).
Il ne fait toutefois aucun doute que la Croatie surmontera ces obstacles : en effet, la perspective de l’adhésion l’a déjà conduite à se démocratiser et à adopter une nouvelle orientation en matière de politique étrangère, ce ne sont donc pas quelques réformes dans le domaine de la justice qui vont lui faire peur.
La Croatie sera ainsi probablement prête à entrer dans l’UE en 2009. En revanche, le fait que l’UE soit capable de l’accueillir reste pour le moins discutable. La réforme des institutions permettant à l’UE d’accueillir de nouveaux membres paraît aujourd’hui un obstacle surmontable, et ce dans un avenir proche. Pour ce qui est du désir des dirigeants et des citoyens européens d’accueillir de nouveaux Etats membres, alors que les élargissements de 2004 et 2007 sont encore au centre de nombreux débats nationaux, la question est plus délicate. Rajouter à cela l’omniprésence du dossier turc dans l’ensemble des débats ayant traits à l’élargissement, et le tableau s’assombrit dramatiquement. Reste à esperer que l’adhésion de la Croatie ne pâtira pas des défaillances d’autres pays ou du contexte difficle du moment.
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